
Par Ahmad Ibsais, le 20 mai 2026
Trois hommes sont morts à San Diego le premier jour du mois de Dhul Hijjah. Les balles n'ont été que la dernière cause de leur mort.
Amin Abdullah a décidé de devenir agent de sécurité pour défendre les innocents. Il a travaillé au Centre islamique de San Diego pendant plus d'une décennie, accueillant tous ceux qui franchissaient la porte, et le premier jour de Dhul Hijjah, l'une des semaines les plus sacrées du calendrier islamique, il est mort en faisant exactement ce qu'il avait promis. Mansour Kaziha était le pilier de la mosquée : homme à tout faire, cuisinier, gardien, l'homme dont l'imam disait qu'il était "tout" pour cette communauté. Nader Awad travaillait à l'école. Trois hommes. Trois corps rendus à leurs familles au cours d'une semaine censée être sacrée.
Les deux adolescents qui les ont tués sont arrivés en voiture à la plus grande mosquée du comté de San Diego avec des armes volées et des inscriptions haineuses dessus. Ils sont morts eux aussi. La police qualifie cela de crime de haine. Le maire a déclaré que la haine n'a pas sa place à San Diego. Les condoléances affluent. Nous avons déjà vécu cela. Et nous le vivrons encore.
Voici ce que je voudrais savoir : que signifie exactement un crime de haine lorsque des sénateurs en exercice affirment que l'ennemi est dans nos murs, lorsque des membres du Congrès publient "Stop aux musulmans" sur leurs pages publiques, lorsqu'un représentant déclare que les musulmans modérés "devraient être exterminés" et qu'il est nommé la même semaine à la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants ? Que signifie le mot "haine" lorsqu'il ne décrit pas un sentiment nourri en privé, mais qu'il s'agit d'un projet que quelqu'un finance, organise et met en œuvre ?
En 2024, Israël a augmenté son budget mondial de relations publiques de 150 millions de dollars. Le ministre israélien des Affaires étrangères a annoncé que cet argent financera ce que son gouvernement appelle la "guerre idéologique". L'année suivante, des documents divulgués par Stagwell Global, une agence de relations publiques dont le fondateur est lié au parti du Likoud, ont révélé les conclusions d'une étude commandée par le ministère israélien des Affaires étrangères lui-même. Cette étude a révélé que l'outil le plus efficace dont dispose Israël pour regagner le soutien de l'opinion publique ne consiste pas à défendre son comportement à Gaza. Cet outil consiste à attiser la peur de l'"islam radical" et du "djihadisme". Le spectre musulman, délibérément créé et entretenu, car un pays dont les citoyens musulmans sont occupés à survivre est un pays où les citoyens musulmans ne s'organisent pas contre un génocide perpétré avec des armes et l'argent américains.
Le terme "islamophobie" a toujours été trop réducteur. Il décrit une phobie, une peur irrationnelle que ressent une personne, un préjugé qu'il faut désapprendre, un état d'esprit qu'il faut faire évoluer. Il ne décrit pas un gouvernement étranger dépensant des sommes colossales pour s'assurer que les Américains redoutent davantage leurs voisins musulmans qu'ils ne remettent en question les bombes financées par leurs impôts. Il ne décrit pas les 8 683 plaintes antimusulmanes enregistrées par le CAIR en 2025, le nombre le plus élevé en 29 ans de recensement. Il ne décrit pas ce que l'on ressent en priant dans ce pays aujourd'hui, en observant une salle remplie de gens qu'on aime et en comprenant, de tout son être, qu'il existe des individus occupant des postes de pouvoir considérable qui ont décidé que votre mort leur sera utile.
La mère de l'un des tireurs a appelé la police deux heures avant l'attaque. Son fils avait des tendances suicidaires, sa voiture avait disparu et trois de ses armes manquaient à l'appel. Les agents ont passé ces deux heures à fouiller un centre commercial. À 11 h 43 du matin, les premiers coups de feu ont été tirés à quelques pâtés de maisons de l'endroit où ils se trouvaient.
Deux heures. Je reviens sans cesse sur ces deux heures, pas parce que je pense qu'une intervention plus rapide de la police aurait été la solution, mais à cause de ce que ces deux heures recèlent. Quelque part pendant ces deux heures, deux adolescents ont roulé vers une mosquée pendant la semaine la plus sacrée du calendrier islamique, et tous les discours qu'on leur a tenus - sénateurs, membres du Congrès, campagne de relations publiques d'un gouvernement étranger, machine médiatique omniprésente de ces deux dernières années - avait déjà fait effet. L'arme était déjà chargée bien avant qu'ils ne s'en emparent.
Que doit faire la communauté musulmane de San Diego ? Que doit faire tout musulman de ce pays dans une nation qui autorise ses élus à appeler à votre destruction, puis, lorsque des membres de votre communauté sont tués dans un lieu de culte, envoie un maire s'incliner devant les cercueils et déclarer que la haine n'a pas sa place ici ? La mosquée est fermée. L'Aïd al-Adha commence cette semaine. Les familles qui devaient célébrer l'un des jours les plus sacrés de l'année pleurent aujourd'hui l'absence d'hommes qui accueillaient chacun avec le sourire, qui faisaient vivre la mosquée, enseignaient l'arabe et le Coran aux enfants et la manière de vivre dans un pays qui n'a jamais vraiment accepté leur présence.
"Islamophobie" n'est pas le mot juste, pas tant parce que ce qui s'est passé à San Diego n'est pas motivé par la haine, mais parce que ce n'est pas la seule haine qui a tué ces trois hommes. C'est une industrie qui les a tués. Une stratégie les a tués. Une ligne budgétaire de 150 millions de dollars et 45 membres du Congrès réunis au sein d'un groupe de travail chargé de faire passer l'islam pour une invasion, un sénateur qui affirme que l'ennemi est à nos portes, et un conseiller du président qui, le lendemain de la fusillade, a déclaré que les victimes ne méritent aucune compassion et que la mosquée mérite d'être perquisitionnée par l'ICE : c'est tout cela, cumulé au fil des années, qui les a tués aussi efficacement que les balles.
Ceux qui ont construit cette machine passeront la semaine à publier des messages de condoléances. Certains évoqueront une tragédie. Mais personne ne nommera les choses par leur nom : le résultat prévisible, documenté et, dans certains cas, délibérément orchestré d'une campagne consistant à faire croire à un pays que ses citoyens musulmans constituent une menace qu'il faut éradiquer.
Amin Abdullah est mort. Il voulait défendre les innocents. Le moins que nous puissions faire, c'est d'admettre honnêtement ce qui le rendait indispensable.
Traduit par Spirit of Free Speech
State of Siege
They Killed Three Men During the Holiest Week of the Year: On San Diego, and what we mean when we say "Islamophobia"
Amin Abdullah decided to become a security guard because he wanted to defend the innocent. He worked at the Islamic Center of San Diego for more than a decade, greeted everyone who walked through the door, and on the first day of Dhul Hijjah, one of the holiest weeks in the Islamic calendar, he died doing exactly what he said he would. Mansour Kaziha ke...
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