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Il ne reste plus que la guerre

Par Dmitry Orlov − Le 26 juin 2026 − Source  Club Orlov

Puisque la diplomatie, au sens où l'entend l'Occident, a dégénéré en un échange d'insultes et en un processus laborieux de négociation d'accords que personne n'a jamais l'intention de respecter, il ne reste plus que la guerre. Ou peut-être que le pluriel - les guerres - est plus approprié, puisqu'il y en a plusieurs qui se déroulent simultanément. Dans chaque cas, il y a un champ de bataille, des actions militaires sont menées (ou en cours de préparation) et il y a, inévitablement, une issue finale. Les motivations de ces conflits vont de l'illusion pure et simple à l'opportunisme politique, en passant par les impératifs idéologiques et les exigences de la survie nationale.

On a déjà beaucoup parlé et écrit sur la mort de la diplomatie en Occident, mais un échange récent est tout simplement trop parfait pour être ignoré. Lorsque les Russes ont fait remarquer que les Américains avaient renié les accords conclus lors du sommet Poutine-Trump à Anchorage, en Alaska, le 15 août 2025, le secrétaire d'État américain Marco Rubio a rétorqué qu'il ne s'agissait pas d'accords, mais simplement de propositions. Or, il s'avère que ce sont les Américains qui ont proposé ces solutions et les Russes qui les ont acceptées. Ainsi, les Américains ont formulé des propositions auxquelles ils n'ont eux-mêmes pas donné leur accord. À quoi cela pourrait-il bien servir d'essayer de conclure un accord de paix avec de telles personnes ? Cela ne sert à rien, et il ne reste donc plus que la guerre.

Bien que l'on pense généralement que le but de la guerre est la victoire - et c'est le plus souvent l'objectif déclaré de toute guerre, afin de préserver le moral des troupes et de conserver le soutien de la population qui la finance -, il arrive tout aussi souvent que le but soit la poursuite perpétuelle du conflit. La Guerre froide constitue un excellent exemple d'un tel conflit perpétuel. On peut soutenir qu'il ne s'agissait pas véritablement d'une guerre, car elle n'a jamais été menée ; on peut également affirmer qu'elle a été menée de manière plus ou moins continue. La Guerre froide s'est déroulée à travers des dizaines de conflits régionaux, grands et petits. Au cas où vous auriez besoin d'un petit rappel, en voici un bref résumé :

Corée (1950-1953) : un affrontement direct majeur au cours duquel les forces américaines et onusiennes ont combattu les troupes chinoises et nord-coréennes, soutenues et ravitaillées par l'URSS. Les États-Unis ont réussi à mener cette guerre jusqu'à une impasse permanente qui a laissé la péninsule coréenne divisée de manière définitive au niveau du 38e parallèle, le Nord étant allié à la Russie et à la Chine et le Sud étant sous occupation permanente des troupes américaines.

Vietnam (1955-1975) : Les États-Unis sont intervenus en Indochine française, prenant le relais d'une France colonialiste en déclin pour contrecarrer la quête d'indépendance des Vietnamiens, tandis que les Soviétiques soutenaient les Viêt-Cong et l'armée nord-vietnamienne dans un conflit prolongé et dévastateur qui prit fin lorsque le régime soutenu par les États-Unis dans le Sud s'effondra, que les Américains furent mis en déroute et que le Nord triompha.

Afghanistan (1979-1989) : L'URSS est intervenue pour soutenir un gouvernement socialiste, ce qui a poussé les États-Unis (et leurs alliés) à armer, former et financer les insurgés moudjahidines. Les dernières troupes soviétiques ont quitté l'Afghanistan le 15 février 1989. Ce retrait s'est déroulé conformément aux Accords de Genève, et le commandant de la 40e armée, le lieutenant-général Boris Gromov, fut le dernier militaire à franchir le pont frontalier sur l'Amou-Daria, drapeaux au vent, comme le montre la photo ci-dessus. Le gouvernement socialiste de Mohammad Najibullah est resté au pouvoir pendant environ trois ans et deux mois après le retrait définitif des troupes soviétiques d'Afghanistan. Son effondrement a été précipité par le retrait du soutien soviétique sous le secrétaire général Mikhaïl Gorbatchev. Une guerre civile a alors fait rage jusqu'au 27 septembre 1996, date à laquelle Kaboul a été prise par les talibans. Les Américains ont ensuite occupé l'Afghanistan du 7 octobre 2001 au 30 août 2021, dans une tentative infructueuse de déloger les talibans, après les avoir faussement accusés de complicité dans les attentats terroristes du 11 septembre 2001.

Cuba : Les États-Unis et l'URSS ont failli entrer en guerre nucléaire lors de la "crise des missiles de Cuba" (1962), un nom tout à fait impropre. Il s'agissait en réalité de la "crise des missiles turcs" : les États-Unis avaient déployé des missiles nucléaires en Turquie, menaçant ainsi l'URSS ; l'URSS avait riposté en déployant des missiles nucléaires à Cuba, menaçant à son tour les États-Unis ; finalement, chaque camp a retiré ses missiles.

Afrique : L'URSS a activement soutenu les mouvements de décolonisation à travers tout le continent, aidant une vingtaine de pays à accéder à l'indépendance, notamment l'Algérie, l'Angola, la République du Congo, l'Égypte, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Mozambique, la Namibie, l'Afrique du Sud (où la lutte visait l'apartheid) et le Zimbabwe. Après l'effondrement de l'URSS, ces relations ont été suspendues pendant un certain temps, mais elles ont depuis été renouées et redynamisées. Le 2ème sommet Russie-Afrique s'est tenu à Saint-Pétersbourg, en Russie, les 27 et 28 juillet 2023. Ce sommet a réuni des délégués de 49 des 54 États membres de l'Union africaine, dont 17 chefs d'État. Le 3ème sommet se tiendra à Moscou fin octobre 2026.

Les mouvements de libération nationale africains ont donné lieu à de nombreux conflits armés. Les chiffres officiels font état d'un total cumulé de 1 100 000 à 1 800 000 victimes rien que pour les principaux conflits anticoloniaux en Algérie, en Angola, au Mozambique et au Zimbabwe. Il s'agissait, pour éviter l'emploi d'euphémismes tels que "conflit", de guerres de libération nationale.

En plein cœur de toutes ces guerres, en 1969, un chanteur anglais très populaire du nom de John Lennon chantait "All we are saying is give peace a chance !" (Tout ce que nous disons, c'est : donnez une chance à la paix !). S'agit-il d'une amélioration par rapport à "Exterminez toutes les brutes !", griffonné à la fin d'un pamphlet par le personnage de M. Kurtz dans la nouvelle "Au cœur des ténèbres" de l'écrivain britannique d'origine polonaise Joseph Conrad ? Si tel est le cas, il s'agit d'une aggravation de l'hypocrisie britannique : demander docilement la paix à ceux qui, par nature, n'en veulent pas, est un exercice futile destiné à tromper les crédules. Que l'on considère les massacres militaires directs ou que l'on inclue les famines provoquées par des politiques, l'Empire britannique, tout au long de son existence, a "exterminé" des centaines de millions de ceux qu'il considérait comme des "brutes". La définition des "brutes" évolue avec le temps - actuellement, ce sont les Russes et les Ukrainiens - mais l'intention de les exterminer est profondément ancrée dans le système de fonctionnement britannique.

Note du Saker Francophone

Depuis quelques temps, des gens indélicats retraduisent "mal" en anglais nos propres traductions sans l'autorisation de l'auteur qui vit de ses publications. Dmitry Orlov nous faisait l'amitié depuis toutes ses années de nous laisser publier les traductions françaises de ses articles, même ceux payant pour les anglophones. Dans ces nouvelles conditions, en accord avec l'auteur, on vous propose la 1ere partie de l'article ici. Vous pouvez lire la suite en français  derrière ce lien en vous abonnant au site  Boosty de Dmitry Orlov.

Dmitry Orlov

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Le  livre de Dmitry Orlov est l'un des ouvrages fondateurs de cette nouvelle "discipline" que l'on nomme aujourd'hui : "collapsologie" c'est à-dire l'étude de l'effondrement des sociétés ou des civilisations.

Il vient d'être réédité aux éditions  Cultures & Racines.

Il vient aussi de publier son dernier livre,  The Arctic Fox Cometh.

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

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