02/07/2026 les-crises.fr  8min #318833

Quelques jours avant de signer l'accord avec l'Iran, Trump promettait de s'emparer de l'île de Kharg et de ses infrastructures pétrolières

Peu après avoir proféré cette menace, le président s'est demandé si les États-Unis "avaient le courage" de mener à bien cette opération.

Source :  Responsible Statecraft, Connor Echols
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Le président Donald Trump a menacé d'envahir l'île iranienne de Kharg, afin de s'emparer des infrastructures pétrolières qui s'y trouvent. "D'ici peu, nous prendrons le contrôle de l'île de Kharg et d'autres sites pétroliers, et nous aurons le contrôle total de leurs marchés du pétrole et du gaz", a déclaré Trump jeudi matin sur son réseau Truth Social.

Cette menace laisse entendre que le président cherche à intensifier rapidement les hostilités avec l'Iran alors même que les pourparlers diplomatiques se poursuivent. On ne sait pas encore si Trump envisage sérieusement cette invasion ou s'il se contente de fanfaronner pour renforcer son pouvoir de négociation. Le président a menacé à plusieurs reprises de s'emparer de l'île de Kharg au début de la guerre, mais il a fait marche arrière lorsqu'un cessez-le-feu a été conclu avec l'Iran début avril.

Si la menace est sérieuse, les forces américaines auront bientôt à mener une mission redoutable. Comme l'a écrit le major à la retraite Harrison Mann dans RS plus tôt cette année, une opération visant à s'emparer de l'île de Kharg reviendrait à une "mission suicide" et à une "crise d'otages auto-infligée".

Le premier défi de Trump serait de s'assurer qu'il dispose de suffisamment de troupes à déployer rapidement dans la région afin de mener à bien la mission et repousser les installations militaires iraniennes sur l'île. Selon Mann, la meilleure option pour cette invasion serait une opération parachutée, mais cela comporterait des risques importants pour les soldats qui pourraient être déviés de leur trajectoire et atterrir dans le golfe Persique ou au milieu des zones civiles de l'île.

Même si les forces américaines parvenaient à s'emparer de l'île, elles seraient rapidement sous le feu des troupes iraniennes stationnées sur le continent, soit à seulement 24 km de Kharg.Elles n'auraient qu'un soutien limité des troupes américaines déployées dans les États arabes du Golfe et des navires de guerre stationnés en dehors du golfe Persique.

Trump semble parier que l'Iran capitulerait si les États-Unis s'emparaient de l'île de Kharg et réduirait considérablement la capacité de l'Iran à exporter du pétrole. Selon Mann, cela pourrait s'avérer être une mauvaise erreur de calcul, qui pourrait être coûteuse. "Les dirigeants iraniens se battent pour la survie de la République islamique, et non pour protéger les infrastructures pétrolières", a-t-il écrit. "La possibilité de provoquer un attentat faisant de nombreuses victimes, susceptible d'éroder le soutien déjà limité de l'opinion publique américaine à la guerre, ou alors de retenir des bataillons entiers en otages, pourrait être une option bien plus précieuse pour Téhéran que les revenus pétroliers."

Peu après avoir menacé de s'emparer de l'île de Kharg, Trump a lui-même reconnu les risques encourus lors d'une interview accordée à Fox News. "Je ne sais pas si les États-Unis en ont le courage", a-t-il déclaré, ajoutant que l'opinion publique américaine "aimerait nous voir rentrer chez nous".

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Connor Echols est rédacteur en chef de Responsible Statecraft. Il était auparavant rédacteur en chef de la newsletter NonZero.

Source :  Responsible Statecraft, Connor Echols, 11-06-2026

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises


Trump a perdu le contrôle de la guerre contre l'Iran

Après un week-end marqué par une escalade des tensions, les Houthis ont bombardé Israël et ont promis de perturber le trafic maritime en mer Rouge.

Source :  Responsible Statecraft, Connor Echols
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Alors que la situation s'aggrave rapidement entre Israël et l'Iran, les Houthis du Yémen ont rejoint le conflit avec l'Iran, lançant une salve de missiles sur Israël et s'engageant à mettre en place une "interdiction totale et absolue" de la navigation israélienne en mer Rouge. On peut affirmer sans risque de se tromper que le fragile cessez-le-feu au Moyen-Orient est désormais en train de s'effondrer.

Le président Donald Trump a appelé toutes les parties à apaiser les tensions, écrivant lundi matin sur le réseau Truth Social que "les négociations finales sur la paix se poursuivent tant que l'ignorance ou la stupidité" ne viennent pas les entraver. Mais les derniers développements suggèrent que les États-Unis ont un contrôle limité sur l'évolution du conflit, qui dure désormais depuis quatre mois.

Après que l'Iran a frappé Israël dimanche, dans ce que Téhéran a qualifié de riposte aux violations du cessez-le-feu commises par Israël au Liban, Trump a publiquement demandé au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de rester en retrait et d'attendre que les négociations portent leurs fruits. "C'est moi qui décide", a déclaré Trump au Financial Times. "Ce n'est pas Netanyahu qui décide."

Quelques heures plus tard, Israël a lancé des frappes sur l'Iran, en visant ce qu'il a qualifié de "systèmes de défense stratégiques". Les autorités iraniennes ont déclaré qu'Israël avait également frappé une usine pétrochimique dans le sud-ouest de l'Iran.

Cette rapide relance des hostilités nous rappelle cruellement que, si les États-Unis ont choisi la manière d'entamer ce conflit, ils n'ont qu'une seule voix pour décider de la manière d'y mettre fin. Israël a manifesté peu d'intérêt à mettre un terme à la guerre, et de nombreuses voix pro-israéliennes influentes aux États-Unis affirment que Trump doit "aller jusqu'au bout" et renverser le gouvernement iranien. Alors que l'Iran a clairement indiqué que le Liban devait faire partie de tout cessez-le-feu, les responsables israéliens restent déterminés à poursuivre la lutte contre le Hezbollah, notamment par des attaques à grande échelle sur Beyrouth.

Les appels publics de Trump à Israël pour qu'il modère ses actions laissent à penser que les États-Unis tentent de montrer, ne serait-ce que partiellement, une distinction officielle entre leurs propres actions et celles d'Israël. Mais l'Iran, lassé de ces années de conflits répétés avec Israël, est déterminé à tirer pleinement parti de son avantage en bloquant le détroit d'Ormuz.

Concrètement, cela signifie que Téhéran n'est plus disposé à faire la distinction entre les attaques américaines et israéliennes. "Personne ne croit que le régime sioniste agisse sans se coordonner avec les États-Unis", a déclaré lundi un porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.

Pour l'instant, l'Iran s'est toutefois abstenu de lancer de nouvelles attaques contre des cibles américaines au Moyen-Orient. Cette relative retenue pourrait s'expliquer par la volonté de Téhéran de se laisser des options ouvertes en vue d'une éventuelle escalade. Une autre explication possible serait que l'Iran tienne compte des informations récentes selon lesquelles Trump aurait déclaré en privé qu'il ne reprendrait pas les hostilités, sauf si Téhéran tue davantage de soldats américains.

Le retour des Houthis dans le conflit introduit une variable incertaine dans ces calculs. Le groupe a suscité la sympathie dans tout le Moyen-Orient pour ses attaques contre Israël, menées en représailles aux crimes de guerre présumés commis par Israël à Gaza. La conflit a été arrêté à la suite d'un cessez-le-feu conclu à Gaza en octobre 2025. Mais, alors que les forces israéliennes sont enlisées sur plusieurs fronts, les Houthis semblent désormais voir une nouvelle occasion de renforcer leur légitimité et de poursuivre leur objectif de longue date : affronter Israël.

Si les Houthis mettent à exécution leurs menaces de bloquer le trafic maritime israélien, l'administration Trump sera alors soumise à une pression considérable pour aider Israël à rouvrir cette voie navigable stratégique, voie d'acheminement cruciale pour l'exportation du pétrole des États arabes du golfe Persique en raison de la fermeture du détroit d'Ormuz. Cependant, même l'armée américaine s'est montrée incapable de contraindre les Houthis à se retirer, malgré tous les efforts déployés ces dernières années par les administrations Biden et Trump.

Il faudra du temps pour déterminer l'impact exact des menaces Houthis sur le transport maritime israélien. Les précédentes tentatives des Houthis de bloquer partiellement la mer Rouge avaient déjà contraint de nombreuses compagnies maritimes à contourner l'Afrique plutôt que de passer par le canal de Suez. Bien que les Houthis aient généralement affirmé ne viser que les navires israéliens, le groupe a utilisé une définition très vague de ces derniers, ce qui rend difficile pour les compagnies maritimes si elles ont le droit de passer le détroit ou non.

En même temps, l'Iran laisse entendre qu'il souhaite mettre un terme à la dernière vague d'escalade avec Israël, affirmant lundi dans un communiqué qu'il cessera ses attaques à condition que les forces israéliennes suspendent leurs frappes au Liban. Le message est clair : si Trump souhaite conclure un accord avec l'Iran, il devra d'abord freiner Israël.

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Connor Echols est rédacteur en chef de Responsible Statecraft. Il était auparavant rédacteur en chef de la newsletter NonZero.

Source :  Responsible Statecraft, Connor Echols, 08-06-2026

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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