23/06/2026 mondialisation.ca  37min #317992

La paix et la sécurité au Moyen-Orient relèvent-elles principalement du droit international ?

Par  Abd Errahmane Guellab

Résumé

Explorer un conflit qui, à l'heure actuelle, n'a toujours pas trouvé de solution, n'est pas chose aisée. Sans vouloir pointer du doigt les aspirations religieuses de certains gouvernants, ou les dépassements abusifs d'acteurs politiques influents sur la scène internationale, ou même invoquer les faiblesses voire les inaptitudes de certains responsables des agences ou officines onusiennes à bien gérer les risques des conflits armés de plus en plus complexes, nous avons fait le choix de mettre en lumière une double approche d'analyse : constructiviste et selon le droit, à propos de certains conflits au niveau d'une région géopolitique hautement sensible dans les relations internationales de ce début du XXIe siècle, en ciblant les événements de la guerre à Gaza.

La reconnaissance d'un État palestinien souverain reste le nœud du conflit et constitue un réel défi pour l'institution de l'ONU.

Mots clés : Diplomatie, droit de veto, réforme du conseil de sécurité, cour internationale de justice, hégémonie américaine, politique du chaos, monde multipolaire, guerre à Gaza, médiation.

Introduction

La région du Moyen-Orient a toujours été par le passé le théâtre des confrontations entre les grands empires, et depuis la chute du mur de Berlin en 1989, l'hégémonie américaine opte pour le modèle d'un conflit majeur "par procuration", recourant à ses alliés pour déstabiliser la région.

Explorer les conflits n'est pas une chose aisée. Sans vouloir pointer du doigt les aspirations religieuses de certains gouvernants, ou les dépassements abusifs d'acteurs politiques influents sur la scène internationale, ou même invoquer les faiblesses voire les inaptitudes de certains responsables des agences ou officines onusiennes à bien gérer les risques des conflits armés de plus en plus complexes, nous avons fait le choix de mettre en lumière une double approche d'analyse : constructiviste et selon le droit, à propos de certains conflits au niveau d'une région géopolitique hautement sensible dans les relations internationales de ce début du XXIe siècle, en ciblant les événements de la guerre à Gaza. La reconnaissance d'un État Palestinien souverain reste le nœud du conflit et constitue un réel défi pour l'institution de l'Organisation des Nations Unies (ONU).

En 1990, le représentant de la Grande-Bretagne à la Commission des Nations Unies aux droits de l'homme s'est exprimé en ces termes : "Le respect des droits de l'homme est également utile sur le plan pratique. Sans lui, il ne peut exister de paix durable, ni au Moyen-Orient ni nulle part ailleurs. Ceci s'applique aux Territoires occupés plus qu'à n'importe quelle autre région au monde. [...] Avant qu'une paix durable ne puisse se réaliser, il est indispensable d'instaurer un climat de plus grande confiance mutuelle entre les Israéliens et les Palestiniens dans les Territoires occupés que ce qui - malheureusement - règne à présent. Là aussi, la solution réside dans le respect des droits de l'homme et la complète conformité d'Israël à ses obligations internationales en la matière. L'obstacle réel à l'instauration d'un tel climat est qu'Israël persiste dans son refus de reconnaître que les dispositions des accords internationaux relatifs à la question s'appliquent aux territoires qu'elle occupe" (Welchman, 2003).

Le débat sur la reconnaissance et sa relation avec la justice s'inscrit dans la relance des relations en mettant en valeur le travail de réparation, de repentir ou de réconciliation ; ainsi la reconnaissance reflète-t-elle bien la valeur de la responsabilité d'autrui (Payet et Battegay, 2008).

On peut se poser la question de savoir pourquoi Monsieur Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU, n'a pas nommé à ce jour un Médiateur officiel de l'ONU pour suivre le dossier de la guerre à Gaza et qu'il laisse le libre arbitre aux États-Unis d'Amérique de mener à leur manière la médiation internationale. Son inaction concernant la protection des civils en période de conflit armé est d'autant plus incompréhensible que la résolution S/RES/1674 du Conseil de Sécurité adoptée le 26 avril 2006 invite et encourage le Secrétaire général des Nations Unies à mettre en œuvre les mandats de missions de maintien de la paix, et souligne, dans le cadre de l'assistance humanitaire, l'importance du respect des principes d'humanité, de neutralité, d'impartialité et d'indépendance.

En outre, les actes génocidaires des dirigeants politiques et militaires israéliens sont imputables à l'État d'Israël, selon le rapport des enquêteurs mandatés par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU (ONU, 2025). Cette incapacité à faire respecter le droit international a érodé la confiance des peuples de la région dans le système multilatéral, perçu comme impuissant ou complice face à la politique israélienne d'occupation et de colonisation (Ghariani, 2025).

Nous exposons, dans la première partie de cette étude, la complexité de l'application du véto au Conseil de Sécurité et la possibilité de trouver une issue à cette problématique, ainsi que la nouvelle tendance vers le jugement des gouvernants par la Cour Pénale Internationale (CPI), qui tend à devenir la norme à l'avenir. La deuxième partie est consacrée au projet d'installation durable des forces militaires américaines au Moyen-Orient et à l'émergence d'une nouvelle organisation BRICS plus dans le champ de la gouvernance des relations internationales. Cette dernière pourrait résister à la domination américaine à visée impérialiste.

L'ONU face au défi de la justice internationale 

Situation d'une carence au Conseil de Sécurité lors du veto

Dans les pratiques de l'ONU coexistent deux types de diplomaties. La première, offensive, est "la diplomatie des sanctions", qui n'a pas encore prouvé son efficacité. Par exemple, les sanctions contre le régime iranien qui n'ont pas réussi à enrayer la menace nucléaire. La seconde, passive, est celle "des condamnations sans actions", c'est-à-dire des résolutions du Conseil de Sécurité sans contraintes d'application ; l'exemple des résolutions onusiennes contre l'État d'Israël dans le conflit israélo-arabe (Palestine, Liban, Syrie, et l'Iran). Ces deux types de politiques au regard des relations internationales se pratiquent alors en un deux poids deux mesures flagrant, dans lequel les intérêts et les alliances entre états priment (Victor, 2016). Et selon Bertrand Badie, professeur, spécialiste de la sociologie des relations internationales, il existe une nouvelle posture de diplomatie, celle de "l'indifférence" qu'il a décrite comme une diplomatie éthiquement suspecte, politiquement désastreuse et infiniment meurtrière (Boniface, 2024).

Dans la pratique, le Conseil de Sécurité et, à défaut, l'Assemblée générale en vertu de la résolution Acheson 377 "Uniting for Peace" du 3 novembre 1950 où l'Assemblée générale se substitue au Conseil de Sécurité (Flory, 1993), celle-ci peut agir par des opérations de maintien de la paix. Concernant le conflit des territoires occupés par Israël en Palestine, en Syrie et au Liban, les résolutions adoptées par le Conseil de Sécurité demeurent lettres mortes. Et ce depuis la célèbre résolution 242 du 22 novembre 1967.

Je ne m'attarderai qu'à la dernière résolution 2735/2024 proposée par les États-Unis et en vertu de laquelle les parties en conflit, Israël et le Hamas, sont invitées à suivre un plan de paix en trois étapes qui garantit la cessation des hostilités, le retour des otages et enfin la reconstruction de Gaza, tout en gardant vivace la vision de la solution à deux États. Cette résolution (CS/15723) est adoptée le 10 juin 2024 par le Conseil de Sécurité avec quatorze voix en sa faveur et une abstention de la Fédération de Russie.

Afin d'assurer la mise en œuvre de cette dernière résolution (CS/15723), l'Assemblée générale n'ignorant pas que les États-Unis sont partie prenante du conflit devrait en principe prendre une initiative et commencer par une session extraordinaire avec l'application de la première partie de la résolution 377 d'Acheson à savoir : - établir une commission d'observation pour la paix composée par quatorze membres et, - inviter les États membres à déterminer la nature et l'importance de l'assistance qu'ils seraient en mesure de fournir pour l'intervention. La deuxième étape s'attache aux recommandations à donner au Conseil de Sécurité conformément aux articles 43, 45, 46, 47, et 48 de la Charte des Nations Unies (Leprette, 1988). Ainsi en cas de refus de suivre les injonctions et les recommandations de l'Assemblée générale par l'exercice du droit de veto, nous nous trouvons devant un cas de carence du Conseil de Sécurité qui nécessitera l'application des termes de la résolution Acheson 377.

"La Charte confère au conseil de Sécurité de grands pouvoirs, et c'est à l'Assemblée générale de veiller à ce que le Conseil puisse les exercer effectivement", M.Gorbatchev, à l'ONU en 1987 (Brzezinski, 1997).

C'est avant tout à la garantie de la paix et de la sécurité par l'application du droit international qu'aspirent les citoyens des États membres de l'ONU de la part de la communauté internationale. C'est pourquoi, il me semble que la question de la réforme des instances de l'ONU est primordiale, notamment celle du Conseil de Sécurité ; une réflexion sur la forme (l'élargissement de la représentativité, et le changement du siège), et sur le fond (le mode de fonctionnement) s'avère nécessaire. Le texte de la charte des Nations Unies n'est plus adapté et devrait être révisé dans cette optique pour ne plus permettre le piétinement du droit international.

Monsieur Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations Unies, débute son mandat en 1997 sous le signe de la réforme, et il crée en 2003 un groupe de personnalités de haut niveau chargé de présenter des propositions pratiques pour adapter l'ONU aux défis auxquels elle doit faire face dans le domaine de la paix et la sécurité. Une des propositions du plan de réforme intitulé "Un monde plus sûr : Notre affaire à tous", est celle de la recherche d'un consensus sur la notion de la sécurité collective (Novosseloff, 2004). Cette notion de sécurité collective qui n'arrive toujours pas à être assimilée nous interpelle de nos jours et nous incite à poser les principes de l'usage raisonné de l'acte de vote par veto.

Le 20 novembre 2024, les États-Unis d'Amérique ont empêché le Conseil de Sécurité de l'ONU d'appeler à un cessez-le-feu "immédiat, inconditionnel et permanent" à Gaza. Cela a poussé l'ambassadeur palestinien adjoint Majed Bamye à déclarer : "Nous sommes humains et nous devrions être traités comme tels" (RTBF, 2024).

Cet état de fait complique la résolution des conflits, et le système de veto contre un cessez -le-feu est une preuve supplémentaire d'injustice puisqu'il ne permet pas le passage vers une phase de négociation. Je pense qu'il est indispensable de réformer ce mode de fonctionnement du Conseil de Sécurité en bannissant le système de vote par veto, car la communauté internationale a pour objectif principal de protéger les populations civiles contre la violence lorsque l'État faillit à cette obligation.

La déclaration de New-York sur le règlement pacifique de la question de la Palestine et la mise en œuvre de la solution des deux États adoptée le 12 septembre 2025 (A/80/L.1/rev.1) par cent quarante-deux voix, douze abstentions et dix voix contre (Argentine, USA, Hongrie, Israël, Micronésie, Nauru, Palaos, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Paraguay, Tonga) reste le seul objectif réaliste malgré la tentative du Plan de paix pour Gaza du Président Trump, annoncé le 29 septembre 2025 et qui ne représente qu' une étape préliminaire. La résolution 2803 du Conseil de sécurité, adoptée le 17 novembre 2025 par 13 voix favorables, en dépit des abstentions de la Russie et de la Chine complique la situation du règlement du conflit.

Est-ce à dire que la résolution 2803 où le Conseil de Sécurité "fait sien" le plan de paix du Président Trump, qui y est annexé, efface et remplace le droit international applicable ? se demande la Professeure en droit international de l'Université de Paris Sud. En réalité, le Conseil de Sécurité n'a pas pour fonction de dire le droit international. Selon la Charte des Nations Unies, il est responsable du maintien de la paix et de la sécurité internationale (article 24) et exerce ses pouvoirs selon les chapitres VI et VII [...] La Professeure déclare que dans un monde idéal, l'Assemblée générale pourrait par exemple saisir la Cour Internationale de Justice (CIJ) afin qu'elle examine la conformité de la résolution 2803 à son propre avis de 2024 (Maison, 2025).

Le texte présenté par la Norvège reprend l'essentiel de l'avis consultatif de la CIJ rendu pour l'Assemblée générale des Nations unies. Cette dernière a adopté le 12 décembre 2025 le projet de résolution (A/80/L.26) par cent trente-neuf pays pour douze contre et dix-neuf abstentions. Elle exige d'Israël l'accès humanitaire complet à la bande de Gaza, en respectant l'inviolabilité des locaux de l'ONU et se conformant à ses obligations en vertu du droit international. Mais l'État d'Israël continue à ignorer les principes du droit international.

Vers une nouvelle "Norme de Transition" du jugement de la responsabilité des États vers celle des gouvernants

La requête de l'Afrique du Sud présentée à la CIJ par son avocat John Dugard le 29 décembre 2023 mentionne un processus génocidaire "en cours" à Gaza de 25000 morts. L'UNICEF annonce le 4 février 2025 le chiffre de 47161 morts, dont plus 14500 enfants, sans citer les 11200 disparus, probablement sous les décombres ou emprisonnés par l'armée israélienne. On retrouve dans cette requête deux notions clairement développées, la colonisation et l'apartheid dont le peuple palestinien est victime.

Ce contexte de massacres et de souffrance de la population palestinienne met en exergue sa lutte pour la liberté, l'indépendance et l'autodétermination qui perdure depuis soixante-quinze années. Mais il pointe surtout la responsabilité de l'État d'Israël pour ne pas avoir prévu le génocide et pour avoir commis les actes génocidaires, comme l'a expliqué François Dubuisson, Professeur en Droit International de l'Université Libre de Bruxelles (Fayoumi, Morelle et Allo, 2024).

Ce que craint Israël, c'est la transition de la plainte contre des actes génocidaires de la CIJ vers le jugement des gouvernants israéliens par la CPI. On se rappelle la poursuite de l'ancien président tchadien Hissène Habré au Sénégal par un Tribunal hybride créé par l'Union Africaine (Weill et Salles, 2024).

La CIJ estime le 26 janvier 2024 que l'État d'Israël doit prendre toutes les mesures en son pouvoir pour prévenir la commission de tout acte à l'encontre des Palestiniens de Gaza entrant dans le champ d'application de l'article II de la convention, en particulier les actes suivants : meurtre de membres du groupe, atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe, soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle, et de mesures visant à entraver les naissances dans le groupe (Cour Internationale de Justice, 2024). La Cour considère qu'Israël doit veiller, avec effet immédiat, à ce que son armée ne commette aucun des actes visés ci-dessus, alors que neuf mois après les mesures urgentes conservatoires ordonnées par la CIJ, ce qui se déroule est tout à fait contraire à celles-ci avec une escalade de violences qui ont poussé le procureur Khan de la CPI à déclarer : "Personne n'a le droit de commettre des crimes de guerre ou des crimes contre l'humanité" (RTBF, 2024).

Israël mène une guerre dévastatrice contre la bande de Gaza depuis le 7 octobre 2023, faisant des dizaines de milliers de victimes civiles, pour la plupart des femmes et des enfants. Le 28 avril 2024, le sénateur américain Bernie Sanders souligne dans une interview à la chaîne de Télévision CNN : "Il ne fait aucun doute que Netanyahu se livre à un nettoyage ethnique dans la bande de Gaza, en déplaçant 80% de sa population".

La CIJ annonce : "L'État d'Israël doit rendre sans délai des mesures effectives pour permettre la fourniture des services de base et de l'aide humanitaire requis de toute urgence afin de remédier aux difficiles conditions d'existence auxquelles sont soumis les Palestiniens de la bande de Gaza" (CIJ, ord., 26 janv.2024, §86), (Maurel, 2024). Le Premier ministre (PM), Benjamin Netanyahu complique la situation davantage puisqu'il refuse tout appel d'un cessez-le-feu, y compris le dernier proposé par les États-Unis et ayant abouti à la résolution CS/15723 du 10 juin 2024. Et le ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich répond le 5 août 2024 aux juges de la CIJ quant à l'application des mesures conservatoires d'urgence : "Il serait juste et moral de laisser deux millions de Gazaouis mourir de faim jusqu'au retour des otages". Ceci nous rappelle les paroles indignes de l'ancienne secrétaire d'État des États-Unis Madeleine Albright au sujet du décès d'un demi-million d'enfants en raison de l'embargo sur les médicaments contre l'Irak, lors d'une interview à l'émission de CBS Sixty Minutes le 12 mai 1996 : "I think this is a very hard choice, but the price - we think the price is worth it"(Albright,2006).

Devant les tentatives d'obstruction, d'intimidation et d'influence sur les fonctionnaires de la CPI, Karim A.A. Khan, élu procureur de la CPI en 2021, fait remarquer qu'il n'hésitera pas à déposer d'autres requêtes aux fins de délivrance de mandats d'arrêt s'il considère avoir de réelles chances d'obtenir une condamnation. Le 21 novembre 2024, la CPI a émis des mandats d'arrêt contre deux hauts responsables israéliens, le PM, B. Netanyahu et l'ancien ministre de la Défense Yoav Gallant (CIJ, 2024).

Alors que la quasi-totalité des deux millions quatre-cent mille habitants de la bande de Gaza, assiégée par Israël, a été déplacée par la guerre, le président Donald Trump annonce le 25 janvier 2025 l'idée de déplacer les Gazaouis vers l'Égypte et la Jordanie afin de faire le ménage dans le territoire sous le contrôle américain. Cette proposition a provoqué de nombreuses condamnations, plus particulièrement celle de l'Organisation Non Gouvernementale (ONG) Amnesty International, qui déclare le 5 février 2025 : "Face aux dangereuses menaces proférées par le président D. Trump, il est plus important que jamais que le reste de la communauté internationale rejette catégoriquement ces propositions et accélère les efforts diplomatiques, conformément au droit international, visant à mettre fin à l'occupation israélienne illégale, à démanteler l'apartheid et faire respecter les droits humains pour les Palestinien. nes et les Israélien. nes. L'histoire a abondamment démontré que mettre le droit international de côté pour des raisons d'opportunisme politique est un moyen sûr de perpétuer des violations" (Amnesty International, 2025).

Une déclaration du Président D. Trump sur les sanctions prises contre la CPI le 6 février 2024 nuit considérablement aux relations des États membres de l'ONU et à la coopération multilatérale dans le cadre de la recherche d'une solution pacifique et durable pour ce conflit. On constate un inversement dans les menaces de sanctions, qui, au lieu de cibler les responsables de la politique colonialiste à Gaza et en Cisjordanie, visent des fonctionnaires relevant de juridictions pénales internationales. "Nous n'accepterons jamais aucune pression de qui que ce soit", a précisé la présidente de la CPI, la Juge Tomoko Akane, dans son discours d'ouverture de la 24ème session annuelle de l'Assemblée des États parties, le 1er décembre 2025 à la Haye.

La mise en œuvre des sanctions contre le gouvernement israélien proposées par la présidente de la Commission, Madame Ursula Von der Leyen, en octobre 2025, à savoir la suspension partielle de l'accord d'association entre l'UE et Israël, le gel de l'aide bilatérale à l'exception du soutien à la société civile et au centre de commémoration de l'Holocauste Yad Vas hem, ainsi que des sanctions individuelles à l'encontre de deux ministres israéliens d'extrême droite et de colons violents en Cisjordanie, pourrait amener le PM, B. Netanyahu à mieux respecter les tentatives de médiation du Qatar pour la réussite du Plan de paix du Président D. Trump en vingt points, même si ce Plan accorde à Israël un rôle important dans sa gestion de la sécurité, n'admet pas la solution globale du conflit par la reconnaissance de l'État de Palestine, et octroie la gouvernance de Gaza au Conseil de paix et non pas à une autorité palestinienne. Nous prenons comme référence historique l'intérêt de la pression des sanctions contre l'apartheid en Afrique du Sud. "Les boycotts ont aussi mis en évidence un soutien moral et politique considérable en faveur du mouvement démocratique anti-apartheid. Fondamentalement, l'isolement semble avoir créé au sein des communautés blanches d'Afrique du Sud un climat propice à l'acceptation de la stratégie de transition du Président De Klerk. Ce soutien est devenu essentiel en 1992 lorsque, en réponse à des critiques virulentes de la part des conservateurs, il a pris le risque d'organiser un référendum pour évaluer le soutien des électeurs blancs. Sa victoire écrasante a confirmé que la majorité des Blancs était pour un règlement négocié" (Union Africaine, 2013).

Il nous semble que l'approche constructiviste est la plus adéquate pour pouvoir comprendre non pas l'impuissance des organes des Nations Unies, mais la passivité par complicité pour une reconfiguration géopolitique de la région du Moyen-Orient selon le désir des puissances occidentales sous l'hégémonie américaine.

Le Professeur émérite Jules Dufour de l'Université du Québec à Chicoutimi présente en 2014 une analyse dans ce sens : "Il convient de penser qu'Israël agit en conformité avec les intentions de l'agenda d'intervention des grandes puissances au Moyen-Orient. L'affaiblissement des forces de la Syrie, du Hezbollah et du Hamas est à l'ordre du jour, fragilisant par le fait-même la zone d'influence de l'Iran et de ceux qui les supportent" (Dufour, 2014).

Aussi, il est utile de noter la difficulté de la CPI à procéder à l'arrestation de police, ce qui s'ajoute au traitement des poursuites des crimes de guerre dans le droit international. Ron Levi et Heather Schoenfeld citent : "Par une combinaison de manœuvres politiques et de prises de décisions judiciaires, un outil d'arrestation de substitution a été forgé au TPIY, un outil qui maintient la dépendance du Tribunal vis-à-vis des organisations internationales ou d'État, mais lui confère cependant une plus grande sécurité d'instruction pénale et d'exécution forcée" (Levi et Schenfeld, 2008).

Le rapport Goldstone 2009, qui n'a pas abouti à des sanctions, pourra acquérir cette fois-ci plus de poids grâce à la plainte de l'Afrique du Sud en 2023, à laquelle se sont joints certains pays, dont le Brésil, l'Irlande, la Bolivie, la Colombie, la Libye, l'Espagne, le Mexique et la Belgique, ainsi que le rapport Pillay 2025, au niveau de la CPI. Il s'agit de convaincre l'opinion des États membres des Nations Unies de la nécessité de traduire les criminels de guerre et les États défaillants devant la CPI et la CIJ.

Hégémonie américaine et l'émergence d'un monde multipolaire 

L'installation durable des forces militaires américaines au Moyen-Orient

Alors que le projet des républicains arrivés au pouvoir en 2000 est de développer les défenses antimissiles et de maîtriser l'espace face à l'émergence de la puissance chinoise, en se dégageant de nouvelles interventions au Moyen-Orient, il s'opère un bouleversement des programmes militaires depuis l'attentat du 11 septembre 2001. Ce dernier constitue un tournant dans les relations internationales des États-Unis d'Amérique puisqu'il militarise la politique étrangère américaine.

Cet événement terroriste sur le sol américain cause la mort de près de trois mille personnes en quelques minutes : deux avions de ligne détournés par des pirates de l'air détruisent les tours jumelles du World Trade Center situées dans le quartier de Manhattan à New York, un troisième avion s'écrase sur le Pentagone près de Washington et un quatrième à Shanksville, à une centaine de kilomètres de Pittsburgh en Pennsylvanie.

Afin de ne pas aller à contre-courant des intérêts américains et d'être assimilable par les partenaires extérieurs, le programme de la stratégie sécuritaire nationale des États-Unis d'Amérique (NSS) développé en 2002, et qui prend comme objectif la lutte contre le terrorisme, doit être modifié en 2004 en vue de promouvoir la liberté et la démocratie, ce qui nécessite une recomposition de l'armée en fonction des nouvelles orientations du rapport du Congrès de janvier 2005 (De Durand, 2005). Le principal but de ce rapport est de constituer des brigades militaires capables d'intervenir en Outre-mer de manière non pas ponctuelle, mais permanente.

Les notions de l'hégémonie et de la domination trouvent toute leur place dans ce dernier rapport avec la référence de la formule de Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller à la sécurité nationale des États-Unis : "L'hégémonie est aussi vieille que l'humanité".

Le concept VUCA "Volatility, Uncertainty, Complexity, Ambiguity" inspiré de la théorie des conflits, qui soutient l'idée que le conflit est aussi le principal vecteur du changement et de l'innovation, est inventé par l'armée américaine à la fin de la guerre froide, et enseigné au Collège de Carlisle en Pennsylvanie par des professeurs de stratégie militaire, qui décrivent la situation mondiale de l'après-chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 et la dislocation de l'Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS) le 26 décembre 1991, comme une époque historique. Celle-ci connaîtra la gouvernance unipolaire du monde sous l'hégémonie américaine, où toute espèce de projet d'actions politiques devient volatile. Par conséquent, chaque option stratégique est appelée à changer rapidement en favorisant l'incertitude, qui induira la complexité des interactions des acteurs et finira par l'ambiguïté de la situation, et cette option sera ainsi la règle et non plus l'exception. Cette situation de chaos constructif est une nouvelle norme à appliquer pour ouvrir plus d'opportunités au changement et à l'innovation.

Dans la nouvelle architecture du dispositif militaire américain au niveau de la région du Grand Moyen-Orient, on constate que le déploiement des forces est de type Base Intermédiaire selon le programme Forward Operating Sites (FOS) avec des rotations programmées. Ce qui traduit une volonté d'implantation de bases militaires et non pas juste "une empreinte au sol", comme le décrit Étienne de Durand de l'Institut Français des Relations Internationales (IFRI).

Les implications de cette politique de défense américaine sont directement ou indirectement liées à l'émergence ou la réémergence de guerres ou conflits (révolutions du printemps arabe). Citons la guerre en Irak (1990, 2003), la guerre en Palestine-Gaza (2003, 2004, 2008, 2014 et 2023), la guerre au Liban (2006, 2024), la contestation populaire touchant la Tunisie, l'Égypte, la Libye, le Maroc, l'Algérie, l'Arabie Saoudite, le Koweït, Oman, Bahreïn, (2011), et la guerre en Syrie (2011), la guerre au Soudan (2011, 2013, 2023), la guerre en Libye (2014) ainsi qu'au Yémen (2012, 2014, 2018, 2023) et la guerre en Iran (2011, 2014, 2023).

Les acteurs politiques américains ne veulent plus que les USA deviennent une puissance globale isolationniste, mais préfèrent au concept d'isolationnisme celui du protectionnisme. Ils veulent revenir au projet du "Nouveau Moyen-Orient" annoncé par l'ancienne secrétaire d'État américaine Condoleeza Rice en 2006 à Tel-Aviv en compagnie de l'ancien Premier ministre israélien Ehud Olmert, et actuellement repris par B.Netanyahu, le nouveau PM d'Israël en 2024. Condoleeza Rice cite le projet du Nouveau Moyen-Orient en expliquant que la politique du chaos est intéressante, car elle libère les engagements tout en laissant s'exprimer les ruses. Ainsi pour appliquer les recommandations du rapport du Congrès de 2005 au Moyen-Orient, la politique américaine du chaos constructif est réaffirmée en 2018 par le discours du secrétaire d'État Rex Tillerson devant le Hoover Institute à Stanford : "Notre position est de suivre la politique de la précédente administration menée par la conseillère à la sécurité nationale Condoleeza Rice, qui avait pour objectif de créer une force de 30000 militaires au Moyen-Orient" (U.S.Department of state, 2018)..

Ce qui confirme la volonté de l'installation à demeure des forces militaires américaines au Moyen-Orient. L'État d'Israël est choisi par les États-Unis d'Amérique comme un acteur qui agit par procuration pour maintenir les conflits au nom de l'engagement américain pour la promotion de la liberté et de la démocratie prônée depuis 2004 afin de promouvoir des changements qui garantissent le marché de l'armement, la sécurité des passages maritimes, l'exploitation des ressources pétrolières et gazières, etc. Mais surtout pour contrer l'influence de l'Iran, la Russie et la Chine dans la région.

C'est à la tribune des Nations Unies en septembre 2024 que le PM, B. Netanyahu évoque l'objectif supposé de sa mission, qu'il assume en déclarant : "Quel choix feriez-vous ? La démocratie et la paix ou l'Iran et sa dictature brutale qui exporte le terrorisme partout dans le monde ? Quand vous défendez Israël, vous défendez vos valeurs" (RTBF, 2024).

Il est difficile d'admettre que la défense d'Israël et les valeurs universelles des droits de l'homme soient liées à la démocratie et la paix, après la déclaration de Madame la Juge Navi Pillay, présidente de la Commission d'enquête internationale indépendante des Nations Unies sur le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est et Israël, lors d'une conférence de presse au siège de l'ONU en octobre 2025 : "Il est clair qu'il existe une intention de détruire les Palestiniens de Gaza par des actes qui répondent aux critères énoncés dans la Convention sur le génocide" (ONU, 2025). Dans le champ de la sociologie politique, un questionnement s'impose au regard des actes barbares dirigés de manière continue à l'encontre des populations civiles palestiniennes. Sommes-nous devant un transfert de la perception mentale de honte et de culpabilité des Allemands après la deuxième guerre mondiale vers un syndrome de fierté de la culpabilité "Schuld Stolz" qui a également influencé les Israéliens dans leur offensive guerrière contre Gaza et sa population civile, et leur expansion coloniale en Cisjordanie ? Pour comprendre ce transfert pathologique, nous citons la réflexion de Jean Paulus, Docteur en philosophie, Professeur ordinaire à l'Université de Liège : "[...] C'est le rôle de l'ego, soumis au principe de réalité, d'imposer délai à la gratification et d'attendre que les circonstances extérieures la rendent possible. L'ego peut-il, en outre, par ses seules forces, plier l'instant à des normes morales ? Les avis diffèrent sur ce point. Freud répondrait par la négative. D'autres, philosophes, éthologistes ou psychologues"humanistes", posent dans le psychisme des besoins d'ordre supérieur (higher needs), parmi lesquels un sens inné du bien et du mal [...] La pathologie de la honte n'est pas moins chargée que celle de la culpabilité. On y trouve les mêmes troubles par excès ou par défaut, dus aux mêmes facteurs, soit constitutionnels, soit environnementaux" (Paulus, 1980).

Ainsi la perception de cette dualité Honte-Fierté de la culpabilité peut nous paraître dépendre des modes des politiques publiques "culturelles" et du style de l'éducation des citoyens où chaque personne se comportera selon le modèle appliqué. Soit elle se repent d'un acte criminel (l'exemple en Allemagne après la Shoah : persécution et assassinat systématique des Juifs et d'autres groupes humains comme les Roms, les handicapés et les homosexuels entre 1933-1945), ou s'en glorifie (l'exemple d'Israël avec un système d'Apartheid : massacres de populations civiles palestiniennes, nettoyage ethnique, colonisation, déportation forcée vers le Liban, la Jordanie et la Syrie, et génocide à Gaza, accaparement des terres et expulsions forcées, entre 1947 et 2026). Le manque de précision de certains points du Plan de Paix du Président D. Trump ainsi que l'obligation du désarmement des éléments du groupe Hamas augurent de multiples obstacles pour la mise en œuvre du Plan et du risque réel de la pérennisation de la situation chaotique sur le plan humanitaire de la population palestinienne. L'expansion coloniale israélienne vers la Cisjordanie s'appuie sur une politique de terreur : "[...] La violence coloniale dicte la vie des Palestiniens ; elle détermine quand les gens dorment, où les enfants jouent, quand ils peuvent aller à l'école, si les commerces ouvrent et comment ils voient leur avenir. Elle oblige à une adaptation constante. Elle épuise et exténue. Dans toute la Cisjordanie, la vie quotidienne des Palestiniens est structurée par de violentes attaques disruptives. Israël ne se contente pas de redessiner la carte par une annexion de facto, mais utilise la peur pour modifier constamment les limites de l'espace où les Palestiniens peuvent vivre en relative sécurité [...]" (Barghouti, 2026). L'implication de l'administration américaine au Moyen-Orient en soutenant la colonisation israélienne ne peut qu'alimenter d'autres sources de conflits dans la région.

Émergence d'un nouveau monde multipolaire pour un rééquilibrage des influences géopolitiques

Le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, déclare à Kazan, lors de la conférence de presse du seizième sommet des BRICS en 2024 : "Nous avons réaffirmé que les BRICS ne sont pas un groupe fermé, mais qu'ils sont ouverts à tous ceux qui partagent leurs valeurs. Les membres du groupe sont prêts à travailler à des solutions communes sans imposer de contraintes extérieures ou de tentatives d'imposer des approches étroites à qui que ce soit" (Dinucci, 2024). Les dix pays du BRICS plus représentent plus de quarante-six pour cent de la population mondiale, en fait près de la moitié, compte tenu de leur taux de croissance démographique élevé.

Ainsi une reconfiguration se dessine dans la gestion multipolaire de la gouvernance mondiale.

L'objectif principal des BRICS plus est la création d'une monnaie unique comme alternative au dollar américain. Cette démarche de dédollarisation des échanges commerciaux vise à freiner l'hégémonie américaine sur la scène internationale. L'Occident représenté surtout par les USA choisit l'État d'Israël pour mener une mission d'instabilité sécuritaire dans la région du Moyen-Orient afin d'affaiblir le groupe des BRICS plus à mener à bien ses projets économiques avec le Sud-Global.

Le monde ne se limite pas à l'Occident, qui a dominé la scène internationale au cours des deux derniers siècles. Il existe d'autres pays, d'autres cultures, poussés par le vent de l'histoire. Et surtout, des pays qui marchent avec fermeté et dignité, dans leur défi de proposer une alternative. Dans cet objectif, de nouvelles institutions sont créées, traçant d'autres courants de valeurs qui respectent l'idiosyncrasie de chaque peuple (Aguilar, 2023).

Le 7 octobre 2023 marque une nouvelle étape dans la déstabilisation de la région du Moyen-Orient : en riposte, les bombardements excessifs des Israéliens contre les populations à Gaza, qui se sont élargis par la suite au Liban, au Yémen, et en Iran provoquent une situation de non droit qui s'érige face à la communauté internationale. Les agressions armées israéliennes causent des milliers de morts et des centaines de milliers de blessés avec d'immenses souffrances, entraînant environ trois millions de déplacés. Il faudrait que les gouvernants notifient au secrétaire général des Nations Unies leur appel à l'application de la résolution (CS/15723) adoptée le 10 juin 2024 par le Conseil de Sécurité, et qu'ils réclament des sanctions contre Israël, tels un embargo sur les armes face aux violations flagrantes du droit international, et un paquet de sanctions commerciales et économiques conformément à l'article 36 du chapitre VI de la Charte des Nations Unies. Hélas, rien de cela ne se produit. Cette situation de non droit, couplée à une absence évidente de volonté d'agir de la part des instances internationales, est en relation étroite avec cette période de transition de l'hégémonie américaine à une multipolarité des relations internationales et qui se caractérise par la politique du Chaos constructif menée par les USA au Moyen-Orient depuis au moins l'an 2004. La prolifération d'une multitude de bases militaires américaines dans la région et l'apparition de nouveaux acteurs non étatiques (les milices armées) contribuent à créer une nouvelle dimension aux conflits armés. Cette promotion de la politique du Chaos constructif est l'outil de choix de la politique étrangère des USA pour maintenir sa domination, mais jusqu'à quand ?

Alors que l'escalade du conflit israélo-palestinien se poursuit au Liban, au Yémen, en Syrie et en Iran, la dissuasion des pays du BRICS plus contre l'offensive israélo-américaine me semble la réponse la plus adéquate afin de permettre un engagement diplomatique en faveur d'une solution pacifique à l'avenir.

Est-il possible d'imaginer que la présence de nouvelles bases militaires de la Russie et de la Chine au niveau de certains pays arabes permettrait un rééquilibrage indispensable à une dissuasion efficace pour déjouer les menaces expansionnistes de l'armée américaine, afin de maintenir la paix et la sécurité dans cette région du monde ? ou alors une situation de régionalisation du conflit qui amènera la question du retrait des bases américaines des territoires des pays du Golf.

La mosaïque proche-orientale construite par des spécialistes américains durant les événements de déstabilisation des régimes arabes dès l'année 2011 se solde par l'apparition de vastes réseaux de trafics et de détournements de vente d'armement. De la Libye au Yémen, sous l'influence des renseignements américains, de nouvelles zones de "non droit" apparaissent au niveau des frontières des pays en guerre constituant ainsi des bastions de déstabilisation.

En dépit des sanctions internationales qui la frappent, la république islamique d'Iran soutient militairement les principaux ennemis des Américains dans la région, si bien que l'on retrouve des armes iraniennes sur tous les champs de bataille. Quant aux monarchies du Golfe, principale destination des armes européennes et américaines, elles approvisionnent clandestinement les rebelles libyens et syriens, avec des armes acquises précédemment auprès de l'Occident (Lutz, 2013).

Discussion

Il nous paraît essentiel qu'en matière de relations internationales comme en sociologie politique, il existe de multiples lectures des codes de perception des modèles de l'ordre et du chaos dans le conflit.

La violence guerrière reste sous-théorisée par les recherches interprétatives en relations internationales [...] Les plus pessimistes des chercheurs mettent en garde contre un avenir anarchique marqué par des conflits inter-civilisationnels ou ethniques et la prolifération des armes. D'autres encore, moins préoccupés par les questions de stratégie militaire, se sont concentrés sur les nouvelles menaces ou les nouvelles conceptions qui exigent une refonte fondamentale de la sécurité elle-même (Krause et Williams, 1997).

Dans son interprétation de la politique globale après la guerre froide, S.P. Huntington décrit la nature conflictuelle de la scène internationale, qui s'inscrit dans une perspective réaliste en remplaçant les acteurs étatiques traditionnels par des blocs civilisationnels (Tannous, 2019).

La théorie du "Choc des civilisations" énoncée par le professeur en Sciences politiques, Samuel Phillips Huntington (1993), correspond le mieux pour décrypter les divers facteurs qui suscitent et entretiennent certains conflits armés, alors que le nouveau concept de néoréaction inspiré en 2007 par Curtis Yarvin et Nick Land, appartenant au courant de pensée politique néoréactionnaire, pourrait permettre d'expliquer les nouvelles situations de conflits inter-étatiques contemporains. L'administration américaine sous la présidence de Trump semble pratiquer cette nouvelle vision de la gouvernance mondiale, qui considère que le changement ne peut venir que du haut vers le bas, le "Top-Down", contrairement au modèle des interactionnistes qui se base sur la participation des parties prenantes.

Le Docteur Miranda Arnaud, spécialiste en théorie politique, du centre français de recherches politiques en sciences Po (CEVIPOF), nous révèle les contours de ce concept de néoréaction aussi désigné par l'expression Dark Enlightenment "Lumières sombres". Il s'agit d'une contre-culture démocratique prônant le libertarianisme et visant la limitation ou la disparition de l'État au profit d'un libéralisme dérégulé. Il décrit la nécessité de restructurer la gouvernance sur le mode d'une entreprise souveraine "Sov Corp" dont la direction est confiée à un Président Directeur Général PDG qui agit comme un monarque absolu, car le système monarchique est stable contrairement au système politique démocratique (Miranda, 2025). Ce qui représente pratiquement un autre regard sur le constructivisme par l'utilisation de l'approche interactionniste.

L' économiste belge, Gabriel Maissin de l'Université Catholique de Louvain, n'a pas hésité à nous prévenir des visionnaires du règne de la fin de l'histoire, des idéologies, de la politique, et même de la notion de la famille ou du travail, en présentant le point de vue du philosophe Jacques Rancière sur la réinterprétation de la politique à travers les époques, non pas à partir d'une redéfinition ou d'un retour aux fondements d'une philosophie politique normative, mais en explorant les frontières, les bords de ce mode spécifique de l'agir humain.

Rancière décrit la politique autrement : "La politique n'est pas l'art de diriger les communautés, elle est une forme disensuelle de l'agir humain, une exception aux règles selon lesquelles s'opèrent le rassemblement et le commandement des groupes humains. La démocratie n'est ni une forme de gouvernement, ni un style de vie sociale, elle est le mode de subjectivation par lequel existent des sujets politiques. Cette double contre-affirmation suppose une rupture avec l'idée du politique comme essence de l'être-en- commun. Elle aboutit à séparer la pensée de la politique de la pensée du pouvoir  [...] Ainsi Jacques Rancière contredit ceux qui pensent que la guerre serait une autre forme de la politique" (Maissin, 2021).

En revanche, la théorie de la "Fin de l'histoire" de Francis Fukuyama (1992) ne peut être retenue pour comprendre les métamorphoses en cours au Moyen-Orient.

Tenter de comprendre le conflit israélo-palestinien nous amène dans le champ de la sociologie pragmatique pour constater le choix délibéré de l'option guerrière par l'État d'Israël et le refus de toute résolution du Conseil de sécurité ou de l'Assemblée générale des Nations Unies. Pourquoi la communauté internationale tolère-t-elle la normalisation de la guerre comme choix stratégique de l'État d'Israël depuis 1947 dans la région du Moyen-Orient, et se soumet-elle à l'hégémonie américaine ? Y trouve-t-elle réellement ses intérêts ?

Nous citerons l'analyse interprétative du phénomène guerrier décrite par Christophe Wasinski, Professeur en sciences politiques et relations internationales à l'Université Libre de Bruxelles et chercheur au centre recherche et études en politique internationale (REPI), où il apporte un éclairage sur les mécanismes de la pensée stratégique :

"Effectivement, la guerre, en tant qu'action sociale concertée et organisée n'est possible que s'il existe à l'origine un consensus, aussi minime, fragile ou fragmentaire soit-il, sur la décision de sa mise en œuvre. Pour saisir l'action politique qu'est la guerre, il conviendrait alors de s'interroger sur les grands registres d'argumentation (juridique, moral, diplomatique, métaphorique, etc.) qui la justifient et permettent d'arriver à ce fameux consensus. De fait, si l'on prend le temps d'analyser avec un minimum d'attention un conflit international parmi d'autres, on repèrera habituellement que des explications multiples aux raisons de partir en guerre, tour à tour apportées par les diplomates, les officiers, les hommes politiques et autres experts, sont en présence. Partant de là, on peut assez raisonnablement affirmer que la décision belliqueuse finale reposera sur l'agrégation, l'articulation et/ou la hiérarchisation de plusieurs de ces registres" (Wasinski, 2010).

Ce qui caractérise la guerre à Gaza, c'est l'utilisation des technologies de l'intelligence artificielle par l'État d'Israël comme une arme de destruction massive. Le conflit revêt ainsi l'aspect d'une "fabrique de crimes de masse", signe d'une déshumanisation médiatisée(Delori,2021). Cette forme de violence est décrite "violence libérale" par Mathias Delori, socio-historien des relations internationales, spécialiste des études critiques sur la guerre, la paix et la sécurité à sciences Po (CERI). Il nous propose à travers son livre "Ce que vaut une vie. Théorie de la violence libérale" d'examiner la problématique de la violence libérale : ses arguments assumés, ses fondements sur lesquels elle repose, et les conséquences de sa pratique sur le droit international et les situations des guerres asymétriques. Il est impératif de comprendre leurs vrais objectifs, afin d'adapter l'arsenal argumentatif dans le cadre de la lutte anti-impérialiste.

L'intelligence artificielle permet à Israël de mettre en pratique une violence de masse qui mine le droit de la guerre (Delori et Wasinski, 2025).

Aucune indication d'un projet de règlement politique amiable pour la sortie de crise du conflit israélo-palestinien n'est retrouvé dans le document de la Maison Blanche sur la stratégie de sécurité nationale des États-Unis d'Amérique, signé par le Président D. Trump en novembre 2025. Il mentionne la durabilité des conflits dans la région du Moyen-Orient en minimisant la gravité de la problématique avec une possibilité d'une paix durable après l'affaiblissement de l'Iran :

"Les conflits restent la dynamique la plus problématique au Moyen-Orient, mais ce problème est aujourd'hui moins grave que les gros titres pourraient le laisser croire. L'Iran, principale force déstabilisatrice de la région, a été considérablement affaibli par les actions d'Israël depuis le 7 octobre 2023 et par l'opération Midnight Hammer menée par le président Trump en juin 2025, qui a considérablement affaibli le programme nucléaire iranien. Le conflit israélo-palestinien reste épineux, mais grâce au cessez-le-feu et à la libération des otages négociés par le président Trump, des progrès ont été réalisés vers une paix plus durable. Les principaux soutiens du Hamas ont été affaiblis ou se sont retirés. La Syrie reste un problème potentiel, mais avec le soutien des États-Unis, des pays arabes, d'Israël et de la Turquie, elle pourrait se stabiliser et reprendre la place qui lui revient en tant qu'acteur intégral et positif dans la région" (SEAL of the President of United States, 2025).

Cela n'augure aucunement d'une quelconque chance pour le maintien de la sécurité et la paix dans la région, vu le manque de garanties de sécurité robustes, la non observance des résolutions du Conseil de Sécurité et de celles de l'Assemblée générale de l'ONU par l'État d'Israël, et ne souligne pas la volonté de réduction de l'empreinte militaire américaine, mais au contraire, prévoit une reconfiguration de l'ordre ou du désordre régional.

Conclusion

La question de la réforme des instances de l'ONU est devenue cruciale et nous questionne sur la conception du droit international axée sur la médiation et le traitement des crimes de guerre. Ne faut-il pas réfléchir sur les outils de l'effectivité des décisions judiciaires et les moyens de parvenir à obliger les dirigeants à répondre des violations des droits de l'homme ? S'agit-il d'un déclin de l'Occident qui se démarque de ses propres valeurs civilisatrices devant la déshumanisation des peuples palestinien, libanais, syrien et yéménite ? Les crimes de guerre commis par l'État d'Israël, si on ne les prend en compte que depuis le rapport Goldstone de 2009 à ce jour, doivent impérativement faire l'objet d'un règlement judiciaire afin de soulager certaines populations du réflexe psychologique pervers connu sous le syndrome de la fierté de la culpabilité "Schuld Stolz".

La solution politique du conflit israélo-palestinien à deux États, après un processus de médiation internationale sous l'égide de l'Assemblée générale de l'ONU, en prenant en considération la notion d'un règlement équitable avec échange de territoires et s'appuyant sur l'application de la résolution 242 du Conseil de sécurité de l'ONU de 1967, qui souligne l'inadmissibilité de l'acquisition des territoires par la guerre, nous paraît la meilleure voie pour assurer le maintien de la paix et la sécurité au Moyen-Orient, et mettre fin à la colonisation de la Palestine.

Abd Errahmane Guellab

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A propos de l'auteur :

  • Certificat Universitaire en Médiation et Pouvoirs Publics, faculté de Psychologie et des Sciences de l'Éducation, Université de Mons, Belgique (2023).
  • Magister en Sciences Politiques, faculté des Sciences politiques et de l'information, Université d'Alger 3 (2011). Équivalence de la Fédération Wallonie-Bruxelles (2021).
  • Ancien Enseignant en géopolitique à l'École Militaire de l'État-Major de Tamenfoust, Alger (2016-2019).
  • Docteur en Médecine, faculté de Médecine, Université d'Alger -1 (1987).

Publication :

  • Abd Errahmane Guellab, Nicolas Deconinck. Quelles nouveautés en matière de prescription médicamenteuse dans l'autisme ? Cahiers Santé Médecine Thérapeutique.  stm.cairn.info

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

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Par  Abd Errahmane Guellab

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