18/05/2026 reseauinternational.net  9min #314235

Notions de Révolution

par Geoffrey Delavallée

Il était une fois des esclaves 1 qui souffraient sous le joug d'un mauvais maître. Un soir, ils décidèrent de lui dire qu'ils ne supportaient plus ni les tortures ni les punitions qu'il leur infligeait. Qu'ils voulaient désormais être traités dignement.

Le lendemain, il les traita plus durement encore.

Et il leur dit ceci : "le maître ne négocie pas avec ses esclaves, autrement il ne serait pas véritablement leur maître". Dépités, ils se remirent au travail... défaits par la seule pensée 2 de leur maître.

Explication :

On ne combat pas la matrice DANS la matrice 3 !

On ne demande pas la liberté, on ne l'exige pas même... on la re-prend !

En l'occurrence, les ex-esclaves auraient dû s'armer de couteaux et de bâtons et dire à leur ex-maître qu'ils ont réalisé leur liberté/dignité et que s'il tentait ne serait-ce qu'une seule fois d'encore leur donner un ordre, ils utiliseraient leurs couteaux et leurs bâtons contre lui... et ils le tueraient sans pitié 4 !

C'est ça, une Révolution : ni un rêve ni une idée, c'est un projet. Qui se doit d'être réaliste et réalisé. Une transformation du réel, incarné dans la matière : il faut littéralement briser ses chaînes (ou les faire fondre, mais en tout cas les faire disparaître !).

La Révolution 5, c'est un moment, une phase dans la vie d'une Nation où le Peuple (ou une partie conséquente de celui-ci) réalise que l'état est devenu son ennemi. Que sa survie (le Bien) implique la mise hors d'état de nuire des élites qui le gouvernent (le mal).

La Révolution est un verbe politique sanglant de purification.

Dans le cas français, 3 inhibiteurs :

1/ la lâcheté : le français moyen (de souche 6) chie dans son froc à la moindre altercation avec un voyou arabo-musulman. Le matériau est actuellement de très mauvaise qualité ! Ça se récupère mais il y a du travail : il y a toujours un minimum de violence à produire pour neutraliser la police (condition sine qua non d'une Révolution). C'est la peur de mourir avant d'avoir vécu, de souffrir cruellement (finir handicapé) et aussi de perdre un certain niveau de vie (même modeste) qui le paralyse : c'est que si ça échoue, c'est de la prison ferme !

2/ l'avarice des vaniteux : le français moyen (de souche) souhaite la Révolution, mais à condition que quelqu'un d'autre s'en occupe. Le français moyen (de souche) ne veut perdre ni son temps ni son argent (il paie suffisamment d'impôts comme çà). C'est bête à dire mais le français moyen (de souche) estime que la Révolution lui est due. Ben voyons !

3/ l'épouvante du "déicide" : le français moyen (de souche) craint, en faisant la Révolution, de commettre un acte terrible, apocalyptique. De violer une loi de la nature, de souiller l'Œuvre de Dieu. Il doute. Et puis, détruire c'est facile mais il lui faudra bien vivre quelque part, après : où donc, si l'état français s'effondre ? Le français moyen (de souche) a le vertige de la liberté : 'y a quoi, au-delà de la République Française ? La République Islamique ?

Il n'y a pas de place dans ce billet pour une typologie sérieuse des Révolutions. Je me contenterai juste de rappeler :

- qu'une Révolution, ce n'est pas l'acte d'un tueur fou, qui tire dans une foule anonyme (on ne fait pas la Révolution tout seul).

- que ce n'est pas non plus le fait d'un groupe de jeunes romantiques, prenant des risques inconsidérés pour des actes purement symboliques (une Révolution implique une masse des citoyens, et des réalisations concrètes... pas "Nuit debout" en somme).

- à ne pas confondre avec les actes terroristes que l'on sait, ces derniers visant à frapper les esprits (des "psy-op'"pour le compte d'une nation étrangère/hostile).

Un processus révolutionnaire s'engage quand un certain pourcentage de la population est mû par la volonté de REMPLACER (et non simplement contester) le dispositif de pouvoir 7 de l'État.

En détruisant/contrôlant/remplaçant ce dispositif, une organisation révolutionnaire peut supplanter l'ancienne organisation/élite et ainsi exercer le pouvoir à sa place !

Un processus révolutionnaire consiste donc en la succession de 4 étapes :

- idéologique : des raisons de faire la Révolution, ce qui implique d'avoir le sens du Juste. Elles définissent l'horizon, le projet politique après la Révolution.

- organisationnelle : les raisons de faire la Révolution doivent être traduites en objectifs opérationnels => qui fera quoi, où et quand, avec quel équipement ? Une Révolution, ça ne s'improvise pas.

- opérationnelle : c'est le moment où la volonté de changement du Peuple se confronte à la volonté d'inertie des élites => dispositif révolutionnaire contre dispositif réactionnaire.

- finale : Quand les élites réalisent qu'elles ne peuvent plus maintenir/rétablir leur emprise, elles chercheront à négocier leur reddition : à charge des révolutionnaires de bien 8 gérer le scénario de sortie du processus révolutionnaire (exil, procès).

Point besoin de grandes campagnes militaires pour faire une Révolution. Pour l'exemple, les actes héroïques des résistants 9 contre les nazis fournissent des modèles adaptables :

- priver de carburant les panzers/chars allemands (sabotage), c'est obérer la blitzkrieg

- assassiner un général très compétent, afin de briser le moral des troupes + priver l'ennemi de son génie militaire

- le renseignement : intoxiquer l'ennemi avec de fausses info' d'une part (et ainsi perturber son déploiement), et d'autre part connaître ses plans à lui (pour mieux les neutraliser)

Le processus révolutionnaire est aussi marqué par l'aléa, la chance (ou comme certain(e)s l'appellent, la Providence) :

Lors de la Révolution des Oeillets (Portugal, avril 1974), la foule en liesse dans les rues de Lisbonne a empêché - involontairement - les chars lourds (troupes fidèles au régime) de sortir de leurs casernes pour aller balayer les insurgés (équipés eux de chars légers). Parce que ces officiers ne savaient pas comment déployer leurs chars sans commettre un bain de sang (il aurait fallu littéralement rouler sur des corps !), le régime dut subir sa désintégration inexorable.

Et parce que nul n'est une île, la Révolution est aussi tributaire de la géopolitique du moment :

Ceausescu est renversé par un coup d'État (et non par le Peuple 10) en décembre 1989...parce que l'URSS avait ses propres problèmes à régler, que l'époque changeait à toute vitesse et que "Moscou" n'allait dés lors plus envoyer des chars pour "remettre de l'ordre". Les USA ont aussi certainement proposé des amnisties pour les dirigeants du régime. C'était donc le bon moment pour une certaine élite roumaine de se refaire une virginité en "lâchant le vieux".

Ce qui a manqué aux gilets jaunes, ce n'est pas du courage physique (il en faut pour risquer de perdre une main ou un œil 11), c'est le courage intellectuel : élever leurs niveaux spirituels pour choisir le "déicide" (voir supra). En cause ? L'individualisme ! Car une nation, ce N'EST PAS une simple collection de citoyens-consommateurs. Une Nation, c'est l'égrégore 12 du Peuple, et un Peuple uni ne peut pas être vaincu (comme l'a justement dit Mr Salvatore Allende).

Voilà toute l'affaire : s'unir ! Penser "collectif" : si un agriculteur français n'en a rien à faire du prolo' français qui dort dans sa voiture parce que ce dernier ne gagne pas de quoi payer un loyer, 'y aura JAMAIS de Révolution.

Au lieu d'être des révolutionnaires, les gilets jaunes n'étaient que des quémandeurs, avec des doléances de classes : chaque gilet jaune avait sa petite demande, son petit souhait à exaucer => pas de projet unificateur. Pas une menace pour les élites.

Leur roi les a logiquement rossé comme le font tous les rois.

  1. Pour info', en Mauritanie, encore de nos jours, certains beïdanes (maures à la peau pâle) maintiennent sur des mauritaniens à la peau noire (les haratines) une domination esclavagiste : sorte de domestiques à tout faire, ils sont astreints à des travaux pénibles, châtiés au besoin et bien sûr interdits de tout déplacement libre. Parfois ils suivent leurs "maîtres" en Europe. Vous pouvez en croiser à Paris.
  2. Les maîtres connaissent le pouvoir des mots, celui de capturer les esprits et donc les corps. La prostitution des femmes noires en Europe, c'est aussi cette sorte de sorcellerie des marabouts jeteurs de sorts qui la rend possible.
  3. Allusion au film de science fiction "Matrix" qui a eu son petit impact sur toute une génération, fin des années '90 (et pas seulement sur les geeks).
  4. Ou plus facilement encore : ils l'assomment puis l'égorgent et on n'en parle plus.
  5. Rappel : Vouloir changer la société par les élections - et non par la Révolution - tient de l'ignorance (pour rester poli) : si les citoyens d'Occident disposent du droit de vote, c'est parce que les capitalistes durent lâcher du lest en 1848, contraints et forcés (socialisme). À l'origine, le parlement moderne (18ème siècle) était conçu exclusivement pour servir ceux qui payaient l'impôt (vote censitaire), càd les propriétaires/riches. Le parlement était alors un lieux de négociations des droits d'accès aux marchés (organisés en cartels quasi-mafieux : viande, blé, laine, métaux, charbon) ou le financement des expéditions coloniales, et où l'on veillait au contrôle de la plèbe (le Peuple). À bien y penser, ça ne manque pas d'ironie : aujourd'hui, ce sont les riches qui ne payent pas l'impôt.
  6. Je n'ai rien contre les Français de branche - dans l'absolu - mais ceux-ci sont (dans leur grande majorité) globalement contre l'Occident (et lui préfèrent l'islam). Dont acte.
  7. Rappel : en Occident, c'est le principe de l'état de droit qui s'applique => le gouvernement dicte sa loi, le triptyque "police-juge-prison" s'employant à la faire respecter (c'est du "top-down"). L'exercice du pouvoir implique toujours l'usage d'un dispositif de domination/contrôle, et donc d'une configuration d'instruments de pouvoir, instruments détenus par les corps constitués que sont la police, l'armée, le "Renseignement"...
  8. Le feu couve toujours sous la braise : que la reddition ne soit pas une ruse pour relancer la lutte plus tard.
  9. L'armée des ombres : (re-)voir l'excellent film éponyme de Melville avec Ventura dans le rôle principal
  10. Pour le coup, c'est une révolution dite de palais qui a renversé le tyran soi-disant communiste. Il y a quelques années, un certain Alain S. espérait encore un soulèvement des corps constitués (police, armée) pour sauver la France : quand on sait qui recrutent et qui commandent ces corps constitués, on n'a pas ce genre de faiblesse de raisonnement => si tu veux quelque chose, DIY.
  11. Et de me dédire : je pense que cette abnégation à manifester - malgré les tirs de LBD - tenait plutôt d'une sorte de nihilisme morbide, d'une volonté sacrificielle. Un martyr de l'absurde.
  12. C'est quoi, un égrégore ? C'est une entité psychique collective formée par l'énergie, les intentions et la volonté d'un groupe, dotée d'une personnalité propre distincte de celle des individus qui le composent.

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