22/06/2026 legrandsoir.info  8min #317864

Deux scribes algériens essuient leurs semelles sur Gallimard

Jacques-Marie BOURGET

Avec ce texte de notre ami Jacques-Marie Bourget, on pourrait croire que Le Grand Soir chasse désormais sur les terres de "La Grande Librairie".

Pas du tout ! Là aussi, il s'agit pour lui et nous de "donner à lire" des informations qui touchent à la morale, à la vérité, au respect des autres, aux droits des femmes, à la probité...

En France, les prix et les honneurs, l'argent, vont, y compris dans le domaine de l'édition, aux individus qui servent une cause, un cause qui ne déplaît pas à Bolloré.
Daoud et Sansal sont des instruments de propagande qui seraient montrés du doigt par ceux-là même qui les promeuvent s'ils s'étaient placés du bon côté de l'Histoire.
Le Grand Soir

Boualem Sansal est devenu le Tintin de l'édition : on suit ses aventures. Membre du comité de rédaction de la revue identitaire "Frontières", supporter de Retailleau qu'il entend pousser de "Beauvau à l'Elysée", Sansal est devenu le traitre d'une comédie qui n'est pas drôle. Son ami Daoud, lui, incendie Annie Arnaux, auteur Gallimard comme lui, parce qu'elle a, à Saint Denis, soutenu "l'islamo-gauchisme" de Mélenchon. Ces deux néocoloniaux sont bien utile aux heures brunes qui s'annoncent.

L'intelligence artificielle devrait être d'un grand secours pour les maisons d'édition. Ainsi, avant de signer un contrat avec un génie pour demain, les industriels du livre pourraient mieux connaître le passé de leur recrue. En pratiquant ainsi, Gallimard se serait épargné quelques paires de gifles, aujourd'hui celles de Boualem Sansal et sans doute d'autres à venir. Ce sont actuellement deux publicistes Algériens (1) qui mettent le souk dans l'honorable cathédrale des mots sise rue Sébastien Bottin. Et sèment le rififi, ce qui est normal pour des garçons de plume nés pas si loin du Rif.

Commençons par Boualem Sansal, clown désormais attaché au cirque Retailleau, et bien utile en cette canicule puisqu' on peut l'assimiler à un climatiseur : un frais de campagne. J'ai déjà écrit comment avec ma désespérément regrettée Warda, tenant chacun une aile du livre par la main, nous avons jeté "2084", l'opus de Boualem, à la poubelle, et refermé le couvercle pour ne pas qu'il s'en échappe. Avec l'auteur algérien, qui fait évoquer "Thomas l'imposteur" en moins tragique, il y a toujours un mensonge, une trahison, voire une ignominie en cours. Cet homme a tant d'imagination qu'il pourrait un jour finir sa vie comme romancier, sa rencontre avec la vérité n'étant que fortuite. Pour rester dans la légèreté, puisqu'il n'y a rien de sérieux -sauf l'extrême droite- chez ce pirate, Boualem fait aussi penser à ce personnage joué par Belmondo : "Le Magnifique", cette machine à écrire qui ment et la tête qui délire.

Après nous avoir éclairé révélant que l'Algérie était le Maroc, Sansal, interview après entretien, face à une presse taillée dans un tapis de prière, nous a raconté la vue rêvée de Boualem. Sans jamais prononcer une syllabe sur sa longue collaboration de haut fonctionnaire avec le "régime" algérien. Pour faire vite, résumons. Sort de la bouche de Boualem le fait que son père était "un Marocain d'origine juive qui finira sa carrière comme harki chez les Français. Et sa mère une tenancière de maison close". Voilà ce que les journalistes qui écrivent avec un plumeau, et Gallimard, ont longtemps gobé.

Lassé des insultes par rebonds, celles qui touchaient leur famille et son passé, la tribu des Sansal s'est un peu énervée et décidé de répliquer lors de la réunion de cousinade du dernier Aïd.

Dans un long article de "La Voie d'Algérie", bien sûr non repris en France, la fratrie Sansal crie "halte au feu" : "Le père de Boualem n'était ni marocain ni de confession juive et n'a jamais été harki : il est mort dans un accident de voiture le 9 mai 1950, quatre ans avant la Guerre de libération. Sa mère n'a jamais été une tenancière de bordel. Après la mort de son mari, elle a trouvé un emploi de femme de ménage à Tiaret avant de rejoindre l'hôpital Mustapha d'Alger où elle deviendra infirmière salle Bichat. Elle s'est remariée avec Ferhat, un cheminot qui l'a beaucoup aidée pour élever ses quatre enfants, dont Boualem. Notre famille, originaire de Teniet El Had a fondé la zaouïa (2) de Sidi Boutouchent. Notre nom de famille, Sansal, a été forgé par l'administration française. L'aïeul de la communauté cultivant un terrain à Salsal, le fonctionnaire ne s'est pas fatigué et trouvé simple d'écrire"Sansal"sur le registre d'état civil."

"Nous nous honorons de compter chez nous des héros combattants de la Guerre d'indépendance. Aâmi, oncle de Boualem, a déserté de l'armée française à Montpellier pour se rendre en Allemagne. A participé à un attentat avant de rejoindre le maquis. Zohra, autre cousine, a combattu sous le nom de guerre de"Salima". Ahmed Sansal fût aussi un moudjahid et son frère Saïd, lui, est mort sous la torture de l'armée tricolore. Voilà à quel passé Boualem s'attaque quand il ment, nous insulte et insulte nos morts."

Certes, il ne faut pas confondre Gallimard avec la DGSE ou la préfecture de police mais, en tant d'années de compagnonnage, d'amitié avec la Maison, que personne ne se soit interrogé sur la vraie histoire de Boualem est un oubli fâcheux. Personnage que rien ne rebute puisque lors d'un entretien récent, à la question "que souhaitez-vous que décide en premier le futur président en 2027", Boualem prononce tranquillement ces mots : "une loi interdisant aux élus de mentir". Peut-être va-t-il imposer son crédo à Retailleau jadis coincé dans le truquage de l'émission de télévision "Intervilles".

Avec Kamel Daoud, autre Algérien grandissant sous la serre Gallimard, nous restons dans le mensonge, mais quittons le bouffon, le rigolo. Daoud c'est Camus qui revient sur terre, la résurrection du mythe est décisive : Daoud peut sauver la France et même le monde de la noyade islamiste qui l'attend, le "grand remplacement" etcétéra. L'islamisme est son fonds de commerce. Un monde qu'il connait très bien pour avoir été lui-même militant barbu. Et il n'y a rien de plus radical qu'un converti. Il doit sa gloire à une imposture, la publicité qu'il a donnée aux "Viols de Cologne" (3). Une "fake news" montée par l'extrême droite allemande qui voulait faire croire à cette horreur. Celle d'immigrés, forcément bruns, abusant en masse de femmes blondes et blanches. C'était faux mais pour Daoud la gloire était faite : "voilà, par essence, les commentaires d'un homme du bâtiment puisque lui-même est arabe". Dans son texte ignoble, Daoud laisse entendre, sans oser le dire clairement, que le musulman aime assez à martyriser les femmes. Oubliant que lui-même a été condamné à Oran pour avoir frappé la mère de ses enfants à coups de bâton "ferré".

Là aussi toutes ces informations, sur la vraie nature du Daoud, n'ont franchi ni la rue Bottin-Gallimard, ni les cerveaux du Prix Goncourt, ni ceux des journalistes reluisants. Daoud est vraiment un type au poil, le courageux cousin que l'on souhaite avoir, un homme sans défaut, à l'inverse de ce qu'écrivait Musil. Bon. Pourtant y a des bémols. Toujours des bémols ou des dièses. Il est poursuivi à Paris par Saâda Arbane, une Algérienne qui a eu la gorge tranchée par les djihadistes, mais a survécu. Soignée par la seconde épouse de Daoud, une psychiatre, Saâda accuse Daoud d'avoir pillé son dossier médical pour écrire "Houris", dont l'aveuglement et l'inhumanité du lobby politico littéraire français a fait un Prix Goncourt. Certes, tout comme son frère Sansal, Daoud est un saint. Mais avant de l'être faut-il avoir été "bienheureux", et Daoud s'il l'est, lui, a rendu une femme très malheureuse : Saâda Arbane.

Quittant le mensonger Daoud, auteur en opuscule d'un éloge de la trahison, revenons au souk et rififi chez Gallimard. Daoud a osé ce qui ne se fait pas : fusiller un écrivain de "sa" maison d'édition. Il s'agit d'Annie Ernaux, prix Nobel et auteure de la rue Bottin. Dans un article du journal d'extrême droite "Le Point" (dont il est la Grande Ourse), Daoud flingue la nobélisée avec bassesse, pratique où il excelle. Annie Ernaux ayant eu l'audace de participer au meeting de Mélenchon à Saint-Denis, Daoud voit vert : Avec la Nobel, l'islamo-gauchisme est sur scène.

Daoud présuppose qu'Ernaux en meeting veut devenir le Malraux de Mélenchon ? L'Oranais qui ne sait rien de Malraux lui qui n'a que Macron comme ami et modèle politico-littéraire. Il y vapourtant de son couplet antiféministe et désobligeant. Quand on a frappé une femme avec une trique on peut se le permettre. Le keffieh que porte Ernaux lors de ce meeting ne plait pas à Kamel qui a déjà écrit de nombreuses saloperies sur les Palestiniens. Pour lui, ce foulard est "le col Mao" des bobos de Mai 68. Mais n'évoque jamais les dizaines de milliers de morts de Gaza et de Cisjordanie. Si nombreux qu'on ne puisse plus les compter : les chairs sont en poudre. Donc Ernaux est "accoutrée", "déguisée" et ferait mieux de s'occuper du Soudan que de Gaza. Ignorant que c'est l'Europe qui a créé un monde de haine au Moyen-Orient, et doit en être tenue responsable. Avec Gaza, Annie Ernaux "rejoue la dignité sur un cadavre d'une seule tragédie". Plus loin le cogneur de femme ose parler de "ce vieux monde qu'il connait et qui n'aime pas les femmes" ! Depuis Oran Nedja, son ex-épouse, doit apprécier cette parole d'expert.

Donc Annie Ernaux est stupide, idiote utile, une attardée du vieux monde. Car si Mélenchon gagne "le pays basculera dans un chaos où les Annie Ernaux devront se battre pour conserver le peu de liberté qu'on laissera au nom de la 'nouvelle France'". Dicté par ses amis d'extrême droite, et l'idéologie du canard qui l'emploie, Daoud et son fusil à mots colle déjà Ernaux au Mur des Fédérés. Le tout dans un papier incohérent, mal écrit à l'encre de ses phantasmes. Ce qui montre qu'avoir été islamiste et frapper sa femme ne suffit pas pour donner de l'allégresse à une plume bien incapable de voler. Même en convoquant Orwell, lui aussi traitre, il est incapable de s'élever.

Je ne suis pas Antoine Gallimard, et le regrette chaque jour, mais à sa place, puisque c'est un honnête homme, j'aurais mal pris un torchon aussi incendiaire qui, à la fois donne de la maison d'édition une image follement réactionnaire et constitue une insulte pour une grande autrice et Prix Nobel de la "collection blanche". En fait Ernaux aussi a reçu son coup de trique. Et, comme Seberg le dit dans "À bout de souffle" : c'est dégueulasse.

Jacques-Marie BOURGET

Notes
(1)  lavoiedalgerie.dz
(2) Les Zaouïa en Algérie sont des édifices religieux situés honorant la mémoire de saints musulmans et destinés à l'enseignement coranique et religieux. Elles sont affiliées à des confréries soufies.
(3) Cologne, contre-enquête. Éditions Fanon 2016. Réédition Anep 2024. Par Ahmed Bensaada ; préface de Jacques-Marie Bourget.

 legrandsoir.info