26/06/2026 reseauinternational.net  7min #318246

Ingérence : le lobby pro-israélien Elnet (enfin) dans le viseur des autorités françaises

par Meriem Laribi

Longtemps discret, le lobby pro-israélien ELNET est enfin au cœur des interrogations sur l'ingérence étrangère en France. Derrière des voyages tous frais payés pour des parlementaires, des conférences réunissant responsables politiques et personnalités médiatiques, et un réseau de relais au sein des institutions, l'organisation a méthodiquement construit son influence au service des intérêts de l'État israélien. Une stratégie qui vaut aujourd'hui à ELNET de se retrouver dans le collimateur de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique et des services chargés de la lutte contre les ingérences étrangères.

Alors que la France renforce ses dispositifs de lutte contre les ingérences étrangères à l'approche de l'élection présidentielle, une organisation jusque-là relativement méconnue du grand public attire désormais l'attention des autorités : ELNET France (European Leadership Network). Ce réseau de lobbying pro-israélien, actif depuis plus de 15 ans auprès des responsables politiques, des journalistes et des décideurs européens, fait enfin l'objet d'investigations administratives et judiciaires portant sur ses activités d'influence et ses éventuels liens avec des opérations de déstabilisation numérique.

Selon  Marianne (juin 2026), la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) envisage d'inscrire ELNET au registre des représentants d'intérêts agissant pour le compte d'une puissance étrangère. Une telle décision constituerait une première pour une organisation dont l'objet affiché est de promouvoir les intérêts stratégiques d'Israël auprès des élites européennes.

Cette procédure intervient peu après  les récentes révélations de Viginum, le service français chargé de la lutte contre les ingérences numériques étrangères, concernant plusieurs opérations de désinformation attribuées à des acteurs israéliens ayant visé des responsables de La France insoumise lors des élections municipales de 2026. Une société israélienne, Blackcore, est notamment citée dans ces investigations.

Un lobby inspiré de l'AIPAC américain

ELNET revendique depuis sa création un modèle directement inspiré de l'American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), le puissant lobby pro-israélien de Washington, comme le démontrait une enquête publiée par  Blast, publiée le 27 mai 2025. Le média indépendant rappelait qu'Arié Bensemhoun, directeur d'ELNET France depuis 2011, expliquait dès 2010 vouloir adapter en France les méthodes d'influence développées aux États-Unis. Le même Arié Bensemhoun a déclaré sur  Radio J (le 7 décembre 2023) qu'il n'y a pas d'innocents à Gaza : "Nous avons affaire à une société de barbares qui a commis le pire des crimes et ils en portent tous d'une certaine manière une forme de responsabilité collective". Et d'ajouter : "Tous les médecins, tous les journalistes, tous les humanitaires, tous les fonctionnaires des organisations internationales qui vivent à Gaza sont des agents du Hamas"

L'objectif d'Elnet en Europe est notamment d'accroître le nombre de responsables politiques européens exposés à la vision israélienne des conflits régionaux. Dans un document stratégique cité par Blast, l'organisation regrettait que seuls 12% des parlementaires européens aient visité Israël, contre 85% des élus américains.

Cette stratégie s'est traduite par l'organisation de nombreux voyages de parlementaires français en Israël. Selon les données recueillies par Blast, plus de 90 séjours de députés et sénateurs français auraient été financés par ELNET depuis 2019, faisant de l'organisation l'un des groupes de pression les plus actifs auprès des élus français sur les questions internationales. Parmi les élus ayant participé à ces voyages, outre Caroline Yadan, Manuel Valls ou le ministre Benjamin Haddad, il y a notamment Karl Olive (Renaissance), François Cormier-Bouligeon (Renaissance), Emmanuel Pellerin (Renaissance), Anne-Laurence Petel (Renaissance), Pierre-Henri Dumont (Les Républicains), Michèle Tabarot (Les Républicains), Véronique Besse (droite UDR), Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), Constance Le Grip (Ensemble pour la République)...

Une influence assumée sur les décideurs

L'influence d'ELNET ne se limite pas aux voyages parlementaires. D'après l'enquête de Blast, l'organisation a progressivement construit un vaste réseau de relais dans les sphères politique, médiatique et intellectuelle françaises.

Depuis le 7 octobre 2023, ELNET a multiplié les conférences publiques réunissant responsables politiques, éditorialistes, universitaires et personnalités du monde culturel. Ces événements, organisés sous l'appellation "Agir Ensemble", ont notamment accueilli des figures comme Bernard-Henri Lévy, Manuel Valls, Jean-Michel Blanquer, Bruno Retailleau ou encore l'ancien ambassadeur de France en Israël Éric Danon. Ces rassemblements participent d'une stratégie visant à diffuser dans le débat public français des éléments de langage favorables à Israël et au gouvernement israélien de Benjamin Netanyahou. L'organisation contribue ainsi à présenter toute critique de la politique israélienne comme une forme d'antisionisme assimilable à l'antisémitisme, tout en niant le génocide à Gaza et plus largement la politique de nettoyage ethnique et l'appartheid pratiqués contre le peuple palestinien.

Une proximité revendiquée avec les cercles du pouvoir israélien

Les critiques visant ELNET portent également sur la composition de ses instances dirigeantes internationales. Dans un article publié dans Le Monde diplomatique de juin 2026, le journaliste Yossi Bartal souligne que plusieurs responsables ayant dirigé la branche israélienne de l'organisation proviennent directement des cercles politiques de la droite israélienne. Parmi eux figurent d'anciens collaborateurs de Benjamin Netanyahou, des proches du mouvement des colons de Cisjordanie, favorables à l'annexion ainsi qu'à l'expulsion des réfugiés africains d'Israël, ou encore des responsables liés au Kohelet Policy Forum, sulfureux laboratoire d'idées conservateur considéré comme l'un des architectes de la réforme judiciaire controversée portée par le gouvernement israélien en 2023.

Des soupçons d'ingérence désormais examinés par l'État

En France, l'enjeu est aujourd'hui celui de la qualification juridique des activités d'ELNET sur le territoire. Les autorités françaises cherchent à déterminer si ELNET agit simplement comme un groupe de pression classique ou si son action relève d'une représentation d'intérêts étrangers nécessitant une transparence renforcée. La HATVP étudierait actuellement une inscription d'office de l'organisation au registre des agents d'influence étrangère. Une telle mesure obligerait ELNET à déclarer plus précisément l'origine de ses financements, ses donneurs d'ordre et l'ensemble de ses interactions avec les responsables publics français. Des investigations des autorités françaises porteraient également sur d'éventuelles connexions entre les campagnes de désinformation révélées par Viginum attribuées à des acteurs israéliens et des réseaux numériques ayant relayé les activités d'ELNET.

L'instruction menée par la HATVP pourrait marquer une étape importante dans la manière dont la France entend désormais encadrer les activités d'influence menées pour le compte d'intérêts israéliens. En effet, pour la première fois, un réseau historiquement associé à la promotion des intérêts israéliens auprès des élites françaises pourrait être officiellement examiné sous l'angle de l'ingérence étrangère.

source :  Agence Média Palestine via  France Irak Actualité

 reseauinternational.net