09/07/2026 ssofidelis.substack.com  10min #319526

Comment The Guardian vend l'impérialisme aux progressistes

Par  Nate Bear, le 8 juillet 2026

Ce matin, The Guardian a publié un article sur les tentatives incessantes d'Israël d'annexer illégalement la Cisjordanie.

Comment interpréter ce titre ?

"Les Palestiniens se préparent à faire face alors que des colons israéliens de la coalition cherchent à renforcer leurs acquis en Cisjordanie avant les élections".

Tout d'abord, la mention des "chiffres relatifs aux colons" n'est qu'une manière 'subtile' de détourner la responsabilité de l'organisation politique en Israël et d'évoquer des civils déchaînés, alors que de nombreux ministres chargés de la politique israélienne, dont Ben Gvir et Smotrich, sont eux-mêmes des colons ! (Et bien sûr, le titre vous invite à accepter le postulat sous-jacent selon lequel tous les Israéliens ne seraient pas des colons.)

Cette présentation cherche à donner l'impression qu'il s'agit de quelques brebis galeuses extrémistes au sein d'un gouvernement légitime, d'une "coalition" qui plus est - une insinuation délibérée pour suggérer une situation politique chaotique où existerait un clivage entre extrémistes et non-extrémistes. Un clivage qui, en réalité, n'existe pas. Car "les colons" et le gouvernement israélien ne sont aucunement dissociés. Ils ne font qu'un.

Et qu'en est-il de "confirmer leurs acquis" ? Les "acquis" auxquels le titre fait référence sont l'expansion illégale  des colonies de Cisjordanie, une expansion rendue possible grâce à la mise en place par l'ensemble du gouvernement israélien  du cadre juridique permettant de la mener à bien, avec le soutien de l'armée. Ces "acquis" constituent l'annexion de facto du territoire de Cisjordanie, une politique expansionniste illégale tant au regard du droit international que de l'accord de partition de l'ONU de 1948.

Si The Guardian faisait preuve d'un tant soit peu d'intégrité et n'était pas simplement le porte-parole complaisant d'un empire se parant du masque progressiste, l'article s'intitulerait : "Israël poursuit l'annexion illégale de la Cisjordanie". Ce serait certainement le cas s'il s'agissait de la Russie, autre indice révélateur de l'intention sous-jacente. Pouvez-vous imaginer le Guardian adopter un ton aussi complaisant au sujet de l'Ukraine ?

"Des responsables du gouvernement russe cherchent à confirmer leurs acquis en Crimée".

Bien sûr que non !

Pourquoi y a-t-il une telle différence d'approche entre le traitement accordé aux agissements d'Israël et celui réservé à la Russie ? Parce qu'Israël est un avant-poste clé de l'empire colonial, essentiel à l'hégémonie occidentale tandis que la Russie est l'ennemi désigné.

Les actions de la Russie sont systématiquement présumées mauvaises et répréhensibles.

Celles d'Israël s'inscrivent dans un contexte et sont donc nuancées.

Cette différence s'explique aussi par les convictions sionistes de la plupart des journalistes occidentaux. Autrement dit, ils estiment qu'Israël, contrairement à la Russie, est un État légitime et doit continuer d'exister sous sa forme actuelle (qu'il soit ou non voisin d'un État palestinien). C'est pourquoi ils emploient un langage qui veille à présenter Israël comme un pays influencé par de mauvais éléments, mais pas comme un État intrinsèquement malfaisant et illégitime. Car les États illégitimes ne sont pas en droit d'exister et doivent être démantelés. Mais exiger le démantèlement d'Israël en tant qu'État illégitime relèverait de l'antisémitisme. Et les bons libéraux, eux, ne sont évidemment pas antisémites !

Beaucoup au Guardian croient sans doute aussi à la légendaire et défunte "solution à deux États", sans comprendre que réclamer deux États plutôt qu'un seul est l'astuce diplomatique et rhétorique qui, depuis 1948, sous-tend l'apartheid israélien, les meurtres de masse, le génocide et les crimes de guerre.

The Guardian est bien plus insidieux que Fox News ou le Daily Mail, car il emploie un langage plus sophistiqué et nuancé pour exactement le même objectif que la presse de droite. The Guardian raconte l'histoire des bons et des méchants, mais recourt à un vernis progressiste pour titiller nos zones cérébrales sensibles au discours libéral et ainsi renforcer exactement les mêmes récits impérialistes que la droite. The Guardian est plus insidieux que les médias de droite, car il amène instinctivement des gens honnêtes sensibles à la justice à adhérer à des visions du monde injustes favorables à l'empire.

C'est, comme par le passé, particulièrement évident dans sa couverture de l'Iran qui a atteint son paroxysme pendant l'attaque américano-israélienne.

La ligne éditoriale du Guardian consiste essentiellement à soutenir que les États-Unis n'auraient pas dû attaquer l'Iran, mais que l'Iran n'est pas un pays recommandable en raison de son "régime" religieux, de la prétendue répression des manifestations et des restrictions d'accès à internet. Ainsi, même si l'on peut être en désaccord avec Trump, soutenir l'Iran reste problématique, car ce pays le serait tout autant.

Quelle conclusion en tirer ? Cette situation nous fait délibérément dériver dans un océan de confusion idéologique. Elle nous empêche de saisir la justification, la logique et le droit protégé par le droit international à la résistance face à l'agression. Elle nous empêche de comprendre d'autres cultures, d'autres systèmes de gouvernance. Elle nous pousse délibérément à nous méprendre sur les caractéristiques fondamentales du monde impérialiste.

Dans ses articles sur l'Iran, The Guardian ne fait aucun effort pour expliquer que le gouvernement (que l'on désigne toujours par le  terme  "régime", utilisé de manière sélective et délégitimante) bénéficie en réalité d'un  énorme soutien populaire. L'assassinat de dirigeants iraniens n'a pas suscité la moindre indignation, et personne n'a tenté d'expliquer à quel point le massacre ciblé de responsables gouvernementaux constitue une violation flagrante du droit et des normes internationales. Il y a eu tromperie sur le soit-disant "black-out" d'internet, avec des articles le présentant comme une mesure autoritaire destinée à empêcher les Iraniens de communiquer avec le monde extérieur, alors qu'en réalité tous les sites web locaux étaient toujours accessibles, et que le blocage n'a été appliqué qu'aux sites hébergés en Occident, car l'Iran est en guerre contre deux puissances nucléaires et craignait des cyberattaques via des sites connus pour collaborer avec les autorités américaines. Quoi qu'il en soit, de simples VPN permettaient toujours d'accéder aux sites internationaux.

Plutôt que de véritables tentatives d'informer les lecteurs sur la situation en Iran, on note une banalisation des crimes impérialistes, combinée à des tentatives constantes de saper la gouvernance et la résistance iraniennes, autant d'éléments constituant une justification à peine voilée des initiatives ciblant le changement de "régime", avec quelques articles anti-Trump de rigueur axés sur son langage et ses menaces.

Dans les semaines qui ont précédé l'attaque, des initiatives ont même convaincu les progressistes à l'aide d'histoires absurdes sur le danger que représenteraient pour l'environnement les vieux pétroliers iraniens. Une propagande en faveur d'un changement de "régime" déguisée en protection de l'environnement.

Aucun article n'a été publié après les attaques sur les dégâts environnementaux causés par le bombardement des installations pétrolières iraniennes qui  ont littéralement mis le feu aux rues de Téhéran. (on notera également le recours à l'expression "flotte fantôme", un terme vide de sens qui fait désormais partie intégrante du discours impérialiste. Il sous-entend une illégalité, mais signifie seulement qu'un pays a été sanctionné par les États-Unis et continue d'exploiter des navires en "violation" de sanctions qui n'ont aucune valeur en droit international).

Et deux semaines avant le début des attaques américano-israéliennes, The Guardian a publié un article sur les  enfants des dirigeants iraniens qui étudient en Occident, présentant cela comme un symbole de l'hypocrisie du pouvoir. La réalité ?  Plus de 110 000 jeunes Iraniens étudient actuellement en Occident !

The Guardian a également menti constamment sur le  nombre de manifestants iraniens tués lors des émeutes de décembre, et n'a pas une seule fois informé ses lecteurs que des responsables américains et israéliens se sont vantés d'avoir orchestré ces violences, ce que même  les médias juifs ont reconnu et rapporté.

The Guardian n'est qu'un torchon impérialiste se faisant passer pour un organe d'opinion respectable destiné aux progressistes, mais qui  diffuse une propagande subtile destinée à maintenir la domination occidentale et à cautionner la violence impérialiste.

Parfois, les masques tombent, comme lorsque Israël et les États-Unis ont bombardé l'Iran en juin 2025 et que leur correspondant chargé de la "sécurité internationale", Jason Burke, un sioniste enragé, a rédigé un article enthousiaste sur les perspectives d'un changement de "régime". J'ai publié un tweet à ce sujet à l'époque. Il est devenu viral, et son intitulé a rapidement été modifié. (Vous ne le trouverez plus aujourd'hui, mais j'en ai fait une capture d'écran).

Mais c'est bien là que réside leur véritable objectif.

C'est cet objectif qui consiste à qualifier une annexion illégale d'"acquis", ou les invasions illégales d'Israël d'"expansion du territoire".

On retrouve les mêmes tendances dans la couverture de Cuba, avec des  références constantes au "régime cubain", sous-entendant toujours qu'une démocratie libérale est plus légitime qu'un État révolutionnaire ou toute autre configuration politique, quels que soient ses choix. Une démocratie libérale qui commet un génocide et des crimes de guerre serait intrinsèquement meilleure qu'un État révolutionnaire doté d'un système de santé universel qui ne massacre pas de civils en masse : telle est la logique tordue des empires.

 Cet article du  Guardian theguardian.com, tout en rendant compte de manière critique des menaces de Trump contre Cuba, affirme que même si les États-Unis procédaient à l'enlèvement de Díaz-Canel à la manière de Maduro, cela "maintiendrait en place un 'régime' communiste répressif". Pour The Guardian, la seule ombre au tableau après une nouvelle violation flagrante du droit international est que les États-Unis ne réussiront probablement pas à renverser les dirigeants locaux. Parce qu'ils ne peuvent tout simplement pas s'en empêcher. Vous pouvez être certains que lorsque les États-Unis finiront par envahir le pays, The Guardian publiera un long article célébrant la fin du "régime", truffé de citations d'"Américains d'origine cubaine" vivant à Miami qui n'ont jamais mis les pieds sur l'île.

Suis-je trop dur ? Sûrement pas.

Bien sûr, il arrive parfois que The Guardian publie des articles décents sur les crimes de guerre, Israël et l'impérialisme américain, mais c'est là précisément le problème. Vous pourrez lire un jour des articles sur les atrocités commises par Israël, mais celles-ci ne seront jamais replacées dans le contexte d'un État d'apartheid illégitime. Ils s'arrêteront toujours avant d'aborder quoi que ce soit qui ressemble de trop près à la vérité, et la plupart du temps, ils sont complices de la propagande impérialiste. Ils nous diront à quel point Trump est horrible, mais le présenteront comme une exception plutôt que comme le prolongement de 250 ans de violence américaine. Ils condamneront mollement la violence américaine tout en délégitimant la cible de ces violences. Ils rendent compte du génocide, mais cessent d'en parler dès que le rythme des massacres décline.

Cela étant, je ne cesserai pas de lire The Guardian, car il est essentiel de repérer comment les médias libéraux vendent la propagande impériale à un public progressiste avant de pouvoir démanteler les récits de l'empire.

Et si vous aussi le lisez, je ne vous suggère pas non plus d'arrêter.

Mais lisez-le d'un œil critique, repérez les messages impériaux, et ne vous fiez jamais au Guardian pour forger votre vision du monde.

Traduit par  Spirit of Free Speech

 ssofidelis.substack.com