17/06/2026 elucid.media  3min #317306

Des généraux à Milei : l'Argentine sous la tutelle de sa dette

Par  Mikaël Faujour

Le 24 mars 1976, les militaires argentins renversent le gouvernement d'Isabel Perón. On sait que la dictature qui s'ensuit fait disparaître jusqu'à trente mille personnes, mais non qu'elle a multiplié par six sa dette extérieure - de 7,8 à 45 milliards de dollars entre 1975 et 1983 - avec le concours actif de grandes banques commerciales européennes. Le début d'un engrenage financier sans fin, qui explique même, cinquante ans plus tard, l'arrivée au pouvoir de Javier Milei, qui en est l'héritier idéologique.

Jusqu'au coup d'État de 1976, la présence des banques étrangères en Argentine était restée stable pendant plus d'un siècle. En 1863, la Bank of London and South America ouvre le bal. De 1863 à 1975, une quinzaine d'établissements s'installent dans le pays. Puis, avec l'arrivée au pouvoir de la junte militaire,  les choses s'accélèrent et le nombre de banques étrangères passe de 15 à 33 entre 1976 et 1982 (1).

La mécanique s'enclenche dès juillet 1976, quatre mois après le putsch. José Alfredo Martínez de Hoz, ministre de l'Économie nommé par la junte - un fils de l'aristocratie terrienne argentine, formé à Eton et Cambridge -, entreprend une tournée européenne pour convaincre les grandes places financières de prêter à Buenos Aires.

À Londres, il est reçu à dîner par les dirigeants de Lloyds Bank et de Baring Brothers au Brooks Club, l'un des clubs les plus "select" de la ville, et il fait même  la couverture d'Euromoney en septembre 1976. Le magazine financier  résume alors l'état d'esprit du milieu : "L'Argentine n'est plus un nom à faire frémir les banquiers internationaux."

 euromoney.com du magazine Euromoney, 1er septembre 1976

Résultat de cette tournée : les banques britanniques prêtent  60 millions de dollars en quelques semaines (2). Un prêt global de 970 millions de dollars, associant banques américaines, canadiennes, européennes et japonaises, est organisé  dans l'année (3).

"Ils ont maîtrisé le terrorisme ouvert, au prix de quelques droits humains."

Les archives des banques européennes, aujourd'hui accessibles aux chercheurs, attestent une conscience parfaitement lucide de la situation.

 elucid.media