par Alfredo Jalife-Rahme
Selon l'universitaire russe Roxolana Zigon, le Pakistan est un des vainqueurs de la guerre autour de l'Iran. Il a su jouer un rôle efficace de médiateur, en faisant preuve d'une rare souplesse, d'une fluidité particulière. Ainsi, il a participé, sans que l'on s'y attende, à la réorganisation du monde. Il va certainement utiliser son expérience pour négocier les deux conflits qui le concernent directement : le statut du Jammu et Cachemire d'une part, et le traité des eaux de l'Indus d'autre part.

Au-delà du programme original de l'intellectuelle russe Roxolana Zigon - qui a développé le concept de "géopolitique quantique" et qui est directrice de l'Université des civilisations mondiales Jirinovski à Moscou - il est frappant que le journal pakistanais Dawn - création du fondateur emblématique du pays, Muhammad Ali Jinnah - ait reproduit son analyse prospective sur "le paysage géostratégique régional au Moyen-Orient dans l'Iran d'après-guerre" [1] avec un sous-titre détaillé : "Une paix fragile a conclu la guerre des États-Unis contre l'Iran, et pourtant la lutte a reconfiguré l'équilibre des pouvoirs au Moyen-Orient, ouvrant au Pakistan un rôle central."
Puisque nous parlons de "médiations", il faut rappeler le rôle principal qu'Oman jouait jusqu'au 27 février, lorsque, un jour plus tard, les États-Unis et leur allié Israël allaient piétiner sa médiation et attaquer l'Iran. En plus de 100 jours infructueux d'attentats israélo-états-uniens contre l'Iran, la seconde "médiation" du Pakistan, une puissance nucléaire de taille moyenne avec 170 bombes atomiques, financées par l'Arabie saoudite, a pesé lourdement. Au fait, le Pakistan ne reconnaît pas Israël. La médiation finale du Qatar visait à refermer le dossier des litiges financiers pesant sur l'Iran, qui sera remboursé de 12 milliards de dollars sur un total d'environ 120 milliards de dollars saisis par divers pays en raison de "sanctions" états-uniennes étouffantes.
Roxalana Zigon résume catégoriquement la "réalité de l'après-guerre iranienne : un Iran renforcé, un Israël profondément mécontent, et des États-Unis pris dans le crépuscule de leur "guerre qui ne pourra jamais être gagnée contre l'Iran". Sans le dire, et peut-être involontairement, Roxalana Zigon utilise la cartographie classique du "Grand Moyen-Orient", telle que dessinée par le général israélien Ariel Sharon, avec sa ligne horizontale qui va de la Mauritanie au Cachemire, et sa ligne verticale qui va du Caucase à la Corne de l'Afrique, dont la géologie a été profondément malmenée pour donner naissance à un "nouvel ordre géopolitique" avec "deux axes opposés".
"Le premier axe" est Israël, "dont la direction belliqueuse anticipe un nouveau cycle de bombardements contre ses ennemis après les élections législatives d'octobre 2026". Le journal monarchiste britannique The Telegraph répète la même chose en l'imputant à Trump, qui reprendrait la guerre après les élections de mi-mandat de novembre 2026 [2].
"Le deuxième axe" est l'Iran, qui "a réussi à se maintenir et à maîtriser la ressource la plus importante de ce conflit à plusieurs niveaux", c'est-à-dire le temps, "l'atout d'une ampleur géopolitique croissante". L'axe iranien comporte un "axe de résistance renouvelé" (les Libanais du Hezbollah, Ansarallah du Yémen, les factions palestiniennes, etc), ainsi qu'un "alignement plus vigoureux avec le Pakistan (sic), la Chine et la Russie".
Roxalana Zigon donne tout son relief au "lien d'Israël avec l'Inde" : son "partenaire crucial". Elle estime que l'ascension diplomatique du Pakistan en tant que médiateur efficace, qui a donné naissance au Protocole d'entente d'Islamabad - en raison de sa relation optimale avec Trump et la Chine - en a fait un "carrefour géopolitique fiable". Par "son alignement décisif avec ce nouveau code de conduite géopolitique, le Pakistan peut faire avancer le concept stratégique de dualité onde-particule et mettre en action son leadership dans la définition d'une position plus pacifique pour le monde multipolaire émergent."
Au-delà de la complexité inhérente au concept de "dualité onde-particule", son instrumentation conceptuelle facilite la compréhension de la double nature des acteurs et phénomènes géopolitiques dans la nouvelle ère du "monde multipolaire, non linéaire et post-hégémonique", ce qui étale la fluidité vers laquelle se dirige le nouvel ordre mondial. Le problème avec le résultat aléatoire des élections de mi-mandat de novembre aux États-Unis réside dans le fait qu'aujourd'hui les tendances privilégient davantage la perspective anti-guerre [3] qui se précise avec le triomphe écrasant des candidats démocrates progressistes de l'axe pacifiste Mamdani/Bernie Sanders/Alexandria Ocasio-Cortez.
Traduction
Maria Poumier
Source
La Jornada (Mexique)
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[1] " The regional geo-strategic landscape in West Asia post the Iran war", Roxolana Zigon, Dawn, June 23, 2026.
[2] " Trump may ask Iran for new deal after midterm elections. White House insider says agreement was rushed to save Republican seats when Americans vote in November", Robert Mendick & Benedict Smith, The Telegraph, June 20, 2026.
[3] " Del Golfo Pérsico a Washington : ¡Estrecho de Ormuz ALCANZA la Elección en EEUU !", Alfredo Jalife-Rahme, YouTube, 26 de junio de 2026.