
par Elfadil Ibrahim
L'accord sur le nucléaire iranien conclu par Trump n'était pas son idée et, pire encore, il compromet la survie politique du dirigeant israélien. Le Liban, malheureusement, en subira les conséquences.
L'accord qui se dessine entre les États-Unis et l'Iran représente une menace existentielle pour l'avenir politique du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou.
Alors que sa coalition se fissure et que les élections approchent, Netanyahou ne peut survivre à une paix qui laisserait le Hezbollah intact et le programme nucléaire iranien reporté. La seule voie qui pourrait désormais assurer sa viabilité passe par le Liban.
Ceci explique peut-être pourquoi, quelques heures seulement après que le président Donald Trump a annoncé qu'un accord avec l'Iran avait été "largement négocié" à l'issue de pourparlers excluant Israël, Netanyahou a ordonné à l'armée israélienne d'"intensifier les frappes" contre le Hezbollah, ajoutant lundi : "Nous renforçons notre opération au Liban".
Israël a désormais émis des ordres d'évacuation pour deux des plus grandes villes du Sud-Liban, et l'aviation israélienne a bombardé plus de 100 sites dans la région, portant le bilan des victimes à plus de 3000 morts depuis la dernière escalade en mars, selon le ministère libanais de la Santé. Cette situation survient alors que des responsables libanais et israéliens mènent des négociations historiques à Washington, sous l'égide des États-Unis, incluant un volet sécurité qui devait être lancé le 29 mai.
Lorsque les États-Unis et Israël ont lancé des frappes contre l'Iran fin février, Benyamin Netanyahou a présenté les objectifs de la campagne en termes maximalistes : détruire les capacités nucléaires et balistiques iraniennes, mettre fin au soutien de Téhéran aux groupes armés régionaux et, plus ambitieusement encore, renverser la République islamique.
Trois mois plus tard, l'Iran est toujours debout. L'accord en cours d'élaboration entre l'administration Trump et la République islamique n'aborde quasiment aucun de ces objectifs dans sa phase préliminaire, se concentrant plutôt sur la reprise du trafic maritime et la fin des hostilités directes entre les États-Unis et l'Iran.
Les réactions des responsables politiques et des commentateurs israéliens ont été vives. Le chef de l'opposition israélienne et ancien Premier ministre, Yaïr Lapid, a déclaré que l'accord était "mauvais pour Israël, mauvais pour la région et mauvais pour le peuple iranien". Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale et partenaire clé de la coalition gouvernementale de Netanyahou, a présenté la proposition en des termes similaires, la qualifiant d'"accord susceptible de nuire à l'État d'Israël".
Dans ce contexte, la situation de Netanyahou est particulièrement délicate. Il a co-déclenché une guerre qui a affaibli les capacités de l'Iran, sans toutefois parvenir à contraindre Téhéran à se soumettre. Exclu des négociations sur l'issue du conflit, il doit désormais faire face à un électorat qui devrait se rendre aux urnes dès septembre. À l'approche de ces élections, seuls 10% des Israéliens considéraient la campagne sur l'Iran comme un succès significatif lors d'un sondage réalisé à la mi-avril.
L'analyse dominante soutient que Netanyahou tente de gagner du temps avant les élections, espérant ainsi obtenir un résultat qu'il pourra mettre en avant auprès des électeurs sur les plans sécuritaire et diplomatique. Le Liban est un élément clé de cette stratégie.
L'élément déclencheur immédiat de l'escalade au Liban présente une dimension tactique distincte de l'accord en cours d'élaboration avec l'Iran. Le Hezbollah a déployé des drones à fibre optique contre les troupes israéliennes occupant une zone tampon autoproclamée, la "Ligne Jaune", au sud du Liban. Ces drones bon marché sont inviolables car ils fonctionnent sans utiliser les fréquences radio. Plusieurs soldats israéliens ont été tués ou grièvement blessés par ces drones, et certains ont même touché des habitations civiles en Israël.
En réponse, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a approuvé un budget de 700 millions de dollars pour les opérations anti-drones et a ajouté que la simple défense était insuffisante. "Pour chaque drone explosif, dix bâtiments devraient s'effondrer à Beyrouth", a déclaré Smotrich. Le chef d'état-major des armées israéliennes, Eyal Zamir, a approuvé la nécessité de frapper Beyrouth. Ben Gvir est allé plus loin : "Il est temps que le Premier ministre aille frapper à la porte de Trump et l'informe que nous reprenons la guerre au Liban. Nous devons couper l'électricité au Liban... et reprendre une guerre sans merci".
source : Responsible Statecraft via Marie Claire Tellier