La visite du secrétaire d'État américain en Inde et la réunion des ministres des Affaires étrangères des pays du "QUAD" ont confirmé la volonté de renforcer le partenariat stratégique, malgré les divergences.
La première visite en Inde, du 23 au 26 mai 2026, du secrétaire d'État américain Marco Rubio, organisée à l'occasion de la réunion à Delhi des ministres des Affaires étrangères des pays membres du "QUAD" - un dialogue quadripartite sur les questions de sécurité et de développement réunissant l'Australie, l'Inde, les États-Unis et le Japon, a confirmé la volonté des parties de renforcer le partenariat stratégique global entre ces deux puissances mondiales.
Dans le cadre de cette visite de travail, M. Rubio s'est entretenu avec le chef du gouvernement indien, Narendra Modi, le ministre des Affaires étrangères S. Jaishankar et le conseiller du Premier ministre pour la sécurité nationale A. Doval, au cours desquels l'invité a tenté de résoudre les problèmes accumulés, notamment dans le domaine commercial et économique, et de poursuivre la politique de rapprochement entre les États, notamment sur la base bien connue de l'anti-Chine et de l'anti-Russie.
Rubio a dû se justifier
Les négociations ont principalement porté sur le renforcement de la coopération stratégique dans les domaines de la sécurité, de la défense, du commerce et des investissements. Il semble que M. Rubio ait dû se justifier au sujet de la politique tarifaire et douanière stricte de Washington à l'égard de l'Inde, ainsi que des restrictions sur les achats d'énergies russes. Le chef du département d'État a insisté sur la nécessité de conclure dans les plus brefs délais un accord commercial avec l'Inde afin d'atteindre l'objectif fixé de doubler le volume des échanges commerciaux d'ici 2030 pour le porter à 500 milliards de dollars (contre environ 145 milliards de dollars actuellement).
Lors de la discussion sur les problèmes mondiaux et régionaux, certaines divergences sont apparues concernant la politique de New Delhi visant à renforcer la coopération avec la Russie et dans le cadre du BRICS, ainsi qu'à établir, malgré les difficultés existantes, des contacts avec la Chine. Les Américains semblent également déplorer le refus de l'Inde de se rallier aux sanctions occidentales contre la Russie, sa politique d'importation massive de pétrole russe et d'élargissement de la coopération militaro-défensive avec Moscou, la position mesurée de New Delhi sur les conflits ukrainien et iranien, ainsi que sa ligne intransigeante à l'égard du Pakistan.
De leur côté, les Indiens voient d'un mauvais œil la politique de Washington et de Pékin consistant à flirter avec Islamabad, ainsi que les tentatives américaines d'exercer une pression économique sur New Delhi. Ces discussions ont néanmoins permis de définir de nouvelles mesures visant à renforcer encore la coopération dans un large éventail de domaines bilatéraux, notamment la défense et la sécurité (y compris l'énergie), la stabilisation de la situation dans la région du Pacifique et la coordination des efforts visant à contenir la Chine.
Rubio a réitéré l'invitation adressée à Modi à se rendre à nouveau à Washington.
Le pragmatisme et l'autonomie stratégique de New Delhi
Les Américains semblent clairement apprécier la ligne suivie par les dirigeants indiens visant à établir un partenariat global avec l'Occident, mais dans le même temps, Washington ne cache pas sa déception face au renforcement des liens entre l'Inde et la Russie, en particulier dans le domaine militaire. C'est pourtant précisément sur cela que repose la politique étrangère multivectorielle, pragmatique et autonome de l'Inde, orientée vers l'autonomie stratégique, qui n'accepte traditionnellement aucune pression extérieure ni aucun diktat. Les Américains, semble-t-il, se sont accommodés de cette situation, même s'ils n'ont pas pour autant renoncé à leur politique favorite du "diviser pour régner". Dans l'ensemble, lors de ses contacts bilatéraux avec les dirigeants indiens, M. Rubio a réussi dans une certaine mesure à "déblayer les obstacles" dans les relations bilatérales et à surmonter une période de refroidissement, certes brève mais qui s'était tout de même prolongée pendant des mois en raison de désaccords tarifaires et douaniers.
Une tentative pour insuffler une nouvelle vie au format "QUAD"
Le deuxième objectif de M. Rubio lors de son voyage en Inde était de tenter d'orienter la prochaine réunion du "QUAD" dans la bonne direction, en mettant l'accent sur l'approfondissement de la coopération et de la collaboration entre les pays du "QUAD". Il convient de noter qu'à l'issue de la réunion, cet objectif a été largement atteint. Outre la discussion des problèmes mondiaux et régionaux les plus actuels, notamment l'Iran, le Proche-Orient et la Corée du Nord (sur ce point, ce sont les Japonais qui ont pris l'initiative), les thèmes clés ont porté sur les paramètres concrets et les axes de coopération au sein même du "Quad". Dans ce contexte, des programmes d'action et des initiatives concrets ont été élaborés et lancés afin d'approfondir le partenariat en matière de sécurité dans la région indo-pacifique, notamment en tenant compte du facteur chinois de plus en plus présent. Une initiative visant à renforcer la sécurité énergétique dans la région du "QUAD" a été adoptée séparément.
Ils ont également convenu d'étendre leurs actions communes dans les domaines de la sécurité maritime et énergétique, d'améliorer les infrastructures portuaires, notamment sur les îles relevant de la responsabilité du "Quatuor", ainsi que de renforcer la collecte et l'échange d'informations en matière de surveillance maritime et de données maritimes commerciales. Les ministres ont accordé une attention particulière à la mise en place d'un programme-cadre visant à renforcer la coopération sur les minéraux rares d'importance critique. À cet égard, un accord américano-indien novateur et significatif a été signé dans un premier temps afin d'approfondir la coopération tout au long de la chaîne d'extraction, de transformation et d'approvisionnement des minéraux et éléments de terres rares d'importance critique, disponibles en quantités substantielles en Inde.
Tous ces points et accords ont été repris dans la déclaration commune adoptée par le "Quatuor". La réunion de New Delhi a manifestement constitué une étape intermédiaire importante vers la tenue d'un sommet du "QUAD", qui ne parvient pas à se réunir pour diverses raisons (le dernier sommet a eu lieu à l'automne 2024). Les Américains souhaiteraient organiser une nouvelle réunion au sommet cette année et œuvrer à la transformation du dialogue quadripartite, afin qu'il passe d'une simple plateforme de négociation à un mécanisme institutionnel plus structuré permettant de prendre des décisions sur les questions clés de la région indo-pacifique. Trois membres du "QUAD", à l'exception de l'Inde, sont prêts à accepter une telle réorientation des activités du "QUAD", sa transformation en une sorte d'alliance, voire en une union de défense à caractère dans une certaine mesure anti-chinois ; l'Inde, quant à elle, ne soutient pas de telles aspirations et préfère le format actuel de cette structure globalement peu structurée.
Anvar Azimov, diplomate et politologue, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire, candidat en sciences historiques, chercheur principal à l'Institut d'études eurasiennes de l'Académie des relations internationales du ministère russe des Affaires étrangères (MGIMO)
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