Il y a encore une joyeuse petite histoire qui fait les beaux week-ends de Washington D.C. Tout démarre à partir de révélations faites par un lanceur d'alerte, transfuge de la CIA passé au civil (comme on disait : "passé à l'Ouest"). Ana Kasparian, l'une des présentatrices et commentatrices-vedette de 'The Young Turks'(TYT), qui suit l'affaire avec attention, nous explique cette entrée en matière :
"Un lanceur d'alerte de la CIA fait une révélation explosive : la CIA aurait saisi plusieurs documents en cours d'examen par le bureau de Tulsi Gabbard [Directrice Nationale du Renseignement, DNI]. Intéressant." De quel genre de documents parle-t-on ? Au départ, je pensais que ces documents concernaient la guerre contre l'Iran, mais non, ce n'est pas le cas. Le lanceur d'alerte, James Erdman III, ancien employé de la CIA et cofondateur du groupe d'action conservateur Feds for Freedom, affirme, lors d'une audition au Congrès, que la CIA a soustrait des documents à l'ODNI concernant la gestion de la pandémie de COVID-19 par l'administration."
Puis Kasparian ajoute quelques précisions essentielles : les documents saisis (?) par la CIA concerne les assassinats de John et Robert Kennedy et de Martin Luther King, d'une part ; d'autre part, il s'agit de documents sur l'affaire du projet 'MK Ultra' visant à un contrôle des esprits par des manipulateurs (la CIA en l'occurrence, who else ?), avec certaines expérimentations (notamment la prise de LSD par des personnes non informées, donc pleines de pureté) dans le cours de ce programme.
Kasparian part d'une révélation de l'affaire, - assez lente à partir des déclarations du lanceur d'alerte, mais s'il faut tout suivre à D.C. ! - par le biais d'une information de FoxNews, avec un texte sur le site, aussitôt suivie d'un retrait par l'auteur du reportage. La chose a alerté les milieux de la communication à D.C., et notamment la publication 'The Hill', qui a contacté FoxNews pour avoir des précisions.
"Le présentateur de Fox News, Jesse Watters, a retiré des réseaux sociaux un extrait de son reportage sur une prétendue perquisition de la CIA au bureau de la directrice du renseignement national (DNI), Tulsi Gabbard, suite aux protestations de cette dernière." Lors de l'enregistrement de son émission 'Jesse Watters Primetime' mercredi, Watters a affirmé que "la CIA vient de perquisitionner le bureau de Tulsi Gabbard". "Des agents ont emporté des dizaines de cartons, des milliers de dossiers sur l'assassinat de JFK et le projet MK-Ultra, l'opération de contrôle mental de la CIA, qu'elle était en train de déclassifier", a déclaré le présentateur, citant l'interview accordée mercredi par la députée républicaine Anna Paulina Luna (Floride) à NewsNation, partenaire de diffusion du journal The Hill."
Bien entendu, la diffusion du reportage de Fox, puis de l'article le confirmant, ont déclenché des vagues... D'ailleurs, pourquoi "Bien entendu" ? Il y a tellement d'énormités qui naviguent dans le courant du Potomac aux temps trumpistes courants sans provoquer la moindre vaguelette psychologique... Mais bon, ce ne fut pas le cas et il faut donc croire que la chose avait une certaine importance, dans tous les cas dans le cours hors-Potomac de la guerre diplomatique éternellement en cours entre les différentes et multitudes d'Agences et de Bureaux meublant le pouvoir fédéral.
"Coup d'État interne" mais 'soft'
Voici donc ce qui s'ensuivit..
"L'extrait en ligne a été supprimé après qu'Olivia Coleman, porte-parole du renseignement national, a qualifié le reportage de Fox de "faux" et a déclaré sur les réseaux sociaux que "la CIA n'a pas perquisitionné le bureau de la DNI".The Hill a contacté Fox News pour obtenir des commentaires.Dans une interview accordée mercredi à Katie Pavlich de NewsNation, Luna a déclaré avoir été "informée" que des agents de la CIA "s'étaient introduits dans les locaux de l'ODNI et avaient emporté des documents". Elle a précisé que ces documents étaient liés à l'assassinat de l'ancien président John F. Kennedy et au projet de modification comportementale de la CIA, MK-ULTRA.
La parlementaire, qui préside le groupe de travail de la Chambre des représentants sur la déclassification des secrets fédéraux, a indiqué à NewsNation avoir contacté la Maison-Blanche et le directeur de la CIA, John Ratcliffe, au sujet de cet incident présumé. "La CIA n'a pas compétence pour agir contre un décret présidentiel. Le fait que cela se soit produit alors que le président est à l'étranger - et d'après ce que j'ai compris, je crois que le directeur Ratcliffe est avec lui - ressemble fort à un coup d'État interne", a déclaré Luna.
... Rien que cela : un "coup d'État interne", - il faut dire : pendant que le Directeur Ratclife serait en un fructueux voyage à Pékin avec le président. Tout de même : entretemps, les mutins apportent des précisions ; ils coopèrent, quoi.
"Dans une publication sur les réseaux sociaux en réponse à l'extrait de l'interview, Luna a apporté une précision. "Précision : Nous avons saisi des documents relevant de la compétence de l'ODNI. Par ailleurs, cela ne s'est pas produit aujourd'hui et il ne s'agissait pas d'une perquisition, mais l'opération a bien eu lieu et nous venons d'en être informés grâce à des informations complémentaires", a-t-elle écrit."
Don, disons : "coup d'État interne" 'soft', quasiment en toute légalité. La parlementaire Luna, qui contrôle toutes les promesses de transparence de la campagne que Trump a oubliées dans le marigot de D.C., s'est rendu mercredi au siège de la CIA, avec le n°2 républicain de sa Commission, Eric Burlison. On a consulté les caisses de dossiers concernés saisis dans les bureaux de la DNI, sur les trois assassinats et 'MK Ultra'. On souriait de tous les côtés, sauf peut-être Luna. Berlison en a fait des tonnes :
"Burlison a indiqué que leur visite visait à "faire passer un message" : "Nous entrons dans une nouvelle ère". "Ce président exige la transparence et nous souhaitions obtenir l'assurance que la CIA comprenne cette exigence et partage notre point de vue", a-t-il écrit. "Ce message a été reçu et nous espérons pouvoir consulter tous les dossiers concernant JFK et MK Ultra, etc. Nous attendons la suite des événements"." "Je suis reconnaissant à la CIA de nous avoir rencontrés aussi rapidement. Mais la confiance repose sur le respect des promesses"."
Comme disait l'excellent Reagan à propos des traités stratégiques avec l'JURSS, d'une importance au moins équivalente aux accords CIA-Chambre-DNI : "Trust but Verify".
'Out of control !'
Ana Kasparian a notamment souligné sa présentation et sa perception de cette affaire de cette exclamation : 'Out of Control !'. Elle désignait essentiellement la CIA, mais pas seulement ; dans tous les cas, la CIA d'un point de vue intérieur puisque tout cela se passe alors que, semble-t-il, le Directeur est en voyage avec le président.
Voici son commentaire , en se souvenant que, nominalement selon les règles du conformisme qui n'ont plus aucun sens, Kasparian est plutôt du côté démocrate et Lula est une députée républicaine, mais plutôt proche des protrumpistes déçus et antiguerre du type Taylor-Greene.
"D'accord. Je ne pense pas que Luna fasse quoi que ce soit de mal. En fait, Luda fait ce que tout membre du Congrès devrait faire : exiger des réponses concernant les documents qui ont été retirés du bureau de Tulsi Gabbard, alors qu'ils étaient censés être rendus publics après leur déclassification. Nous devons comprendre pourquoi cela s'est produit. Je suis désolé. J'ai des griefs contre Anna Paulina Luna sur d'autres sujets, mais sur celui-ci je ne pense pas qu'elle soit la fautive ni la menteuse. Elle veut des réponses." Et honnêtement, j'aimerais que les membres du Congrès exigent des réponses plus souvent. La CIA n'a toujours pas répondu à ces commentaires ni expliqué pourquoi elle a saisi ces documents. En revanche, elle a fermement condamné le lanceur d'alerte de la CIA qui a révélé son comportement incontrôlé. Franchement, je n'ai aucune envie de lire cette condamnation. Donc, je ne le ferai pas. Nous allons simplement constater que des personnes sous les ordres de Tulsi Gabbard sont entrées dans son bureau et ont emporté des documents relevant de sa compétence, documents que nous sommes censés pouvoir consulter une fois déclassifiés. Nous avons besoin de réponses. C'est aussi simple que cela."
Nous ignorons sans nul doute où va nous conduire cette affaire, et si elle va nous conduire quelque part, et s'il y a vraiment une affaire. Effectivement, le véritable enseignement, métahistorique dirions-nous, est bien ce mot de Kasparian : 'Out of control !', à l'image de son président, en Chine et alentour, errant comme un pauvre hère, cherchant à comprendre pourquoi il a fait ce qu'il a fait et pourquoi il fait ce qu'il fait, et regardant sans les voir les agissements incohérents de ses subordonnées-courtisans occupés à trouver des explications cohérentes à l'incohérence qui règne en souveraine absolue, quasiment de droit divin. Rien ne vaut chez Donald Trump aujourd'hui, sinon la certitude qu'il a raison, lui qui traite la presse et ses journalistes, ses anciens soutiens, ses parlementaires, ses ennemis iraniens, ses partenaires de ses non-négociations, - la certitude qu'ils sont tous des "traîtres" passibles de la peine de mort puisqu'ils refusent la vérité qu'il clame d'une "victoire totale" sur l'absurde Iran qui refuse absurdement de capituler un million de fois sans conditions !
Outre ce 'vol au-dessus d'un nid de coucous', le seul aspect de quelque intérêt de notre affaire est de soulever d'une part la question de la situation interne de la CIA, où l'on entreprend des opérations dont nul ne sait rien, qui ne sont pas des "raids" mais enfin, qui semblent se passer de l'autorisation de son Directeur... De soulever d'autre part la question de la position de Tulsi Gabbard, ainsi grugée semble-t-il par des sous-fifres d'une Agence qui est censée être sous son autorité, sans qu'on sache d'ailleurs si ces sous-fifres n'agissaient pas directement et en sous-main sur les ordres du président-pauvre-hère, qui cherche désespérément et par tous les moyens à ne pas faire ce qu'il avait promis de faire... Une sorte de Watergate à-la-Trump, si l'on veut, organisé par Trump et contre Trump, pour sauver ce qu'il reste de "la tête de Trump"...
'Out of control !', s'exclame la belle et pétulante Ana.
Mis en ligne le 16 mai 2026 à 17H00