
© Getty Images Source: Gettyimages.ru
Les marches du 79e Festival de Cannes
La 79e édition du Festival de Cannes, qui s'est achevée le 23 mai avec la Palme d'or attribuée à Cristian Mungiu pour Fjord, restera marquée par des affrontements idéologiques et la fragilité économique d'un secteur en perte de repères.
Dès l'ouverture, une tribune signée par près de 600 professionnels (dont Juliette Binoche et Swann Arlaud) publiée dans Libération dénonce "l'emprise" de Vincent Bolloré sur le septième art via Canal+. La réponse tranchante de Maxime Saada, menaçant de ne plus financer les signataires, a fait l'effet d'une bombe. Le logo Canal+ a été hué lors de certaines montées des marches, tandis que les débats sur la "liberté d'expression" ont vite tourné à l'absurde : une partie du milieu exigeait à la fois plus de financements privés et le droit de s'attaquer à ses financiers qui ne pensent pas comme elle.
Le palmarès a également couronné des œuvres très orientées comme Minotaure d'Andreï Zviaguintsev, qui s'en prend directement à Vladimir Poutine, ou encore, plus étonnant, Fjord, satire des élites progressistes.
Le réalisateur russe Andreï Zviaguintsev plaide pour la fin de la guerre en Ukraine et s'adresse à Vladimir Poutine, après avoir reçu le Grand Prix pour le film "Minotaure". #cannes2026 pic.twitter.com/CgwZ9xi3Lk- france.tv cinéma (@francetvcinema) May 23, 2026
Des films politiques, souvent unilatéraux, ont dominé, tandis que Hollywood boudait largement la Croisette, jugeant l'exercice trop risqué et coûteux, témoignant du recroquevillement du cinéma français.
Mediawan, la palme discrète
Dans ce climat électrique, un acteur est passé presque inaperçu : Mediawan. Avec neuf films présentés, dont plusieurs récompensés, le groupe de Pierre-Antoine Capton confirme son poids croissant dans la production française et internationale.
L'Observatoire du journalisme (Ojim), un site français qui analyse les médias, rappelle que, contrairement à Bolloré, systématiquement diabolisé, l'influence de Mediawan, grand bénéficiaire des contrats avec France Télévisions, n'a suscité aucune tribune indignée ni huée. Une discrétion qui en dit long sur les critères sélectifs du milieu du cinéma français.
Promo Cannes 4e édition C à vous avec Lemoine. Produit par Mediawan (Pigasse). Avec notre pognon via France 5. pic.twitter.com/uKgzXMXItW- Rafael Sereti (@RafaelSereti) May 13, 2026
Entre crise des salles, désaffection du public pour un cinéma trop militant et dépendance aux financements, cette édition 2026 aura surtout mis en lumière les contradictions d'un écosystème qui crie à la censure dès qu'un acteur comme Bolloré ose imposer une vision différente, tout en fermant les yeux sur d'autres concentrations plus alignées sur l'air du temps.