29/06/2026 linvestigateurafricain.tg  4min #318598

Mali : L'armée et l'Africa Corps accusés d'une nouvelle bavure mortelle à Ménaka

Komla YAWO

La situation sécuritaire au Mali s'enfonce dans une phase d'extrême violence et de confusion stratégique. Le 26 juin 2026, une nouvelle frappe de drone de l'armée malienne (FAMa), opérée conjointement avec ses supplétifs russes de l'Africa Corps, a coûté la vie à huit civils près de Tidermène, dans la région de  Ménaka, à proximité de la frontière nigérienne. Ce drame survient au moment précis où l'organisation  Human Rights Watch (HRW) publie, ce lundi 29 juin, un rapport accablant documentant la recrudescence des exactions commises à la fois par les forces régulières et par les groupes armés rivaux. Depuis le séisme militaire du 25 avril dernier, qui a vu la chute de la ville stratégique de Kidal et la mort du ministre de la Défense, le Nord-Mali est devenu le théâtre d'une confrontation asymétrique totale où les populations civiles paient le prix le plus fort.

Le drame de Ménaka, l'impact aveugle de la guerre des drones

Le sinistre survenu dans la région de Ménaka illustre de manière dramatique les risques de dérive de la guerre aérienne menée par Bamako et ses alliés russes. Le vendredi 26 juin, vers 8 heures du matin, un véhicule de transport quittait la localité d'Intadeyné avec à son bord des passagers qui se rendaient à la foire hebdomadaire de Tidermène. Après avoir parcouru une quarantaine de kilomètres, l'automobile a été directement ciblée et pulvérisée aux abords de Tiderane par un vecteur aérien des FAMa et de l'Africa Corps.

La totalité des passagers a été tuée sur le coup. Les sources locales ont rapidement rejeté toute qualification terroriste des victimes en identifiant formellement les huit corps. Parmi les défunts figurent un chef de village, un employé de centre de santé, le transporteur, ainsi que trois adolescents âgés de 14, 15 et 16 ans. Face à cette tragédie, l'armée malienne s'est murée dans le silence, n'émettant aucune communication officielle sur cette opération, une posture qui alimente le sentiment d'impunité au sein des populations locales.

Le rapport de HRW; le miroir des exactions bilatérales

Ce lundi 29 juin, la publication du nouveau rapport de Human Rights Watch vient poser des mots sur la réalité du terrain. L'ONG de défense des droits humains dresse un état des lieux alarmant des violences perpétrées depuis les événements charnières du 25 avril 2026. Ce jour-là, une offensive conjointe des djihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), affiliés à Al-Qaïda, et des rebelles indépendantistes du Front de libération de l'Azawad (FLA) avait provoqué un véritable séisme politique en reprenant la ville de Kidal et en tuant le ministre malien de la Défense, le colonel Sadio Camara.

Dans ce document, Human Rights Watch met en lumière la double tenaille dans laquelle sont pris les civils maliens, pointant d'une part la logique de représailles des FAMa et de l'Africa Corps qui, humiliés par la perte de Kidal, multiplient les frappes de drones aveugles et les bavures au sol, et d'autre part la campagne de terreur menée par le JNIM et le FLA à coup d'exactions systématiques contre les populations locales.

Quelles perspectives pour le Mali ?

Le Mali traverse une crise de légitimité militaire et territoriale sans précédent. L'utilisation accrue de technologies de surveillance et de frappe par drone sans une chaîne de renseignement rigoureuse transforme les axes commerciaux du Nord en zones de mort permanente pour les forains et les nomades.

À court terme, le vide laissé par la perte de Kidal et le durcissement prévisible du régime militaire après la mort de Sadio Camara font craindre une intensification des offensives de part et d'autre. Sans un sursaut de responsabilité et le respect strict du droit international humanitaire par les FAMa et l'Africa Corps, la stratégie du tout-sécuritaire risque d'aliéner définitivement les communautés du Nord et de faire le lit des recrutements au sein des groupes extrémistes.

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