13/07/2026 linvestigateurafricain.tg  4min #319997

Mali-Algérie : pourquoi Bamako et Alger ont choisi de tourner la page de quinze mois de crise

Komla YAWO

Après quinze mois de tensions diplomatiques, le Mali et l'Algérie ont décidé de renouer le dialogue. Les deux pays ont annoncé le 10 juillet dernier le retour de leurs ambassadeurs respectifs et la réouverture de leurs espaces aériens, mettant fin à une crise qui avait profondément détérioré leurs relations. Ce rapprochement est le fruit de plusieurs initiatives de médiation conduites par des dirigeants africains, notamment le Togo et la République du Congo. Au-delà du geste diplomatique, cette normalisation répond à des impératifs sécuritaires, politiques et économiques dans une région confrontée à une menace terroriste persistante.

Mali-Algérie, une crise née de profondes divergences sécuritaires

Les relations entre Bamako et Alger se sont progressivement dégradées autour de la gestion de l'insécurité dans le nord du Mali.  Les autorités maliennes reprochent depuis plusieurs années à l'Algérie une attitude jugée ambiguë à l'égard de certains groupes armés opérant dans cette zone. Bamako accuse Alger d'offrir un environnement favorable à des mouvements qu'elle considère comme responsables de l'instabilité et des attaques terroristes. Des accusations systématiquement rejetées par les autorités algériennes.

La rupture s'est aggravée le 15 avril 2025 après la destruction d'un drone malien près de la frontière entre les deux pays. L'Algérie a affirmé que l'appareil avait violé son espace aérien, tandis que le Mali soutenait qu'il évoluait exclusivement sur son territoire. Cet incident a entraîné une escalade diplomatique avec le rappel des ambassadeurs, la fermeture des espaces aériens et l'arrêt des échanges officiels.

Cette crise a également conforté Bamako dans sa décision de rompre avec l'Accord d'Alger de 2015, négocié sous médiation algérienne avec les groupes armés du Nord. Les autorités maliennes estimaient que ce dispositif ne répondait plus aux réalités sécuritaires du pays.

Les médiations africaines ont-elles fait la différence ?

Malgré leurs différends, les deux pays restent liés par une frontière de plus de 1 300 kilomètres où circulent groupes terroristes, trafiquants et réseaux criminels. Sans coopération entre Bamako et Alger, le contrôle de cette vaste zone devient particulièrement difficile.

La reprise du dialogue répond donc d'abord à une nécessité sécuritaire. Les deux États ont intérêt à échanger des informations et à coordonner certaines actions afin de limiter les mouvements des groupes armés qui menacent aussi bien le nord du Mali que le sud de l'Algérie.

Les efforts de médiation ont également contribué à créer les conditions d'un rapprochement. Le Togo, considéré comme un partenaire privilégié de l'Alliance des États du Sahel (AES), a multiplié les contacts avec les différentes parties. De son côté, le  président congolais Denis Sassou-Nguesso a dépêché des émissaires auprès des autorités algériennes pour porter des messages de paix et de réconciliation.

Enfin, les considérations économiques ont pesé dans la décision. La fermeture des espaces aériens compliquait les échanges commerciaux, les déplacements officiels et les relations entre les deux administrations.

Quel impact pour la stabilité du Sahel ?

L'accord annoncé repose sur deux décisions immédiates. Le retour des ambassadeurs dans leurs postes respectifs et la réouverture des espaces aériens. Ces mesures symbolisent la volonté des deux gouvernements de restaurer des relations diplomatiques normales et de relancer leur coopération.

Les enjeux vont toutefois bien au-delà des relations bilatérales. Pour le Mali, cette normalisation permet de réduire son isolement diplomatique tout en renforçant sa stratégie sécuritaire dans le nord du pays. Pour l'Algérie, il s'agit de préserver son influence au Sahel et de protéger sa propre sécurité face à la montée des groupes armés dans les zones frontalières.

Ce rapprochement pourrait également contribuer à améliorer les relations entre l'Algérie et l'Alliance des États du Sahel, composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Si des divergences persistent, notamment sur la gestion des crises régionales, la reprise du dialogue montre que les impératifs de sécurité et de stabilité peuvent l'emporter sur les tensions politiques.

Le rétablissement des relations diplomatiques ne règle pas tous les différends entre Bamako et Alger. Il marque toutefois une étape importante vers une coopération renouvelée dans une région où la lutte contre le terrorisme, le contrôle des frontières et la stabilité politique nécessitent davantage de concertation que de confrontation.

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