02/07/2026 ssofidelis.substack.com  8min #318861

 Venezuela : deux séismes records ont frappé le pays, faisant au moins 32 morts et des centaines de blessés

Séismes au Venezuela, sanctions meurtrières et mensonges des médias

Par  Nate Bear, le 30 juin 2026

L'absence d'engins de chantier au Venezuela à la suite des séismes dévastateurs qui ont frappé le pays ce week-end, condamne des milliers de personnes à une mort lente et suffocante. Ces pertes humaines ne sont peut-être pas le fait d'un missile américain, mais elles sont bel et bien le résultat des agissements meurtriers du sadisme de l'empire.

Le manque de bulldozers, de pelles mécaniques et d'excavatrices est la conséquence directe de près de trois décennies de sanctions américaines extrêmement pesantes destinées à appauvrir, démoraliser, affaiblir et, à terme, détruire le pays au nom de la liberté. Certains pourraient voir dans cet argument un discours anti-impérialiste tentant de manière simpliste de rejeter la responsabilité d'une catastrophe naturelle sur les États-Unis.

Mais c'est tout simplement la réalité.

Les sanctions américaines contre le Venezuela interdisent aux Américains d'acheter, de vendre ou d'avoir le moindre contact avec le gouvernement vénézuélien, toute entreprise publique ou autre figurant sur la liste des sanctions ( actuellement 154 entités), ou tout individu figurant sur cette liste. Ce qui représente une part considérable de l'économie vénézuélienne. Et même si une entreprise n'est pas techniquement sanctionnée, elle l'est de facto, car les banques occidentales refusent de traiter les paiements liés au Venezuela.

Il en résulte une pénurie massive de toutes sortes de biens et d'équipements, y compris et surtout les engins de terrassement tels que les bulldozers et les pelles mécaniques, largement utilisés par les secteurs minier et pétrolier, fortement sanctionnés.

Pourtant, parmi tous les articles des médias mainstream auxquels j'ai eu accès, aucun n'a établi ce lien de manière claire et explicite. Les journalistes semblent s'être donné beaucoup de mal pour éluder ce contexte et rejeter toute responsabilité sur les autorités vénézuéliennes pour l'absence de machines indispensables au sauvetage.

 Un article du  Guardian du 26 juin affirme que

"des années de mauvaise gestion économique et de corruption ont empêché les autorités d'être préparées à une catastrophe de cette ampleur".

Aucune allusion aux sanctions, aucun contexte fourni pour expliquer pourquoi le pays est si mal préparé. Le Guardian exploite cyniquement une catastrophe naturelle qui a probablement fait 50 000 morts comme un prétexte de plus pour s'en prendre à un pays déjà à genoux.

 Un article d' ITV décrit des familles menant elles-mêmes des opérations de sauvetage parce qu'elles ont "cessé d'attendre l'aide du gouvernement". Un gouvernement, bien entendu, placé sous le contrôle des États-Unis depuis l'enlèvement de Nicolás Maduro en janvier. Mais les États-Unis ne sont pas mentionnés dans l'article, et encore moins tenus pour responsables de la situation.

Dimanche,  Reuters a déclaré que le Venezuela est "depuis longtemps enlisé dans une profonde crise politique et économique", mais omet de mentionner quelle nation a contribué à l'enfoncer dans cette crise, ni l'impact des sanctions. Pour tout journaliste qui se respecte et souhaite rendre compte fidèlement de la manière dont le Venezuela en est arrivé là, cela devrait constituer un péché capital.

 Associated Press a déclaré que les populations ont

"pris en main la recherche de leurs proches disparus, fouillant les décombres de leurs propres maisons, invoquant le manque de secouristes gouvernementaux".

Une fois encore, aucune mention des sanctions meurtrières conçues explicitement pour priver le pays des moyens dont il aurait besoin face à une catastrophe naturelle comme celle-ci.

Une interprétation généreuse pourrait considérer que ces journalistes sont simplement paresseux et mal informés. Mais une interprétation plus réaliste les voit non pas comme des arbitres neutres cherchant à présenter les faits dans leur intégralité, mais comme des lâches et des scribes aux ordres de l'empire, qui reproduisent instamment les discours impérialistes. Attribuer le manque d'équipement à la mauvaise gestion et à la corruption plutôt qu'aux sanctions américaines n'est que le résultat de leurs pratiques malhonnêtes.

Et comme la plupart des gens n'ont qu'une vague idée de l'ampleur des sanctions américaines, de leur mécanisme et du degré de strangulation économique qu'elles sont censées infliger à une économie cible, ce journalisme sélectif trouve un écho auprès d'un public déjà endoctriné et contribue à amplifier le discours impérialiste.

Aujourd'hui,  50 000 personnes sont portées disparues, dont beaucoup sont piégées sous les décombres des bâtiments effondrés, sans doute pour la plupart déjà mortes. Les communautés  réclament à grands cris du matériel lourd qui permettrait soit de secourir ceux qui sont encore en vie, soit au moins de récupérer les corps de leurs proches pour leur offrir des funérailles dignes. Une partie de l'équipement est en route, mais il sera trop tard pour sauver des vies.

L'Empire s'est une fois de plus rendu coupable d'un massacre, cette foisi à titre d'effet secondaire de sa perversion hégémonique.

La situation au Venezuela n'est pas uniquement imputable à Donald Trump. Elle implique tous les présidents américains, à commencer par Bill Clinton, qui a réagi à l'élection d'Hugo Chávez en 1998 par des sanctions dévastatrices pour punir le peuple d'avoir élu un socialiste qui a nationalisé l'industrie pétrolière, expulsé les compagnies pétrolières américaines et créé un État-providence grâce aux recettes ainsi générées. L'Empire a comme toujours dissimulé sa dépravation sous les atours de la liberté, et les médias libéraux se sont empressés de répandre les mensonges sur l'autoritarisme et la démocratie, bien que Chávez ait été élu démocratiquement à quatre reprises lors d'élections  jugées libres et équitables par les observateurs internationaux.

Et pourtant, bien que le Venezuela soit devenu un État fantoche soumis aux États-Unis, le régime Trump a refusé de lever les sanctions malgré cette catastrophe. Car l'empire ne cherche pas à sauver des vies, il ne s'intéresse qu'à la domination hémisphérique des Amériques. Une catastrophe naturelle aggravant encore la capacité du peuple à faire valoir son autorité et à exercer son autodétermination est en réalité une aubaine pour les impérialistes.

L'empire adore le chaos, et il apprécie particulièrement avoir recours aux sanctions pour le provoquer.

Les États-Unis, sous la gouvernance de Joe Biden, ont agi de la même manière en 2023, en refusant de lever les sanctions contre la Syrie après les tremblements de terre qui ont frappé ce pays et la Turquie, faisant des dizaines de milliers de morts dans les deux États.

Ce n'est là que la stratégie impérialiste à l'œuvre.

Les morts résultant des sanctions au Venezuela ne sont, malheureusement, pas un phénomène nouveau. Une étude de 2017 menée par l'économiste Jeffrey Sachs a révélé qu'en l'espace d'une seule année, les sanctions américaines ont causé la mort d'environ 40 000 Vénézuéliens en les privant de médicaments et d'équipements médicaux vitaux.

Mais ces chiffres ne représentent qu'une fraction du bilan global.

 Une étude récente publiée dans la revue médicale The Lancet a estimé que les sanctions américaines, soutenues par les pays de la sphère d'influence impérialiste occidentale, ont causé 38 millions de décès supplémentaires depuis 1970.

Le bilan annuel moyen des décès dus aux sanctions, selon l'année considérée, se situe entre 400 000 et un million. Actuellement, 54 pays, représentant deux milliards de personnes, sont soumis aux sanctions américaines.

Pourquoi ?

Parce que, comme le  décrivent les chercheurs Utsa et Prabhat Pratnaik, les pays du Sud non alignés sur les États-Unis et qui poursuivent une souveraineté économique et un développement industriel indépendant

"pourraient faire augmenter les prix à la production ou remettre en cause les monopoles industriels et technologiques du centre".

Pas moins d'un quart de l'humanité est asphyxié par l'empire capitaliste pour s'assurer qu'aucune contestation significative ne vienne entraver sa capacité à imposer une soumission et à exercer son contrôle.

Un système qui use de sa puissance économique et financière pour tuer jusqu'à un million de personnes chaque année afin de maintenir son hégémonie affiche une violence stupéfiante et devrait être largement considéré comme illégitime.

Ceux qui meurent ensevelis sous les décombres parce que l'empire les empêche de se procurer les engins qui pourraient les dégager ne sont pas moins morts que les victimes de violences directes.

Et que le récit de ce tremblement de terre ne raconte pas la violence des sanctions impériales, ni l'illégitimité de l'hégémonie occidentale, mais porte plutôt sur l'échec d'un gouvernement sous la botte de l'empire, constitue une preuve supplémentaire, s'il en fallait encore, de la complicité des médias dans la barbarie de cet empire.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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