• Ce texte superbe et d'une densité extrême nous donne une conception puissante et superbe de la métaphysique de la guerre menée par l'Iran depuis février. • Par triste comparaison, il met en évidence l'épouvantable nihilisme, - mélange d'hystérie technologique et d'insondable bêtise, - des hordes occidentales menées par les brillantissimes conceptions américasionistes, avec le soutien amical de la couardise européenne. • Amas puant de tous les nihilismes possibles brandis sur un pavillon couturé de citations morales du plus heureux effets.________________________
27 juin 2026 - Notre tragédie, notre défaite, notre impuissance et notre infécondité, à nous Occidentaux tels que nous a faits ce que nous désignons comme "notre civilisation", est que nous ne pourrons jamais décrire une de nos guerres postmodernes (Irak, Ukraine, Iran) comme le fait cet érudit iranien de ce qu'il nomme "La guerre du Ramadan de 2026". Le texte est magnifique, non par son style, non par son talent même si l'un et l'autre existent, mais par la densité de la description qu'il nous rapporte de cette guerre.
La première partie, sorte d'introduction décrivant l'objet réduit à sa réalité d'inexistence et de Rien, s'attache à rapporter les événements guerriers du point de vue occidental ("notre-guerre"). On y retrouve tous les jugements que nous portons, nous les dissidents-résistants, sur la guerre en général, sur nos mœurs, sur nos conceptions. Cela ne nous apprend rien dont nous ne puissions ne pas avoir grande honte puisqu'incapables d'échapper à notre existence biologique. Parfois un passage nous permet de reconnaître, à nous du " groupe de Verdun", ce que celui qui sait voir retrouve à Verdun par contraste complet et déchirant avec le reste de la Grande Guerre et de nos agitations en général
"Mais ce que l'Occident n'a pas offert, et ne peut offrir, c'est une métaphysique du sacrifice. Il est incapable d'expliquer au soldat ukrainien pourquoi sa mort a un sens, parce que l'Occident lui-même ne croit plus que la mort ait un sens. L'Union européenne n'est qu'un appareil gestionnaire pour l'administration des marchés. Elle n'a pas de nomos, pas de fondation sacrée, pas de destin. Elle est, au sens précis d'Oswald Spengler [sur la mort d'] une civilisation : la phase inorganique, sans âme, post-culturelle d'un organisme autrefois vivant."
On ne peut lire ce texte sans éprouver une intense émotion, - à moins d'être absorbé par son smartphone, - selon notre pensée, notre souvenir, selon notre nostalgie telle que définie dans ces pages de notre site et parcourue dans les forêts et les bunkers de notre-Verdun. Ce n'est pas cette nostalgie dont parle Ali-Mohammad Mohajer Nasser :
"Il ne s'agit pas de nostalgie. Ni de zèle religieux. Il s'agit de la reconnaissance froide et lucide de ceci : un peuple qui oublie pourquoi il vaut la peine de mourir, oubliera bientôt pourquoi il vaut la peine de vivre."
C'est qu'il faut malheureusement s'entendre sur les mots et bien les peser. Ils portent bien plus que ce qu'ils semblent signifier, ils nous précèdent d'ailleurs et nous accueillent avec un certain mépris du à ce qu'ils devinent de notre suffisance et de notre hubris. George Steiner le dit bien, d'ailleurs, et nous l'avons souvent repris à notre compte sur ce site :
"Le point de vue"logocratique"est beaucoup plus rare et presque par définition, ésotérique. Il radicalise le postulat de la source divine, du mystère de l'incipit, dans le langage de l'homme. Il part de l'affirmation selon laquelle le logos précède l'homme, que"l'usage"qu'il fait de ses pouvoirs numineux est toujours, dans une certaine mesure, une usurpation. Dans cette optique, l'homme n'est pas le maître de la parole, mais son serviteur. Il n'est pas propriétaire de la"maison du langage"(die Behausung der Sprache), mais un hôte mal à l'aise, voire un intrus..."
"Notre-nostalgie" ne ressemble à rien à celle que ceux d'entre nous qui ont encore un peu d'âme doivent être capable d'éptouver. Nous savons qu'il exista, il y a peu, des circonstances terribles où nos autres, habitants d'Occident, étions encore animés de cette force métaphysique pour accomplir une tâche essentielle, fût-elle si terrible que la guerre elle-même mais parce qu'elle était existentielle. Voilà pourquoi nous retrouvons dans bien des passage du texte de Ali-Mohammad Mohajer Nasser bien de la nostalgie, - la nôtre, certes, - qui définit la puissance de son sentiment :
"Face à ce vide - ce nihilisme actif, spectateur, marchand [de l'Occident actuel] - se dresse ce qu'on ne peut appeler autrement qu'une métaphysique du combat fidèle. Ce phénomène résiste à toute lecture réductrice. Ce n'est pas simplement du"fanatisme religieux", comme le clame la presse occidentale. Ce n'est pas une innovation tactique à décortiquer et intégrer dans le prochain manuel du Marine Corps. C'est une relation entièrement différente à la mort, à la communauté, à la terre sur laquelle on se tient."
Évidemment, rien ne peut être rejeté du texte ci-dessous tant il définit un comportement et une "âme poétique" qui justifient l'espèce et son ontologie, et qui ne nous justifie plus du tout sinon l'effacement (cancellation, 'brother'), le rien, le terminus du nihilisme, pour ceux d'entre nous qui sommes tombés dans les rets du système monstrueux. Entre ces deux "adversaires", dont l'un est ce nihilisme qui nous retient prisonnier pour le cas de nous qui savons ce dont il s'agit, l'issue ne fait pas de doute. Ce n'est pas un commentaire bien informé, c'est une évidence qui nous emporte.
Il est difficile, non plutôt impossible d'envisager ce que va être l'expression terrestre de notre destin dans ce terrifiant tourbillon crisique. Mais nous savons déjà qu'il existe, face à ces peuples qui ont évité la catastrophe de la modernité, une population occidentale, - réduite ou pas, qu'importe, - qui n'a pas perdu ou qui a retrouvé cette ontologie décimée, défigurée, et qui se bat dans la prison du Système pour la conserver. Ces deux populations doivent se reconnaitre et se retrouver, et elles ont, pour ce faire, beaucoup d'obstacles à franchir, de quiproquos à écarter. Cette réflexion qui est malgré tout, même si indirectement, un commentaire du texte ci-dessous, nous est venue à propos du mot "nostalgie" qui demanderait bien des éclaircissements croisés.
Le texte d'Ali-Mohammad Mohajer Nasser est présenté par ces trois titres et sous-titres :
"L'Iran et la tragédie de la guerre tellurique"
"Un point de vue iranien sur les événements en cours"
"... sur le nihilisme occidental et la métaphysique de la résistance."
Il est publié en français sur le site 'euro-synergies.hautetfort.com', qui constitue l'un des plus remarquables, sinon le plus remarquable passeur de textes essentiels pour comprendre et mesurer la puissance et l'ampleur de notre GrandeCrise. Grâce lui en soit rendue.