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Vers la paix à petits pas

[...] Ils poussent la logique des accords jusqu'à son paroxysme : chaque adversaire devient un partenaire, chaque conflit se transforme en accord, chaque économie fermée devient un marché ouvert aux investissements. − Patrick Wood

Par James Howard Kunstler - Le 22 juin 2026 - Source  Clusterfuck Nation

Ces cris que vous entendez, c'est l'Iran qu'on arrache de force, alors qu'il se débat et hurle, à son délire djihadiste pour le plonger dans quelque chose qui pourrait ressembler à des relations ancrées dans la réalité avec le reste du monde. Ils doivent clamer haut et fort que cela n'arrive pas, alors même que cela se produit, pour manipuler leur propre population, qui commence peut-être à en avoir un peu marre de la chute libre économique - et probablement marre du régime du CGRI lui-même. Et, bien sûr, ils savent que la moitié la plus à gauche des États-Unis espère que toute cette affaire échoue afin de pouvoir remettre la main sur les leviers du pouvoir et éviter ainsi la prison.

La situation est bel et bien dans un état lamentable. Le point d'achoppement du moment, c'est le Liban. Tout le monde fait pression sur Israël pour qu'il cesse de combattre le Hezbollah. D'accord, mais le Hezbollah n'a-t-il pas lui aussi l'obligation de mettre fin à ses provocations ? Et l'Iran, qui contrôle le Hezbollah, n'a-t-il pas la responsabilité de le faire cesser ?

Remarquez bien qu'aucun de ces commentateurs n'en parle. C'est parce que pousser le Hezbollah à titiller Israël avec un bâton pointu est le stratagème préféré de l'Iran pour faire traîner les négociations, ce qui, espèrent-ils apparemment, fera craindre au président américain les élections de mi-mandat qui approchent. Mais le temps leur manque pour continuer à gagner du temps. En réalité, ils font semblant - ils font semblant de mener la grande vie et d'être aux commandes. Ils n'ont rien d'autre, en vérité. Ils ont conduit leur pays dans le fossé.

Les États-Unis jouent clairement la carte du "bon flic / mauvais flic". Le vice-président Vance, sur le terrain en Suisse, incarne à la perfection la figure posée, sereine et rationnelle là où cela compte : face à face avec les dirigeants iraniens, après toutes ces années. Il déclare calmement aux médias internationaux que des "progrès encourageants" ont été réalisés dès le premier jour en vue d'un cessez-le-feu au Liban, pays pauvre et meurtri par les conflits. Lundi, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a donné son accord sur "X".

Pendant ce temps, le président Trump s'en prenait violemment aux réseaux sociaux. À propos de ses relations avec le Premier ministre israélien Bibi Netanyahu, qu'il trouve agaçant, le président américain a déclaré : "Ça va, mais il faut qu'on le garde un peu dans le droit chemin." Il a ajouté : "L'Iran doit empêcher ses MANDATAIRES grassement payés au Liban de semer le trouble. S'ils ne le font pas, nous frapperons à nouveau très fort l'Iran... nous les bombarderons jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien." Il a averti les négociateurs iraniens qu'ils "ne rentreraient même pas chez eux" s'ils continuaient à jouer au chat et à la souris, et a déclaré que les États-Unis prendraient le contrôle du détroit d'Ormuz, si nécessaire. Un peu dur, il faut l'admettre. Vous avez du mal à décrypter tout ça ?

Aussi effrayant que cela puisse paraître, la position de négociation américaine offre autant de carottes que de bâtons. Patrick Wood l'a bien expliqué dans cet article  Substack. Il s'agit de réorganiser l'"architecture" économique de la région et, par extension, du reste du monde, ce qui nécessite un Iran stable, fiable et sensé, ainsi qu'un golfe Persique pacifique pour soutenir une civilisation avancée.

Les Accords d'Abraham sont conçus pour inciter tous les acteurs du Moyen-Orient à agir en tant que nations souveraines conscientes de leurs intérêts économiques et soucieuses de les défendre - et non en tant que blocs se livrant à une guerre de gangs à grande échelle fondée sur des scénarios de vengeance séculaires. Nous demandons simplement à l'Iran d'accepter de se réintégrer dans le monde réel des nations engagées dans des relations commerciales en adhérant aux Accords d'Abraham.

Il n'est dans l'intérêt de personne que l'Iran devienne un État défaillant, et c'est pourtant ce vers quoi les dirigeants iraniens s'engagent en fanfaronnant et en sapant le processus de paix. N'oubliez pas que leur compte à rebours est lui aussi en marche, peut-être même plus bruyant que celui des élections de mi-mandat américaines. Des éléments indiquent que la surcapacité de stockage de leur pétrole a déjà causé des dommages à leurs puits de pétrole - car la fermeture des puits dégrade la géologie de la roche pétrolifère sous-jacente. L'inflation s'est emballée à l'intérieur du pays, estimée à environ 70 %. Les aquifères iraniens ont perdu 90 % de leur volume d'eau alors qu'une sécheresse qui dure depuis des années se prolonge. L'Iran doit importer environ 30 % de sa nourriture. Pensez-vous que ces conditions pourraient rendre la vie quotidienne assez difficile pour le peuple iranien ?

Lundi matin, le vice-président Vance a indiqué que les négociations étaient passées à la question des matières nucléaires : l'Iran a accepté de donner accès aux inspecteurs nucléaires de l'Agence internationale de l'énergie atomique, l'organisme de surveillance de l'ONU. Il a également accepté de mettre en place des "mécanismes de coordination" visant à déminer le détroit d'Ormuz et à consolider le cessez-le-feu au Liban. Cela ressemble à de réels progrès. Cela n'allait jamais être facile. Attendez-vous à d'autres obstacles sur la route. L'Iran était dans une situation si grave depuis si longtemps. Faites preuve d'un peu de patience.

Par ailleurs, une nouvelle vraiment fabuleuse : Keir Starmer a décidé de quitter le 10 Downing Street. Excellent choix de carrière ! Il a failli détruire ce qui restait de son pays. Personne ne sait encore qui le Parti travailliste pourrait désigner pour le remplacer, mais ce sera certainement un autre Premier ministre dont le mandat sera de courte durée, car le parti lui-même est cuit, au vu de sa défaite écrasante lors des récentes élections municipales.

Starmer est resté en fonction un peu plus de deux ans. Son prédécesseur, Rishi Sunak, n'a lui aussi tenu que moins de deux ans et, avant lui, la Première ministre Liz Truss (vous vous souvenez d'elle ?) a été évincée au bout de 50 jours. Les tracasseries procédurales pourraient faire traîner le processus de remplacement de Starmer jusqu'en septembre, lorsque le Parlement reprendra ses travaux après la pause estivale. La "vieille Grande-Bretagne", comme les autochtones appellent parfois le Royaume-Uni, est un pays en proie à des troubles extrêmes. Avec Starmer qui s'accroche à son poste comme le plus impuissant des canards boiteux, l'été s'annonce long, et peut-être même brûlant.

Tout aussi inquiétants, en cette période tendue, sont les efforts de l'UE pour déclencher la Troisième Guerre mondiale avec la Russie. L'UE était à l'origine des attaques massives de drones contre Moscou la semaine dernière. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a annoncé son intention de mener régulièrement des "frappes groupées massives" contre des cibles ukrainiennes. La situation commence à s'envenimer par là-bas. Tout cela n'est qu'un écran de fumée destiné à dissimuler les derniers soubresauts politiques de pratiquement tous les dirigeants des États membres de l'UE : l'inefficace Merz en Allemagne, le vacillant Macron en France, le Premier ministre communiste Pedro Sánchez en Espagne, et Giorgia Meloni en Italie, qui a trahi ses électeurs sur la question de la fin de l'immigration clandestine. L'Europe n'a rien... d'autre que des ennuis en perspective.

James Howard Kunstler

Pour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d'abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu'au ciel.

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

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