21/05/2026 mondialisation.ca  7min #314537

L'appétit des États-Unis après le Groenland vise Svalbard

Par  Pierre Duval

Les États-Unis discutent de l'obtention de terres du Danemark pour l'établissement de nouvelles bases militaires au Groenland. Cela reste une priorité pour Washington. Les États-Unis et l'UE s'affrontent sur ce terrain d'arrache-pied, et une nouvelle donne géopolitique occidentale vient épicer l'intérêt pour ce territoire glacé.

L'UE veut garder son influence et son pouvoir sur le Groenland. L'UE a envoyé à Nuuk Jozef Síkela, son commissaire européen aux partenariats internationaux, " pour renforcer le partenariat de l'UE avec le Groenland et discuter de la mise à jour de la stratégie arctique de l'UE avec les personnes qui connaissent le mieux l'Arctique". "L'Arctique est devenu  l'une des régions les plus stratégiques du monde. Les Groenlandais en ressentent les effets au quotidien. L'Europe prend cette réalité en compte par des investissements et une stratégie arctique européenne actualisée", a précisé Síkela.

Cette visite est considérée comme une possible étape préparatoire à un déplacement de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Le commissaire participe également à la conférence économique  Avenir du Groenland qui se déroule du 19 au 20 mai. "Les puissances mondiales se tournent vers le nord. Pour de nombreuses nations, la sécurité et la politique étrangère englobent désormais l'Arctique, et le Groenland manifeste un intérêt croissant pour le commerce et les relations internationales. Cet intérêt est en partie impulsé par le Groenland lui-même, mais il est surtout dû aux pays voisins", signale les responsables d'Avenir du Groenland sur leur site où durant cette conférence des représentants de l'UE, des investisseurs internationaux et de hauts responsables américains s'y réunissent. Officiellement, la réunion porte sur les investissements et la coopération économique. Cependant, cette conférence risque de révéler la forte dégradation des relations entre le Groenland et les États-Unis.

Au cours des négociations menées ces quatre derniers mois entre les États-Unis, le Groenland et le Danemark, l'administration Trump  a imposé des conditions nettement plus strictes que lors des précédentes discussions. Les États-Unis souhaitent modifier un accord militaire de longue date afin de garantir la présence indéfinie de troupes américaines sur l'île, même en cas d'indépendance du Groenland. La Maison Blanche propose ainsi une sorte de "clause d'éternité", ce qui a suscité la colère des autorités groenlandaises. Washington a également élargi le champ des négociations au-delà des seules questions militaires et exige un droit de veto de facto sur les principaux accords d'investissement au Groenland afin d'empêcher l'entrée de concurrents tels que la Russie et la Chine. Les autorités groenlandaises et danoises s'y opposent fermement.

Par ailleurs, les États-Unis discutent d'une coopération avec le Groenland dans le domaine des ressources naturelles. L'île possède d'importantes réserves de pétrole, d'uranium, de terres rares et d'autres minéraux essentiels. Les exigences américaines sont si strictes que les autorités groenlandaises les perçoivent comme une ingérence directe dans leur souveraineté. Le Groenland craint également qu'à mesure que l'attention portée à la guerre contre l'Iran s'estompe, l'île ne redevienne une cible prioritaire du président Trump.

Le Groenland fait face à une semaine potentiellement cruciale. L'émissaire des États-Unis au Groenland, Jeff Landry - accompagné de l'ambassadeur des États-Unis au Danemark, Kenneth Howery - est également présent à cette conférence Avenir du Groenland. Mais aucune rencontre avec le commissaire européen n'est toutefois prévue. "Des responsables américains et européens convergent vers le Groenland tandis que le Danemark reste à l'écart",  titre Euractiv, précisant "Washington envisage la création de trois nouvelles bases militaires au Groenland". "Le gouvernement danois, quant à lui, sera absent en raison de l'impasse des négociations de coalition", note le site d'information européen axé sur les politiques de l'UE.

Pour la France via France Info, "il y a  un côté colonialiste dans cette mission [US]". La France, l'UE s'inquiètent des enjeux géopolitiques sur le Groenland. Euractiv signale: "L'envoyé spécial américain ne participe pas aux discussions trilatérales concernant l'éventuelle implantation de nouvelles bases américaines. Ce sujet est abordé au sein d'un groupe de travail structuré réunissant le Danemark, le Groenland et les États-Unis". "Les États-Unis se préparent par ailleurs  à inaugurer un nouveau consulat à Nuuk le 21 mai", annonce Sermitsiaq, journal hebdomadaire national groenlandais.

"Selon plusieurs responsables au fait des discussions, les États-Unis mènent des négociations régulières avec le Danemark en vue d'étendre leur présence militaire au Groenland, et les pourparlers entre les deux parties ont progressé ces derniers mois",  continue la BBC. Les autorités américaines cherchent à ouvrir trois nouvelles bases dans le sud du territoire, une région semi-autonome du Danemark, dans le cadre de leurs efforts pour résoudre la crise diplomatique déclenchée par le président Donald Trump lorsqu'il a menacé de s'emparer du Groenland par la force.

Plusieurs responsables danois estiment que le président américain Donald Trump n'a pas renoncé à l'idée de placer cette île sous contrôle des États-Unis, malgré un ton plus mesuré adopté récemment sur le dossier groenlandais. Selon Euractiv, "des personnels américains se sont déjà rendus sur les sites de Narsarsuaq et de Kangerlussuaq afin d'évaluer les infrastructures et leur potentiel militaire". En 1951, Washington et Copenhague ont signé, en complément de leurs engagements au sein de l'OTAN, un accord sur la défense du Groenland, par lequel les États-Unis se sont engagés à protéger l'île contre toute agression potentielle. Avec la volonté de l'UE et des États-Unis de prendre possession du Groenland à des fins stratégiques, le Canada entre en scène.

Alors que Trump  a menacé d'annexer son voisin canadien, le Canada et le Danemark prévoient une unité arctique. "En réponse aux projets de Trump concernant de nouvelles bases militaires américaines, Copenhague et Ottawa renforcent leur présence militaire. Des gardes forestiers arctiques dédiés sont chargés d'assurer le contrôle de l'archipel",  fait savoir le Berliner Zeitung. Cela signale que les tensions autour du Groenland se sont récemment exacerbées.

Selon Reuters, le Canada et le Danemark  coopèrent beaucoup plus étroitement qu'il y a quelques années. Ottawa, Copenhague et Nuuk discuteraient depuis un certain temps de la création d'unités de rangers groenlandais sur le modèle canadien. Ces unités sont destinées à assurer une présence permanente dans les régions arctiques isolées.

En mars dernier, le Canada, le Danemark, la Finlande, l'Islande, la Norvège et la Suède  ont convenud'approfondir leur coopération en matière de production d'armements, d'acquisition de matériel militaire et de cyberdéfense. Outre les enjeux de sécurité, les matières premières jouent également un rôle central. Le Groenland possède d'importants gisements de terres rares, indispensables notamment à la fabrication de batteries, de satellites, de systèmes radar et de technologies d'armement de pointe.

Les tensions actuelles ont également un impact direct sur l'architecture de sécurité dans l'Arctique. Les États-Unis se heurtent à ses alliés occidentaux, le Canada, l'UE et la population du Groenland. "Jeff Landry, l'émissaire de Donald Trump en visite au Groenland se retrouve dans une situation où personne ou presque ne veut le rencontrer",  fait remarquer Mikaa Blugeon-Mered, enseignant à l'école de guerre et HEC Paris.

Pierre Duval

La source originale de cet article est  Observateur continental

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