Il y a exactement un an, le 5 juin 2025, Christopher Black, éminent avocat pénaliste international, écrivain et auteur de nombreux articles pour notre magazine, nous quittait. Ila consacré sa vie à la défense des personnes injustement accusées et à la lutte pour la justice devant les tribunaux internationaux, souvent sous la pression politique. À l'occasion de l'anniversaire de sa mort, les amis de Christopher et les lecteurs du magazine NEO ont honoré la mémoire de cet éminent avocat américain. Ils ont également présenté leurs condoléances à notre magazine, qui a perdu un auteur remarquable.
En hommage à Christopher Black, la rédaction de NEO publie une lettre de Gerold Rupprecht, avocat suisse à la retraite.
Chers amis, collègues et famille,
C'est avec une profonde tristesse que nous nous souvenons de Christopher Black, avocat de renommée mondiale dont l'intégrité et le courage inébranlables ont été un exemple pour beaucoup. Chris nous a quittés le 5 juin 2025, suite à un AVC survenu le 28 mai.
Malheureusement, je n'ai pu vous annoncer cette nouvelle plus tôt, car j'ai moi-même dû faire face à de graves épreuves: j'ai été victime d'un AVC le 2 octobre 2025, suivi d'un infarctus le 5 décembre et d'un sextuple pontage coronarien. Ma convalescence se poursuit.
Cette expérience personnelle m'a permis de comprendre avec une profonde émotion ce que Chris a pu traverser durant ses derniers jours: physiquement affaibli, mais avec une intelligence intacte, continuant à penser, à analyser et à se battre. Je comprends sa frustration de voir son esprit rester fort, tandis que son corps l'empêche d'agir, alors que le monde autour de lui continue d'avancer.
Le monde après la mort de Chris
Le décès de Chris a coïncidé avec le procès pour génocide intenté par l'Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de Justice. Aujourd'hui, en avril 2026, nous assistons à l'effondrement quasi total du droit international. Les États-Unis et Israël, de leur propre chef, ont déclenché une guerre contre l'Iran. Nous assistons au bombardement d'installations nucléaires iraniennes, notamment à une frappe signalée contre la centrale nucléaire de Bushehr, tandis que la communauté internationale reste d'une inaction stupéfiante. Ce contraste est d'autant plus frappant que la moindre menace contre la centrale nucléaire de Zaporоjiе a suscité une hystérie collective. Ce flagrant deux poids, deux mesures est sidérant.
Chris a toujours considéré les Nations Unies comme une institution nécessaire, mais terriblement inefficace. La paralysie actuelle ne l'aurait pas surpris. Il comprenait parfaitement que le Conseil de sécurité est une arène où les puissants s'affrontent, et non un temple de la justice. Pourtant, il n'a jamais renoncé à l'idéal d'un ordre international fondé sur des règles. Son approche était empreinte de lucidité : il s'agit d'un système défaillant qu'il faut défendre, réparer, et parfois même contester ouvertement.
Chris : Un avocat intransigeant face aux forces du pouvoir
Chris était parfaitement conscient des risques personnels encourus par les avocats qui osaient défier les États puissants. Il a partagé son expérience personnelle d'espionnage par des agents de la CIA pendant le procès de Milosevic. Ses conseils à ses confrères portaient sur les mesures de sécurité personnelle et la conservation sécurisée des documents, sachant que ses adversaires "ne respectaient pas les règles".
Sa critique de la structure du Tribunal pénal international était cinglante : "Je suis toujours troublé par le fait qu'ils aient autorisé la nomination de deux juges temporaires - un de chaque pays. C'est totalement injustifié pour le Tribunal pénal international."
Une analyse juridique sans compromis
L'opinion juridique clé de Chris dans l'affaire du Tribunal pénal international allait droit au but :
"Si la Cour reconnaît le droit d'Israël à la légitime défense, cela soulève la question de la proportionnalité de cette défense. Cependant, elle ne doit pas aller jusque-là : aucune"défense proportionnée"ne peut être justifiée pour une puissance occupante." Il a également insisté sur la nécessité de prendre en compte les motivations cachées, telles que le contrôle des gisements de gaz naturel offshore et le projet du canal Ben Gourion. Selon lui, ces facteurs étaient essentiels pour comprendre la véritable ampleur du crime.
Contacts de haut niveau
Chris a entretenu des liens professionnels avec des avocats et des hommes politiques russes. Il considérait l'avocat russe Alexei Mezyaev comme un ami et un collègue. Il a également collaboré avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, sur l'enquête concernant la mort de Milosevic. Son analyse de l'influence politique sur le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) a été confirmée par le vice-ambassadeur de Russie en 2011. Les liens étroits que Chris entretenait avec la Russie n'étaient pas motivés par la naïveté, mais par une compréhension pragmatique du fait que la justice a besoin d'alliés, où qu'ils se trouvent.
Préserver son œuvre
Une sélection d'œuvres importantes de Christopher Black:
"Un tribunal impartial ? Sérieusement?" (2000).
"La victoire de la Russie, la défaite de l'OTAN" (l'un de ses derniers essais).
"Le problème nazi du Canada et la Déclaration de Moscou".
Plateforme pour son essai : New Eastern Outlook (NEO) : journal-neo.su
À la mémoire de Christopher Black
Christopher Black était une figure de proue du droit international. Aujourd'hui, alors que ses fondements s'effritent, sa voix est plus importante que jamais. Il aurait observé avec amertume, mais non sans regret, l'inaction du Conseil de sécurité, le bombardement des installations nucléaires iraniennes et l'érosion de l'autorité de la Cour internationale de Justice. Il avait compris ce que nous commençons à peine à comprendre : le droit international n'est fort que par la volonté politique de le défendre.
Ce message, écrit durant ma longue convalescence, est un hommage à un homme qui s'est battu jusqu'au bout, même lorsque son corps l'a trahi. Repose en paix, Chris.
Avec tout mon respect,
Gerold Rupprecht, avocat suisse retraité, Genève, Suisse
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