Sara Flounders
Des manifestants tiennent des flamants roses, symboles de ces rassemblements (AFP)
Des mobilisations massives ont eu lieu en Albanie, rassemblant des dizaines de milliers de manifestants contre un projet de complexe touristique de luxe porté par Jared Kushner et Ivanka Trump sur l'île inhabitée de Sazan, un site écologiquement sensible.
Des vagues de manifestations quotidiennes, dont l'ampleur et la virulence ne cessent de croître, dénoncent un accord conclu en procédure d'urgence visant à développer deux méga-complexes touristiques en Albanie. L'un d'eux est situé dans une zone côtière unique et protégée sur le plan environnemental. Les lagunes, les zones humides, les forêts de pins et les dunes de sable de Pishë Poro-Narta abritent des centaines d'espèces. Cette région côtière de la mer Adriatique constitue une étape importante pour les oiseaux migrateurs qui voyagent entre l'Europe et l'Afrique, notamment les flamants roses protégés, symboles de ces rassemblements.
Un vaste projet d'aménagement côtier sur l'île protégée de Sazan et la péninsule de Zvërnec - mené par Affinity Partners, une société d'investissement liée au gendre du président Donald Trump, Jared Kushner, et à sa fille Ivanka Trump - a déclenché des vagues quotidiennes de manifestations massives à Tirana, la capitale. Plus de 6 000 villas somptueuses et les infrastructures de luxe qui les accompagnent, destinées aux plus fortunés, sont prévues. Les promoteurs estiment que ce projet colossal dépassera les 4 milliards d'euros (4,6 milliards de dollars).
Les manifestations de masse et la répression gouvernementale, immortalisées par des vidéos montrant des bulldozers, des barbelés et des agents de sécurité traînant des manifestants sur le sable, pourraient avoir des répercussions considérables.
Le gouvernement albanais actuel est résolument pro-américain et pro-OTAN et a soutenu toutes les guerres menées par les États-Unis et l'OTAN depuis 1991, notamment en envoyant des troupes albanaises participer aux conflits américains en Afghanistan et en Irak, où elles ont maintenu une présence ininterrompue pendant près de deux décennies. Les États-Unis maintiennent une présence militaire permanente en Albanie.
Le Commandement des opérations spéciales des États-Unis en Europe (SOCEUR) a établi en Albanie un quartier général avancé fonctionnant par rotation, destiné à servir de plaque tournante logistique et opérationnelle pour les Balkans. En raison de la faiblesse de ses contrôles, l'Albanie est devenue une plaque tournante de la cybersécurité de pointe.
L'Albanie figure toujours parmi les pays les plus pauvres d'Europe.
Malgré une obéissance totale aux exigences américaines, son soutien aux guerres menées par les États-Unis et l'utilisation d'armes de l'OTAN, les États-Unis tiennent l'Albanie, pays appauvri, en laisse. Ils continuent d'appliquer des sanctions ciblées. Celles-ci s'inscrivent dans le cadre des sanctions liées aux Balkans qui affectent l'ensemble de la région par le gel des avoirs, des interdictions américaines visant des responsables politiques et des médias locaux, ainsi qu'un réseau omniprésent de contrôle et de pauvreté imposée.
L'histoire des luttes de l'Albanie
L'Albanie a une histoire marquée par une farouche indépendance. Une résistance antifasciste et communiste, menée par Enver Hoxha, a libéré le pays du fascisme italien, puis une résistance partisane s'est opposée à l'occupation nazie allemande directe, sans l'aide des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale. Malgré un sous-développement extrême et un manque d'infrastructures, après la libération, la République socialiste populaire d'Albanie s'est efforcée avec une grande détermination de construire un pays socialiste égalitaire. Mais l'Albanie a été confrontée à un isolement intense. Chaque tentative de développement a été bloquée, coupée et sanctionnée.
Après l'effondrement de l'Union soviétique en 1990-1991, tous les pays socialistes d'Europe de l'Est ont été emportés par une vague de contre-révolutions imposées par les États-Unis. En Albanie, l'ensemble du mouvement communiste a été banni pendant des années de toute vie politique et exclu de tous les médias.
Le renversement du gouvernement de la République socialiste populaire d'Albanie n'a pas apporté la prospérité capitaliste promise, ni même mis fin à l'isolement de l'Albanie. Il a entraîné un profond clivage de classe. Les produits capitalistes ont afflué, présentés de manière alléchante dans les magasins, mais seule une poignée de personnes corrompues a tiré profit de sa loyauté envers les exigences impérialistes. La population dans son ensemble a été confrontée à des déplacements massifs.
Près de la moitié de la population a été contrainte de quitter l'Albanie pour survivre. À l'échelle mondiale, environ 2,2 à 2,3 millions de citoyens albanais vivent à l'étranger, soit presque autant que les 2,8 millions qui vivent en Albanie. Cette diaspora massive, qui constitue une fuite des cerveaux, est l'une des plus importantes au monde par rapport à la population totale du pays.
Les vagues de manifestations d'aujourd'hui traduisent une grande colère face au manque de transparence, au niveau de corruption du gouvernement et au véritable pillage que révèlent les accords secrets cédant de précieuses zones protégées.
Les images de flamants roses, une espèce menacée mise en danger par les deux complexes de loisirs construits pour les ultra-riches, recèlent le potentiel de luttes plus larges.
🚨 The situation is completely getting out of control.Albania is erupting for the second consecutive day in angry mass protests against the Kushner land seizure deal worth $4 billion. 🇦🇱
The Albanian people refuse to become a new Palestine. 💥" pic.twitter.com/lSoD7Qskf2
- Middle Eastern Affairs (@OpsHQs) June 4, 2026
Les images ci-dessus montrent l'ampleur des manifestations. Les motifs de la contestation sont nombreux. Les Albanais refusent ce projet qui annonce la destruction environnementale de l'île de Sazan et de la côte de Zvërnec. L'Accaparement de ces terres est perçu comme un symbole d'ingérence étrangère. Le slogan récurrent "L'Albanie n'est pas à vendre" dénonce une atteinte à la souveraineté nationale. L'Installation de sécurité privée et de barbelés sur le littoral, est vécue par la population comme un effondrement de l'État de droit.
Les manifestants associent le projet aux ambitions régionales de Kushner et à ses liens avec des colonies israéliennes illégales en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Kushner joue également un rôle important dans le Conseil de la paix et le projet de reconstruction de Gaza. Pour ses raisons on peut entendre des slogans comme "Le peuple albanais refuse de devenir une nouvelle Palestine."
Source : workers.org

