Komla YAWO
Inondations en Afrique de l'Ouest, de la Côte d'Ivoire au Ghana, en passant par le Togo et le Bénin, les pluies diluviennes qui s'abattent depuis plusieurs semaines sur les pays du golfe de Guinée provoquent des dégâts humains et matériels considérables. Des dizaines de personnes ont perdu la vie, des milliers d'habitants ont été affectés et les autorités multiplient les opérations de secours. Au-delà de l'urgence, cette succession de catastrophes pose la question des causes de ces épisodes pluvieux extrêmes et de la vulnérabilité croissante des villes ouest-africaines.
Les inondations en Afrique de l'Ouest frappent simultanément plusieurs pays
La Côte d'Ivoire est, à ce jour, le pays le plus durement touché. Depuis le début de la saison des pluies, à la mi-mai, les autorités ivoiriennes font état de 59 décès, dont une grande partie enregistrée à Abidjan. Les pluies torrentielles tombées les 28 et 29 juin ont de nouveau submergé plusieurs quartiers de la capitale économique, provoquant d'importantes perturbations et de nombreux dégâts matériels.
Au Ghana, la situation est tout aussi préoccupante. À Accra, les fortes pluies du 30 juin ont entraîné des inondations qui ont fait au moins douze morts, selon les services de secours. Plus de 400 personnes ont été évacuées après que des routes et des habitations ont été englouties par les eaux. Les opérations de recherche se poursuivent alors que plusieurs personnes restent portées disparues.
Au Togo, les précipitations des 29 et 30 juin ont conduit le gouvernement à maintenir activé le plan ORSEC. Les inondations ont touché le Grand Lomé ainsi que plusieurs préfectures de la région Maritime, provoquant des perturbations de la circulation, des dégâts sur les infrastructures et plusieurs pertes en vies humaines. Les équipes de l'Agence nationale de la protection civile (ANPC), des sapeurs-pompiers et des forces de sécurité restent mobilisées pour assister les populations.
Au Bénin, Cotonou et la commune voisine d'Abomey-Calavi ont également subi d'importantes inondations. Plusieurs quartiers ont été envahis par les eaux, paralysant la circulation pendant de longues heures et mettant en évidence la vulnérabilité des infrastructures urbaines face aux fortes précipitations.
Pourquoi ces pluies sont-elles si intenses ?
Ces épisodes s'inscrivent dans la grande saison des pluies qui affecte chaque année les pays du golfe de Guinée, généralement entre avril et juillet. Durant cette période, la remontée de la Zone de convergence intertropicale (ZCIT) favorise la rencontre de masses d'air chaudes et humides provenant de l'océan Atlantique avec des masses d'air plus sèches venues du nord. Cette interaction crée des conditions propices à la formation d'orages violents et de précipitations abondantes.
Toutefois, plusieurs spécialistes estiment que le changement climatique accentue désormais ces phénomènes. L'augmentation de la température des océans favorise une évaporation plus importante, ce qui accroît la quantité d'humidité disponible dans l'atmosphère. Lorsque les conditions météorologiques sont réunies, cette humidité se traduit par des pluies plus intenses et plus concentrées sur de courtes périodes.
À ces facteurs climatiques s'ajoutent des causes humaines. L'urbanisation rapide des grandes villes ouest-africaines s'est souvent faite sans une planification adaptée. L'occupation des zones inondables, l'insuffisance des réseaux de drainage, l'obstruction des caniveaux par les déchets et la forte imperméabilisation des sols empêchent l'évacuation rapide des eaux de pluie, aggravant ainsi les inondations.
Une adaptation devenue indispensable
La répétition de ces catastrophes rappelle que les réponses d'urgence, bien qu'indispensables, ne suffisent plus. Plusieurs pays de la sous-région renforcent leurs dispositifs de protection civile, comme en témoigne l'activation du plan ORSEC au Togo ou les importantes opérations de secours conduites au Ghana et en Côte d'Ivoire.
Les experts appellent désormais à une approche plus globale, combinant investissements dans les infrastructures d'assainissement, amélioration des systèmes de drainage, contrôle de l'urbanisation, restauration des zones naturelles d'écoulement des eaux et renforcement des systèmes d'alerte précoce.
Les services météorologiques jouent également un rôle de plus en plus stratégique en diffusant des prévisions plus précises afin de permettre aux autorités et aux populations de mieux anticiper les risques.
Au-delà des chiffres, les inondations qui frappent actuellement le golfe de Guinée rappellent que les effets du changement climatique se manifestent déjà de manière concrète en Afrique de l'Ouest. Face à des épisodes pluvieux de plus en plus fréquents et intenses, la résilience des villes est appelée à devenir l'un des principaux défis de développement de la région dans les années à venir.
