03/07/2026 linvestigateurafricain.tg  4min #319000

Coopération militaire entre le Nigeria, le Bénin et le Niger : une riposte régionale face à l'expansion djihadiste

Komla YAWO

L'annonce par le ministre nigérian de la Défense d'un renforcement de la coopération militaire avec le Bénin et le Niger traduit une évolution majeure de la stratégie sécuritaire d'Abuja. Longtemps concentrée dans le nord-est du pays, la menace djihadiste s'étend désormais vers le nord-ouest, sous l'effet de l'infiltration de groupes armés opérant depuis le Sahel. Face à cette nouvelle réalité, le Nigeria estime qu'une réponse nationale ne suffit plus et qu'une action coordonnée avec ses voisins devient indispensable.

Une menace sécuritaire de plus en plus régionale

Depuis plusieurs années, les groupes djihadistes exploitent la porosité des frontières entre les  États d'Afrique de l'Ouest pour étendre leur zone d'influence. Aux côtés de Boko Haram et de la Province de l'État islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP), le  Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, multiplie ses incursions depuis le Burkina Faso en direction des pays côtiers. Selon les autorités nigérianes, ces combattants chercheraient notamment à emprunter le territoire béninois pour atteindre le nord-ouest du Nigeria, une région déjà fragilisée par le banditisme armé et les enlèvements.

Le Bénin, autrefois relativement épargné, est désormais confronté à des attaques répétées dans ses départements septentrionaux. Cette évolution fait de sa frontière avec le Nigeria un enjeu stratégique. En renforçant leur coopération, Abuja, Cotonou et Niamey espèrent empêcher les groupes armés de profiter des espaces frontaliers pour circuler librement et établir de nouvelles bases.

Une coopération qui pourrait améliorer la lutte contre les groupes armés

Le projet de coopération annoncé repose avant tout sur une meilleure coordination entre les forces de défense des trois pays. Le partage du renseignement devrait permettre d'identifier plus rapidement les mouvements des groupes djihadistes, leurs itinéraires et leurs réseaux logistiques. Cette circulation de l'information pourrait faciliter des interventions plus ciblées et plus efficaces.

La collaboration devrait également se traduire par des patrouilles conjointes et des opérations coordonnées dans les zones frontalières. Une telle approche limiterait les possibilités pour les combattants de franchir une frontière afin d'échapper aux forces de sécurité. Le nouveau secteur militaire évoqué par les autorités nigérianes pourrait ainsi offrir davantage de flexibilité aux armées pour surveiller les zones sensibles et intervenir rapidement en cas de menace.

Par ailleurs, malgré les divergences politiques entre le Nigeria et certains pays de l'Alliance des États du Sahel, notamment le Niger, les responsables militaires semblent privilégier une coopération pragmatique. La lutte contre le terrorisme apparaît comme un intérêt commun qui dépasse les tensions diplomatiques, les groupes djihadistes représentant une menace pour l'ensemble de la sous-région.

Une initiative prometteuse, mais qui ne suffira pas à elle seule

Si cette coopération constitue une avancée importante, elle ne garantit pas pour autant une réduction rapide des attaques. Les groupes djihadistes ont démontré leur capacité d'adaptation en modifiant constamment leurs itinéraires et leurs modes opératoires. L'immensité des frontières, le manque de moyens de surveillance et les difficultés logistiques auxquelles sont confrontées les armées de la région continueront de représenter des défis majeurs.

Au-delà de l'action militaire, la stabilité durable des régions concernées dépendra également de la capacité des États à répondre aux causes profondes de l'insécurité. La pauvreté, le chômage des jeunes, les tensions communautaires et la faible présence de l'État dans certaines zones rurales favorisent le recrutement des groupes extrémistes. Sans politiques de développement, de gouvernance et de renforcement des services publics, les succès militaires risquent de rester temporaires.

Le renforcement de la coopération entre le Nigeria, le Bénin et le Niger constitue néanmoins un signal fort. Il montre que, face à une menace transfrontalière de plus en plus complexe, les États de la région prennent conscience que la sécurité ne peut plus être pensée à l'échelle nationale. Si elle est accompagnée d'une véritable volonté politique, de moyens suffisants et d'une approche globale associant sécurité et développement, cette collaboration pourrait contribuer à contenir l'expansion des groupes djihadistes et à renforcer la stabilité en Afrique de l'Ouest.

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