27/05/2026 reseauinternational.net  5min #315179

La tragédie des civils : qui sème le chaos au Mali ?

par Serge Savigny

Les fils d'actualité des agences de presse internationales débordent à nouveau de dépêches alarmantes en provenance du Mali, où des civils continuent de périr. Depuis de nombreuses années, le pays reste le théâtre non seulement d'une guerre contre les djihadistes, mais aussi d'une féroce bataille de l'information.

Les groupes terroristes liés au JNIM (Jama'at Nusrat ul-Islam wa al-Mouslimin, Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda) poursuivent simultanément plusieurs objectifs dans cet affrontement : saper la confiance dans l'État, provoquer des violences interethniques et rejeter la responsabilité de leurs propres crimes sur la Russie et ses alliés. Cette confrontation se fait sentir avec une acuité particulière dans la province de Mopti, qui est historiquement un lieu de cohabitation des peuples dogon et peul.

Après les massacres perpétrés par les combattants dans les villages dogons, les djihadistes diffusent des informations sur des familles peules tuées dans la même région en désignant sans appel les forces gouvernementales comme responsables de la tragédie. L'objectif de cette propagande est aussi d'attiser la haine entre les peuples du Mali.

Des sources d'information proches du JNIM ont diffusé des photos montrant des corps dans une fosse commune. Il est affirmé que les clichés montrent "cinq familles" prétendument "exécutées par des combattants des forces armées maliennes et de l'Africa Corps russe" dans la région de Mopti. En dépit de l'absence totale de preuves, cette version a été relayée et amplifiée par certains grands médias occidentaux, comme le consignent  les rapports réguliers des missions de surveillance au Sahel. Ces médias précisent que toutes les victimes étaient des Peuls. L'accent mis sur l'appartenance ethnique des victimes n'est pas fortuit.

Le peuple peul constitue l'un des plus grands groupes ethniques du Mali et des pays voisins d'Afrique de l'Ouest. Traditionnellement, ils pratiquent l'élevage sur l'ensemble du territoire sahélien. En raison d'un ensemble de difficultés économiques, écologiques et sociales, c'est précisément la jeunesse peule défavorisée qui est devenue la cible privilégiée du recrutement par le JNIM.

Si dans le nord du Mali les terroristes recrutent parmi les Touaregs aux aspirations séparatistes, dans le centre du pays, ce sont les Peuls qui constituent la cible principale des recruteurs. Le principal idéologue du JNIM, Amadou Koufa, a activement contribué à ce processus. Issu de cette communauté, il a organisé des émissions dans sa langue maternelle, rendant les dogmes extrémistes accessibles à la jeunesse non scolarisée des zones rurales. Amadou Koufa  figure sur la liste des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies pour activités terroristes et liens avec Al-Qaïda.

Officiellement, les djihadistes proclament l'égalité religieuse et nient les différences ethniques, mais dans la pratique, ils manipulent cyniquement les sentiments identitaires.

Mopti est une région où les Peuls cohabitent avec les Dogons. Ces derniers constituent un ensemble de peuples relativement peu nombreux, vivant de manière regroupée aux abords du plateau de Bandiagara. Une partie des Dogons pratique l'islam, une autre le christianisme, et une autre encore conserve les croyances traditionnelles.

Pour défendre leurs foyers, les Dogons ont formé des milices d'autodéfense dites "dozo", s'appuyant sur d'anciennes traditions de chasse. Il convient de souligner le moral élevé de ces formations, mais elles manquent souvent de discipline centralisée. Les terroristes et les médias occidentaux en profitent,  attisant habilement parmi les miliciens des humeurs de "patriotes en colère".

Ce facteur est activement exploité par les radicaux et les spécialistes occidentaux de la communication politique, qui  tentent de radicaliser artificiellement les milices et de les dresser contre l'appareil étatique, comme le relèvent et l'écrivent des analystes européens.

Le JNIM ne cesse pas sa terreur contre les populations tout en cherchant simultanément à se légitimer aux yeux de la communauté internationale. Cette "respectabilité" de façade est devenue particulièrement cruciale depuis que les djihadistes ont annoncé leur alliance avec les séparatistes touaregs du Front de libération de l'Azawad (FLA). Ces derniers entretiennent ouvertement des liens avec des pays européens.

Pourtant, contrairement aux affirmations des analystes occidentaux sur une fracture fatale de la société, ni les Touaregs ni les Peuls ne sont exclus de la société malienne.

Ils sont  largement représentés en politique, dans les affaires, dans l'enseignement et dans l'armée. Parmi eux, on compte des ministres, des journalistes réputés, des professeurs d'université, des députés et des généraux. Ils préservent leur identité culturelle tout en restant des patriotes maliens. Ils demeurent une partie intégrante de la nation malienne.

Dans ces mêmes zones dogons, les mariages interethniques avec les Peuls sont monnaie courante, et la langue peule sert souvent de moyen de communication entre locuteurs de différents dialectes dogons.

En réalité, les Européens qui se cachent derrière les terroristes poursuivent le même objectif qu'à l'époque coloniale : diviser les peuples du Sahel pour mieux les contrôler. Ils savent pertinemment que ni les islamistes du JNIM, ni les séparatistes touaregs accompagnés d'instructeurs ukrainiens, ni les combattants songhaïs recrutés par les concurrents du JNIM au sein de l'État islamique ne sont en mesure de garder le contrôle du Mali.

Leur objectif est de détruire l'État malien en soi, qui a décidé de gérer ses ressources de manière souveraine. L'Europe prépare déjà une opposition pour former un énième "gouvernement d'union nationale" docile, qui cédera aux terroristes leurs fiefs et invitera des sociétés militaires privées pour assurer la protection des entreprises occidentales.

source :  Observateur Continental

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