04/07/2026 ssofidelis.substack.com  7min #319060

Quand les monstres s'affichent en victimes

Danny Danon, représentant permanent d'Israël auprès de l'ONU, prend la parole lors d'une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies au siège de l'ONU à New York, aux États-Unis, le 28 février 2026. Crédit photo © Heather Khalifa

Par  Ramzy Baroud, le 3 juillet 2026

La guerre tordue de Danny Danon contre la vérité.

La question de savoir si les Israéliens comprendront un jour les dommages irréparables infligés à la réputation de leur pays par leur ambassadeur auprès de l'ONU, Danny Danon, est sans objet. Les conséquences néfastes qu'Israël s'est infligées à lui-même par ses pratiques barbares en Palestine occupée sont tout simplement impossibles à surmonter.

Danon, cependant, utilise une approche singulière pour défendre Israël au sein des institutions internationales : il recourt à l'intimidation, à la menace et à des tentatives manifestes de réduire au silence quiconque ose remettre en cause le discours officiel israélien - en particulier les femmes politiques. Pourtant, le plus scandaleux dans son comportement tient au recours à ces tactiques agressives pour faire taire une question qui exige la plus grande écoute : le recours systématique à la violence sexuelle et aux violations des droits de l'homme des Palestiniens.

La  confrontation a eu lieu lors d'une session de l'Assemblée générale des Nations unies organisée à l'occasion de la Journée internationale pour éliminer la violence sexuelle dans les conflits. De hauts responsables de l'ONU ont présenté des  conclusions poignantes documentant les violences sexuelles commises sur des détenus palestiniens.

Fidèle à lui-même, Danon a refusé d'aborder le fond de ces rapports. Pour la diplomatie israélienne, l'ennemi n'est jamais uniquement l'adversaire armé ; c'est le juge, l'observateur indépendant des droits de l'homme et l'enquêteur de l'ONU dont le seul mandat est de documenter les violations du droit international.

La  cible immédiate de la colère de Danon a été Pramila Patten, la représentante spéciale du secrétaire général de l'ONU chargée de la question des violences sexuelles dans les conflits. Au lieu de s'interroger sur ces sombres conclusions, Danon a exigé la démission de Mme Patten. Il l'a accusée, ainsi que la communauté internationale dans son ensemble, de nourrir une "obsession" à s'en prendre à Israël.

Lorsque Vanessa Frazier, la Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés,  a tenté d'intervenir sur une motion pour rappel au règlement conformément au protocole établi, Danon s'est lancé dans une attaque verbale virulente. Refusant de céder, il a crié plus fort qu'elle, lui ordonnant de "se taire" et couvrant les voix de l'assemblée de ses éclats. "Honte à vous. Vous êtes partie prenante dans cette obsession", a hurlé Danon.

Alors qu'un tel comportement indécent aurait dû entraîner l'expulsion immédiate de Danon de la salle, l'asymétrie diplomatique propre à l'ONU a prévalu. C'est Mme Frazier qui s'est retrouvée à tenter d'apaiser les tensions, précisant poliment que sa demande de rappel au règlement n'était "pas une attaque personnelle". Danon a répliqué avec son arrogance coutumière : "Vous n'êtes pas autorisée à nous intimider".

C'est là que réside l'ironie suprême des relations diplomatiques d'Israël avec l'ONU et le droit international. Israël figure parmi les violateurs les plus flagrants et les plus récidivistes du droit international de l'histoire moderne - un schéma de comportement qui perdure depuis des décennies et reste impuni grâce aux vetos occidentaux, ce qui l'a finalement encouragé à poursuivre son  génocide continu à Gaza. Pourtant, les responsables israéliens revendiquent obstinément le rôle de victime suprême, alléguant qu'ils sont la cible d'antisémitisme, de préjugés abusifs et, désormais, d'"intimidation" de la part des institutions mêmes qu'ils bafouent.

Mais on ne peut ignorer une montagne de preuves. Selon un  rapport exhaustif publié par le bureau de Mme Patten, des abus systémiques, des humiliations sexuelles et des tortures psychologiques sont systématiquement infligés aux hommes, femmes et enfants palestiniens dans les camps de détention israéliens tels que Sde Teiman.

Le caractère accablant de ces preuves a atteint un seuil si indéniable que le bureau du secrétaire général de l'ONU a officiellement  ajouté Israël à la "liste de la honte" mondiale - la liste noire des États commettant de graves violations contre les enfants dans les conflits armés.

Aucune de ces révélations ne suffit à convaincre Danon ni l'establishment politique israélien dans son ensemble qu'Israël ne dispose pas du droit souverain de violer le droit international. À leurs yeux, le simple fait de signaler ces crimes constitue un acte d'agression.

Ce déni systémique s'étend à tous les aspects du conflit. Une enquête approfondie de l'ONU a récemment conclu qu'Israël a délibérément pris pour cible des enfants palestiniens à Gaza, une composante centrale de sa campagne militaire. Les  chiffres sont stupéfiants : entre le 7 octobre 2023 et le 7 octobre 2025, on estime à 20 179 le nombre d'enfants palestiniens tués, soit environ 30 % de l'ensemble des décès palestiniens.

"Les preuves montrent que des enfants palestiniens ont été délibérément pris pour cible et tués par les forces de sécurité israéliennes",

 a déclaré le président de la commission, Srinivasan Muralidhar, soulignant que les autorités israéliennes ont continué à perpétrer systématiquement le crime de génocide.

Si ces conclusions apportent un nouvel ensemble de preuves juridiques irréfutables concernant l'intention génocidaire, la véritable portée du rapport réside dans la mise en lumière de la logique qui sous-tend le ciblage des enfants. En règle générale, le massacre disproportionné d'enfants et de femmes est qualifié par les apologistes occidentaux de "dommages collatéraux". L'enquête de l'ONU a démoli cette défense, en présentant une conclusion bien plus lourde de conséquences : prendre pour cible les enfants de Gaza s'inscrit dans une stratégie délibérée visant à détruire la continuité biologique et l'existence future du peuple palestinien à Gaza.

Comme Muralidhar l'a  résumé sans détour :

"En prenant pour cible les enfants, Israël s'attaque à la capacité même d'existence du peuple palestinien".

Il reste profondément décevant que la Cour pénale internationale et la Cour internationale de justice - souvent promptes à inculper les auteurs de crimes de guerre commis ailleurs - continuent d'avancer à un rythme d'escargot s'agissant d'Israël. Tragiquement, la catastrophe se poursuit sans relâche, car aucun mécanisme international significatif n'est encore disposé à imposer des sanctions ou à exercer une véritable pression pour y mettre un terme.

C'est précisément pour cette raison que Danny Danon veut que le monde se taise. Ses diatribes ne visent pas seulement les diplomates de l'ONU. Elles s'adressent à la société civile mondiale, aux citoyens ordinaires et à quiconque refuse de regarder ailleurs. Israël exige un silence absolu tandis que les Palestiniens sont affamés, violés et assassinés. Selon sa logique tordue, commettre ces atrocités est un droit inaliénable, et s'y opposer relèverait de la malveillance.

Si cette logique prévaut, elle deviendra le modèle à suivre pour tout futur agresseur souhaitant assassiner, violer et affamer une population à des fins géopolitiques. Palestiniens et Libanais sont déjà contraints de vivre dans cette réalité dystopique. Notre responsabilité collective est claire : nous devons refuser de nous taire. Nous devons nous exprimer haut et clair, en veillant à ce que nos voix couvrent les hurlements de Danon et de ses pairs, pour que le meurtre et la violence systémique ne soient jamais normalisés en tant qu'outils de nécessité militaire.

Traduit par  Spirit of Free Speech

 ssofidelis.substack.com