15/06/2026 ismfrance.org  5min #317107

Des milliers de victimes palestiniennes ensevelies sous les décombres à Gaza pourraient ne jamais être identifiées

The Cradle, 14 juin 2026. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a averti que des milliers de Palestiniens ensevelis sous les décombres de Gaza pourraient ne jamais être identifiés, les opérations de secours restant lentes et Israël continuant de bloquer l'entrée d'équipements indispensables dans la bande de Gaza,  rapporte le Guardian le 14 juin.

Des photos montrent l'étendue des dégâts suite à une frappe israélienne contre la maison de la famille Al-Khamisi dans le camp de réfugiés d'Al-Maghazi, au centre de Gaza, le 11 juin 2026. (source  Quds News Network)

"Il ne fait aucun doute que ces corps pourraient bientôt devenir difficiles à identifier", a déclaré Pat Griffiths, porte-parole du CICR à Jérusalem.

"Plus le temps passe pour récupérer les restes humains, plus l'identification est difficile. Plus les personnes décédées restent longtemps sous les décombres, plus elles risquent d'être à un stade avancé de décomposition - voire réduites à l'état de squelette - lorsqu'elles seront finalement exhumées."

Il a ajouté qu'avec le temps, les experts médico-légaux perdent l'accès aux preuves circonstancielles qui permettent de confirmer l'identité d'une victime.

Israël a bombardé Gaza sans relâche pendant deux ans avant la conclusion d'un cessez-le-feu entre le Hamas et Israël en octobre dernier. Selon le ministère de la Santé de Gaza, ces bombardements ont fait quelque 10.000 victimes ensevelies sous les décombres de leurs maisons, bâtiments, hôpitaux et écoles détruits.

D'après le Guardian, certains experts estiment que le nombre de corps non encore retrouvés pourrait atteindre 14.000.

Depuis le cessez-le-feu, les Palestiniens ont entrepris la tâche colossale de fouiller environ 61 millions de tonnes de débris.

Les progrès sont lents, les équipes de secours étant contraintes d'utiliser des outils rudimentaires, tels que pelles, pioches, brouettes, râteaux, houes, et même leurs mains nues, pour dégager les corps.

Israël a refusé à plusieurs reprises d'autoriser l'entrée des excavatrices et autres engins lourds nécessaires au déblaiement des décombres, ce qui rend cette tâche colossale encore plus longue et difficile.

"Les équipes de recherche et de sauvetage doivent pouvoir accéder à tous les sites où l'on pense que des restes humains se trouvent", a déclaré le porte-parole du CICR. "Nous savons qu'il est actuellement quasiment impossible d'acheminer une grande partie de ces machines et équipements à Gaza."

Plus le temps passe, plus les chances de confirmer l'identité des victimes diminuent. Les caractéristiques physiques qui peuvent faciliter l'identification, comme l'âge, le sexe, la taille, les empreintes digitales, les dossiers dentaires et les effets personnels, disparaissent rapidement, explique le CICR.

Le matériel génétique nécessaire à l'identification par ADN se détériore également avec le temps. "Une correspondance génétique qui aurait pu être rapide et très fiable quelques semaines auparavant peut devenir beaucoup plus complexe des mois plus tard", explique le Dr Cristina Cattaneo, professeure de pathologie médico-légale à l'Université de Milan.

Les hôpitaux dévastés de Gaza manquent également d'équipements pour les tests ADN, et Israël refuse d'autoriser l'entrée de matériel de test ADN dans la bande de Gaza.

Ces problèmes sont aggravés par les bulldozers de l'armée israélienne qui s'emploient à démolir systématiquement les structures à Gaza, dans le but d'empêcher les Palestiniens de retourner chez eux. Lors de la démolition de bâtiments, les bulldozers risquent de déplacer et d'endommager des corps encore ensevelis sous les décombres, voire de les recouvrir davantage.

Pour les Palestiniens, l'incertitude quant au sort d'un proche disparu, qu'il soit mort ou détenu dans les prisons israéliennes tristement célèbres pour leurs actes de torture, est une épreuve dévastatrice.

Saed al-Yazji a confié au Guardian que son frère, Sameh, âgé de 40 ans, a disparu le 7 octobre 2023, au début de la campagne de bombardements menée par Israël à Gaza, qui a duré deux ans et a rapidement été qualifiée de génocide par la communauté internationale.

"Nous n'avons plus aucune nouvelle de lui depuis ce jour", a déclaré Yazji, 52 ans. "Nous gardons espoir qu'il soit vivant, car rien ne confirme qu'il ait été tué ou détenu. Nous attendons chaque jour des nouvelles qui pourraient enfin apaiser nos cœurs."

Selon le ministère de la Santé de Gaza, les forces israéliennes ont tué plus de 72.000 Palestiniens dans la bande de Gaza. La majorité des victimes sont des femmes et des enfants.

Cependant, des estimations indépendantes suggèrent que le bilan des victimes est bien plus lourd. Une équipe de recherche germano-espagnole de l'Institut Max Planck de recherche démographique (MPIDR) et du Centre d'études démographiques (CED) a  estimé qu'en novembre 2025, le nombre de morts violentes avait probablement dépassé les 100.000.

Certains chercheurs et scientifiques  estiment que le nombre de morts à Gaza pourrait dépasser les 600.000 si l'on prend en compte les effets indirects de la guerre, tels que la destruction des infrastructures, la malnutrition et les maladies.

Article original en anglais sur  The Cradle / Traduction MR

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