Ces temps-ci, à Islamabad, il n'y a pas que les diplomates américains et iraniens qui s'activent. La guerre israélo-américaine contre l'Iran et ses répercussions concentrent certes toute l'attention. Mais plus à l'est, un conflit ouvert entre deux autres États, largement éclipsé par l'affaire iranienne, se poursuit discrètement. Le torchon brûlait déjà depuis longtemps entre l'Afghanistan et le Pakistan : comment en est-on arrivés là ?
Le 21 février 2026, une guerre a éclaté entre le Pakistan et ses voisins talibans, en Afghanistan. Le conflit, impliquant une puissance nucléaire et un État dont le devenir, après le retrait américain de 2021, est suivi de près par la communauté internationale, aurait sans doute eu un retentissement beaucoup plus important si, tout juste une semaine plus tard, les États-Unis et Israël ne s'étaient pas lancés dans une guerre contre l'Iran, dont les rebondissements focalisent l'attention du monde entier depuis lors.
Jusqu'à présent, le conflit demeure d'une intensité relativement réduite : échanges de tirs à la frontière, frappes aériennes de l'aviation pakistanaise, attaques de drones attribuées aux talibans, etc. Il faut dire que la disparité entre les capacités des deux belligérants est considérable : État beaucoup plus peuplé que l'Afghanistan, doté de l'arme nucléaire et d'une abondance d'équipement moderne, le Pakistan aligne des forces militaires importantes. En comparaison, les talibans, bien qu'ils aient essayé de se doter d'une véritable armée depuis leur retour au pouvoir, dépendent encore beaucoup de matériel obsolète, ou bien capturé après la chute du gouvernement soutenu par les États-Unis. L'écart est particulièrement flagrant en termes de matériel lourd : là où le Pakistan peut aligner des milliers de chars d'assaut, les talibans n'ont à leur disposition que quelques vieux chars soviétiques. L'aviation afghane ne possède qu'une poignée d'hélicoptères de combat, là où le Pakistan dispose de centaines de chasseurs.