BACBI
Une bannière appelle au boycott de l'Orchestre philharmonique d'Israël à Munich (AFP)
À l'attention de la direction et de l'équipe de programmation du Centre des Beaux-Arts BOZAR
Nous, artistes, travailleur.euses culturels, universitaires, organisater.ices, ainsi que membres de mouvements de solidarité, notamment BACBI (Belgian Academic &Cultural Boycott of Israël), BDS (Boycott, Divestment and Sanctions), Towards Apartheid Free Zones, Caddy for Palestine, AJAB (Anti-Zionist Jewish Alliance Belgium) et Een Andere Joodse Stem, vous écrivons pour exprimer notre vive opposition à la décision de BOZAR d'accueillir le chef d'orchestre israélien Lahav Shani et l'Orchestre philharmonique de Munich à Bruxelles en novembre prochain.
Lahav Shani a bâti sa carrière internationale grâce à la plateforme que lui a offerte l'Orchestre philharmonique d'Israël et en est aujourd'hui l'un des principaux représentants internationaux. Ses invitations à diriger de grands orchestres à travers le monde, dont l'Orchestre philharmonique de Munich, ne peuvent être dissociées du rôle de diplomatie institutionnelle et culturelle que joue cet orchestre au nom de l'État israélien.
À l'heure où les Palestiniens de Gaza continuent de subir des déplacements massifs, des bombardements, la famine et la destruction systématique de la vie civile et des infrastructures - dans un contexte que la Cour internationale de justice a reconnu comme pouvant constituer un génocide -, les institutions culturelles ne peuvent continuer à fonctionner comme si la politique et la culture existaient dans des sphères distinctes.
Les attaques en cours contre Gaza et la Cisjordanie, ainsi que l'agression militaire israélienne contre le Sud-Liban et l'Iran, ont été largement condamnées par les organisations de défense des droits humains et les juristes comme constituant de graves violations du droit international et d'éventuels crimes de guerre. Ces circonstances exigent des formes concrètes de responsabilité et de solidarité internationales.
Nous estimons que les institutions culturelles ont la responsabilité de répondre à ces conditions non pas par le silence ou la neutralité, mais par une action fondée sur des principes éthiques.
L'appel au boycott, au désinvestissement et aux sanctions (BDS) lancé par les Palestiniens, publié en 2005 par la plus large coalition d'organisations de la société civile palestinienne, demande aux institutions internationales et aux individus de s'abstenir de soutenir les institutions de l'État israélien et les formes de normalisation culturelle qui masquent ou blanchissent l'oppression en cours. Le boycott culturel est une stratégie non violente ancrée dans les traditions internationalistes de solidarité, notamment le boycott culturel mobilisé contre l'apartheid en Afrique du Sud.
Cet appel ne vise pas des individus sur la base de leur identité ou de leur nationalité. Dans le cas de Lahav Shani, le boycott concerne son rôle central en tant que directeur musical de l'Orchestre philharmonique d'Israël, alors même qu'il se produit à Bruxelles en tant que chef invité de l'Orchestre philharmonique de Munich.
Le boycott reconnaît le rôle que les institutions culturelles et les plateformes de renommée internationale, telles que Bozar, peuvent jouer dans la normalisation de la violence d'État alors que des artistes, musiciens, écrivains, danseurs et travailleurs culturels palestiniens sont réduits au silence, déplacés, emprisonnés ou tués. Et alors que des infrastructures essentielles, telles que les théâtres, les universités, les bibliothèques et les écoles, sont détruites.
À un moment où des mesures extraordinaires s'imposent face à la destruction continue de la vie et de la culture palestinienne, présenter de telles personnalités sur des scènes internationales de premier plan risque de contribuer à un climat de "business as usual". La question n'est pas de savoir si la musique doit être politique ; il s'agit de savoir si les institutions culturelles sont disposées à reconnaître les réalités politiques dans lesquelles elles opèrent déjà.
Nous appelons donc BOZAR à reconsidérer cette invitation et à s'engager sérieusement face aux revendications internationales croissantes des artistes et des travailleurs culturels qui refusent toute complicité avec l'apartheid, l'occupation et la violence de masse.
Nous appelons également BOZAR à ouvrir un dialogue constructif avec les artistes et les organisations culturelles palestiniens, ainsi qu'avec les nombreux membres de la communauté artistique belge et internationale qui exigent une responsabilité éthique de la part des institutions culturelles financées par des fonds publics, à l'instar des manifestations organisées par l'ANGA (Art not genocide alliance) lors de la récente Biennale de Venise, où la jury a refusé de normaliser la présence des pavillons russe et israélien.
En tant qu'artistes et travailleurs culturels nous-mêmes, nous reconnaissons l'importance des échanges culturels, de la liberté artistique et du dialogue international. Pourtant, ces valeurs ne peuvent être dissociées des questions de justice, de dignité et des conditions matérielles de survie. Il ne peut y avoir de véritable échange culturel tant que la vie culturelle palestinienne est systématiquement détruite.
Nous exhortons BOZAR à adopter une position éthique claire et à se ranger du côté du droit international, des droits humains et de la solidarité.
Signé,
BACBI (Belgian Academic &Cultural Boycott of Israël)
BDS (Boycott, Divestment and Sanctions)
Towards Apartheid Free Zones
Caddy for Palestine
AJAB (Anti-Zionist Jewish Alliance Belgium)
Een Andere Joodse Stem
Source et pour signer la pétition : FramaPetitons

