04/07/2026 arretsurinfo.ch  8min #319091

La cause palestinienne face à la terminologie de la solidarité juive (détournement de sens)

Par Gilad Atzmon

(Comme je l'ai expliqué il y a 10 ans. Bien avant le génocide de Gaza - Gilad Atzmon)

Le droit au retour est au cœur de la cause palestinienne. Il place la Nakba de 1948 et la souffrance des réfugiés au premier plan, il replace Gaza dans son contexte historique et met en lumière les injustices flagrantes perpétuées et entretenues par la politique israélienne depuis 1948. Il met clairement en évidence la nature raciste de l'État juif et de ses lois sur l'immigration. Le droit au retour offre une ligne d'action claire qui unit les Palestiniens de la région et ceux de l'exil, mais il suscite la peur chez les Israéliens, les sionistes et les juifs antisionistes.

Pendant des décennies, la solidarité juive s'est montrée d'une efficacité choquante pour étouffer l'appel au droit au retour. Celui-ci a été progressivement dilué, puis finalement noyé sous un tsunami de terminologie trompeuse, conçue pour séduire les sympathisants juifs au détriment des Palestiniens et de leurs droits fondamentaux.

Examinons quelques-uns des termes actuellement utilisés par le mouvement de solidarité.

La fin de l'occupation

L'appel à la "fin de l'occupation" a été le premier signe que quelque chose avait terriblement mal tourné. À première vue, cet appel semble humaniste et pacifique, politiquement pragmatique, voire populiste. La réalité est tout à fait contraire. La "fin de l'occupation" est une légitimation d'Israël par des moyens détournés : elle confirme que l'État juif à l'intérieur des frontières de la "ligne verte" d'avant 1967 est une entité politique valide et légitime

La "fin de l'occupation" constitue une légitimation détournée d'Israël : elle confirme que l'État juif, à l'intérieur des frontières de la "ligne verte" d'avant 1967, est une entité politique valide et légitime. La "fin de l'occupation" limite le débat sur la solidarité à la Cisjordanie ; cela revient ni plus ni moins à cracher au visage des 8 000 000 de réfugiés palestiniens et à nier purement et simplement leur droit au retour.

Colonialisme

Un autre terme extrêmement trompeur propagé par les militants progressistes juifs de la solidarité est celui de "colonialisme". Ce terme véhicule l'image erronée selon laquelle le nationalisme juif serait aussi néfaste que le colonialisme britannique ou néerlandais, mais pas pire. Une telle vision délirante du projet sioniste peut également laisser entrevoir vaguement la perspective d'une future "résolution" dans une sorte de phase "postcoloniale".

Mais le sionisme n'est pas du colonialisme et ne l'a jamais été. Le sionisme est un mouvement sans précédent dans l'histoire. Pouvez-vous citer un autre moment de l'histoire où un peuple serait "revenu" dans une "patrie" imaginaire après 2 000 ans et aurait demandé à la population autochtone de partir pour faire de la place aux anciens "résidents" ? Le colonialisme implique un échange matériel et spirituel entre un "État-mère" et un "État colonisateur". L'État juif est un État de colons, mais il n'existe aucun État-mère du sionisme ou d'Israël. Lorsque d'éminents militants de solidarité qualifient le sionisme de "colonialisme", soit ils induisent délibérément en erreur, soit ils font simplement preuve d'une forme d'ignorance singulière que l'on n'attendrait pas de la part de militants éduqués et très motivés.

On pourrait suggérer que, bien que le sionisme ne soit pas un appareil colonial, les relations entre Israël et ses colonies de Cisjordanie établissent une correspondance quasi coloniale entre une "mère" et une "affaire de colons". Faux : les colonies juives n'ont pas formé un nouvel État en Cisjordanie. Ce à quoi nous assistons, c'est plutôt une expansion territoriale motivée par l'idéologie, une forme de philosophie et de pratique du Lebensraum judéo-centrique.

Colonialisme de peuplement

Ces dernières années, un nouveau terme a fait son apparition au sein des rangs de la solidarité avec la cause palestinienne, à savoir le "colonialisme de peuplement". La critique du paradigme colonial a touché certains des soi-disant militants antisionistes progressistes. Ceux-ci ont été contraints de revoir leur discours théorique. Leurs efforts ont donné naissance à un nouveau concept théorique ad hoc, déformé et dysfonctionnel. Mais le terme de "colonialisme de peuplement" n'apporte aucun éclairage. Il semble s'agir d'une tentative désespérée de dissimuler davantage la vérité sur le projet national juif.

Le colonialisme de peuplement postule une situation dans laquelle la superpuissance "A" facilite l'installation du groupe ethnique "B" sur le territoire "C". Cette action peut entraîner de graves conséquences pour la population autochtone "D". Mais cette explication pose problème. Le scénario A-B-C-D n'a rien de commun avec le sionisme, Israël ou l'aventure nationale juive. Ce sont les sionistes (B) qui ont persuadé la Grande-Bretagne, alors superpuissance (A), qu'un foyer national juif en Palestine (C) était la voie à suivre. En bref, au lieu de la chaîne d'événements A-B-C-D qui caractérise le "colonialisme de peuplement", lorsqu'il s'agit du sionisme, on observe une chronologie B-A-C-D. C'est le groupe ethnique "B" qui pousse la superpuissance "A" à agir en sa faveur. Plus important encore, aucune interprétation du colonialisme, pas même celle du colonialisme de peuplement, n'apporte de soutien à la cause palestinienne ni ne nous aide à mieux comprendre ce qu'on appelle le "conflit".

L'apartheid

Un autre concept inapproprié attribué à l'État juif, dans une tentative évidente de détourner l'attention de la réalité génocidaire unique qui prévaut sur le terrain, est celui d'"apartheid". Ce terme suggère qu'Israël n'est "que" aussi mauvais que l'Afrique du Sud ou le sud des États-Unis. La vérité est pire. L'apartheid est un système raciste d'exploitation, mais Israël ne cherche pas à exploiter les Palestiniens : il veut qu'ils "disparaissent" et agit en conséquence, comme en témoigne notamment le génocide de Gaza. Du moins d'un point de vue idéologique, Israël est un État génocidaire, expansionniste et fondé sur la haine raciale, sans pareil.

Malheureusement, cet exclusivisme meurtrier s'inscrit dans la droite ligne de la philosophie sioniste et de certaines interprétations radicales, mais néanmoins populaires, de l'appel juif. Les soi-disant "Juifs du mouvement" sont mal à l'aise face à une description réaliste de la politique israélienne. Ils préfèrent de loin que l'on classe Israël parmi d'autres régimes ignobles s'inscrivant dans un schéma historique reconnu, tel que le colonialisme, l'apartheid, etc.

BDS

Lorsque l'appel au boycott, au désinvestissement et aux sanctions contre les produits israéliens a été lancé en 2005 à Ramallah, sa première revendication était qu'Israël :

"Mettre fin à son occupation et à sa colonisation de tous les territoires arabes et démanteler le mur"

Cet appel ne laissait aucune place à l'interprétation. En 2005, le mouvement BDS contestait la légitimité de l'État juif.

Mais en 2010, son objectif principal a été considérablement modifié ; il est désormais libellé comme suit :

"Mettre fin à son occupation et à sa colonisation de tous les territoires arabes occupés en juin 1967 et démanteler le mur"

Il n'existe aucune trace publique du processus ayant conduit à ces changements. Et comme pour prouver son caractère trompeur, cette modification n'apparaît qu'en anglais et n'a jamais été intégrée dans aucune des publications officielles du BDS en arabe.

Il est probable que la plupart des Palestiniens n'aient pas eu connaissance du changement opéré en leur nom par des personnes qui se prétendent leurs représentants "de base". Mon étude suggère que la modification de la déclaration d'objectifs du BDS, qui légitime de facto l'État juif, a eu lieu au moment où le BDS a gagné en popularité parmi les militants juifs et a accepté des fonds provenant de l'Open Society Institute de George Soros, un sioniste libéral. Vous pouvez en savoir plus sur le BDS et sur le financement de la campagne BDS par Soros dans l'ouvrage "Israel Palestine and the Queer International" de la militante juive Sarah Shulman.

Il est accablant de constater que même l'appel au BDS soit devenu un instrument visant à légitimer l'État juif à l'intérieur de ses frontières d'avant 1967.

Un "animal de compagnie de la solidarité" juif

La conclusion logique de cette analyse est assez accablante. Deux décennies d'hégémonie de la gauche juive au sein du mouvement pro-palestinien ont réduit les Palestiniens et leur sort à un simple "animal de compagnie de la solidarité". Les Palestiniens ont joué un rôle déterminant dans un spectacle politique interne juif qui n'a mené nulle part. La cause palestinienne et le droit au retour ont été édulcorés et remplacés par une terminologie destinée à faire dérailler le mouvement de solidarité, ce qui a remarquablement bien réussi.

Même s'il n'est pas surprenant que les personnes qui s'identifient politiquement et avant tout comme juives (JVP, IJAN, JFJFP, J-big, Mondoweiss, etc.) se préoccupent également en priorité des intérêts juifs, il est légitime de se demander comment ces intérêts juifs ont réussi à dominer le mouvement de solidarité envers un autre peuple. Comment est-il possible que le mouvement de solidarité avec la Palestine ait été dominé par des préoccupations liées aux sensibilités juives, au détriment quasi total de la cause palestinienne ? Comment est-il possible que ce soient des voix juives qui dominent la lutte contre l'État juif ? Nelson Mandela aurait-il laissé une poignée d'Afrikaners repentis mener la lutte anti-apartheid en son nom ? Malcolm X aurait-il laissé d'anciens militants du KKK dominer la terminologie de sa campagne  ? Comment se fait-il que, pour les Palestiniens, leur discours de solidarité soit à l'écoute de la voix de l'oppresseur plutôt que de celle de la victime ?

Je crois que le fait de pouvoir formuler ces questions, ou même d'avoir lu cet article jusqu'à cette toute dernière phrase, suggère peut-être qu'au fond de votre cœur, vous connaissez la réponse.

Par  Gilad Atzmon

Page Facebook, 3 juillet 2026

Gilad Atzmon

En savoir davantage:  "La relation entre Israël et l'action des lobbies en Occident est unique dans l'histoire"

 arretsurinfo.ch