
par Nour Fusayfisa al Arz (نور فسيفساء الأرض) et Nathanaël Gershom
La guerre comme prolongement de la finance
Accroche : "La guerre, c'est la paix". La formule d'Orwell n'a jamais été aussi vraie. Nous vivons dans un monde où la guerre est devenue un état permanent - en Ukraine, à Gaza, au Yémen, au Sahel. Et pourtant, on la présente toujours comme une exception, une crise, une réponse à une agression. Et si la guerre était, en réalité, le mode de fonctionnement normal du système ?
La guerre n'est pas un bug
Dans le triangle de la capture, la guerre est l'outil ultime. Quand la dette ne suffit plus à soumettre, quand la finance ne suffit plus à extraire, quand la persuasion ne suffit plus à légitimer - il reste la force brute. La guerre n'est pas une anomalie dans le système de prédation. Elle en est le rappel à l'ordre.
La paix par la guerre
La doctrine de l'hégémon américain tient en une formule : si vis pacem, para bellum - si tu veux la paix, prépare la guerre. Mais dans la pratique, c'est pire que cela : la paix est la guerre. Une guerre larvée, permanente, qui ne dit pas son nom. Des bases militaires qui encerclent la planète (plus de 800). Des "opérations spéciales" qui renversent des gouvernements. Des sanctions qui tuent à distance (on estime que les sanctions contre l'Irak dans les années 1990 ont causé la mort de 500 000 enfants - Madeleine Albright, alors secrétaire d'État, avait répondu : "Nous pensons que le prix en vaut la peine").
La guerre comme message
La guerre n'est pas seulement un moyen de s'emparer de ressources. C'est aussi un message adressé à tous les B potentiels. "Voici ce qui arrive à ceux qui résistent". Gaza n'est pas seulement un territoire qu'on rase - c'est un avertissement. Un message adressé à tous les peuples qui envisageraient de refuser l'ordre imposé.
L'articulation avec la finance
La guerre n'est pas gratuite. Elle coûte cher - en hommes, en matériel, en argent. Qui finance ? La réponse nous ramène à l'article précédent : la dette. Les États-Unis financent leur appareil militaire en exportant leur dette grâce au statut du dollar comme monnaie de réserve mondiale. Le contribuable américain paie les intérêts, mais le reste du monde paie aussi, par l'inflation exportée et la dévaluation des monnaies périphériques.
Et la guerre profite à certains. Le complexe militaro-industriel (les fabricants d'armes, les sous-traitants, les consultants) prospère. Les crises font monter le prix du pétrole, ce qui enrichit les compagnies pétrolières. Les reconstructions d'après-guerre sont des marchés juteux pour les entreprises du BTP.
Le discours de légitimation
Comment fait-on accepter la guerre permanente ? Par le discours de la "menace". La RAND Corporation produit des rapports qui identifient les "États adversaires". Les médias relaient les récits d'atrocités (parfois réels, parfois fabriqués) pour justifier l'intervention. Les dirigeants politiques agitent le spectre de l'ennemi - le "terroriste", l'"axe du mal", l'"État voyou".
Et surtout, on inverse les rôles. L'empire qui encercle la planète de ses bases accuse ses adversaires d'"expansionnisme". La puissance qui a déclenché toutes les guerres récentes se présente comme le garant de la "paix".
Les fissures
Mais le système n'est pas tout-puissant. L'article sur la guerre en Iran que nous avons analysé montre des fissures : l'Iran ne s'effondre pas, l'Arabie saoudite refuse de jouer le jeu de l'escalade, la Chine contourne les sanctions. La guerre, quand elle ne produit pas la victoire rapide promise, se retourne contre son auteur. Elle l'épuise, le discrédite, le fragilise.
Comment résister ?
- Refuser le récit de la menace. Vérifier les faits. Chercher les sources.
- Soutenir les forces qui, dans tous les camps, refusent la logique de guerre.
- Se souvenir que la guerre est le prolongement de la finance - et que combattre l'une sans combattre l'autre est vain.
Pourquoi cette série ?
1 - Pourquoi rien ne change (vraiment) ?
2 - Chaos, peur et urgence
3 - Les marchands de légitimité
4 - La violence qui ne dit pas son nom