
© Martin Meissner Source: AP
La délégation israélienne réagissant à l'attribution des points lors de la grande finale du 70e Concours Eurovision de la chanson à Vienne, en Autriche, le 17 mai 2026.
Une enquête du New York Times révèle l'ampleur des efforts menés par Israël pour utiliser l'Eurovision comme levier de "soft power". Campagnes publicitaires massives, mobilisation diplomatique et stratégies de vote coordonnées auraient profondément secoué le concours européen, confronté à l'une des plus graves crises de son histoire.
Longtemps considéré comme une célébration apolitique de la musique et du divertissement, l'Eurovision est devenu ces deux dernières années un terrain de confrontation diplomatique autour de la guerre à Gaza et de l'image internationale d'Israël.
Selon une enquête du New York Times, le gouvernement de Benjamin Netanyahou a mené une vaste stratégie d'influence afin de maintenir Israël dans la compétition et soutenir massivement ses candidats, transformant le concours en outil de "soft power".
Face aux critiques internationales liées à la guerre à Gaza, plusieurs diffuseurs européens avaient envisagé d'exclure Israël de l'Eurovision ou de boycotter l'événement. Des diplomates israéliens seraient alors intervenus directement auprès de télévisions publiques et de responsables européens pour défendre la participation israélienne.
"Une coopération diplomatique inhabituelle autour d'un concours musical", résume le quotidien américain, qui évoque des pressions discrètes menées dans plusieurs pays européens.
Campagnes promotionnelles en faveur d'Israël
L'enquête affirme également qu'Israël a investi au moins un million de dollars dans des campagnes promotionnelles liées à l'Eurovision depuis 2024. Une partie des fonds provenait du bureau chargé de la "hasbara", terme utilisé pour désigner la communication internationale israélienne.
Lors de l'édition 2024 à Malmö, en Suède, la chanteuse israélienne Eden Golan avait terminé deuxième du vote populaire, malgré une opinion publique européenne largement critique envers Israël. Des campagnes publicitaires sur YouTube et les réseaux sociaux invitaient les internautes à voter massivement pour la candidate israélienne.
En 2025, la polémique a pris une nouvelle ampleur à Bâle, en Suisse. Des médias européens ont révélé que des publicités multilingues financées par Israël encourageaient les téléspectateurs à voter jusqu'à vingt fois pour la représentante israélienne Yuval Raphael, profitant des règles autorisant des votes multiples.
Manigance aux votes multiples
Aucune preuve de manipulation informatique ou d'utilisation de robots n'a toutefois été établie. Mais plusieurs diffuseurs européens ont dénoncé un système de vote vulnérable à des campagnes organisées et disproportionnées.
Cinq pays - l'Islande, l'Irlande, l'Espagne, la Slovénie et les Pays-Bas - ont finalement décidé de boycotter le concours pour protester contre le maintien d'Israël. D'autres diffuseurs ont demandé une enquête indépendante sur les conditions du vote et les campagnes promotionnelles.
L'Union européenne de radio-télévision (UER), organisatrice de l'Eurovision, a été accusée d'opacité et d'inaction. Selon l'enquête, l'organisation aurait refusé de publier des données détaillées sur les votes et annulé un scrutin interne portant sur la participation d'Israël.
Le directeur de l'Eurovision, Martin Green, reconnaît que la controverse constitue "l'un des plus grands défis" de l'histoire du concours, tout en assurant que les campagnes israéliennes n'ont pas influencé les résultats finaux.
Cette crise fragilise désormais l'avenir de l'Eurovision, confronté à des divisions internes, des menaces de retrait de plusieurs pays et des difficultés financières croissantes. Derrière les paillettes et les performances musicales, le concours européen apparaît plus que jamais traversé par les tensions géopolitiques internationales.