15/07/2026 ssofidelis.substack.com  12min #320136

Une nouvelle trahison de Pen America. Une de plus

Poison Pen - par Mr. Fish

Par  Chris Hedges, le 12 juillet 2026

PEN America, qui fut autrefois un défenseur intrépide des écrivains persécutés à travers le monde, est devenu le porte-parole du sionisme et de l'impérialisme américain.

L'organisation PEN America, créée pour défendre les écrivains persécutés et censurés, s'est une nouvelle fois discréditée en appelant à protéger les écrivains israéliens contre la discrimination.

Vous avez bien lu : les écrivains israéliens.

Sa dernière  diatribe, intitulée "Un moratoire du silence", est si déplacée et embarrassante qu'elle a déclenché une vague de protestations. Dinaw Mengestu, le président de PEN America, a  démissionné en signe de protestation.

Il a déclaré au New York Times que cet article clôt une série de mesures qui, selon lui, vont à l'encontre des valeurs de l'organisation et risquent de compromettre les objectifs de défense de la liberté d'expression.

"Ce document n'est pas un incident isolé", a-t-il déclaré. Il a précisé qu'il s'inscrit dans la continuité "d'une approche consistant à défendre certains droits tout en en sacrifiant d'autres".

Je doute que la démission de M. Mengestu change la donne. Au mieux, elle incitera PEN America à faire preuve de plus de retenue avant de faire étalage de sa faillite morale.

"Un moratoire du silence" a été conçu par la rédactrice en chef Lisa Tolin, la directrice de la communication Geraldine Baum et la consultante Malka Margolies. Il dénonce ce qu'il qualifie d'"isolement culturel croissant" d'Israël. Il dénonce

"l'hostilité flagrante, la discrimination et la haine auxquelles certains auteurs juifs et israéliens sont confrontés".

Il qualifie de "dévastatrice" la perte d'opportunités pour les écrivains juifs et déplore que les Israéliens qui écrivent pour des magazines américains soient soumis à une série de contrôles idéologiques cherchant notamment à vérifier s'ils utilisent le mot "génocide". L'ouvrage condamne aussi l'appel lancé à l'automne 2024 par plus de 7 000 écrivains et professionnels littéraires, qui se  sont engagés à ne pas travailler avec des éditeurs, des festivals, des agences littéraires et des publications israéliennes qui

"se rendent complices ou gardent le silence face à l'oppression écrasante des Palestiniens".

Elle défend également les sionistes, affirmant :

"Lors d'entretiens avec PEN America, des écrivains israéliens et juifs ont décrit un climat faisant du sionisme un véritable tabou. Bien qu'il n'y ait toujours pas de consensus sur la réelle signification du terme 'sioniste', des données d'enquête récentes suggèrent qu'un tiers des Juifs américains s'identifient comme tels et que près de neuf sur dix déclarent soutenir le droit d'Israël à exister en tant qu'État juif et démocratique. Les appels à exclure les sionistes du monde de l'édition pourraient donc signifier l'exclusion des opinions et perspectives les plus diverses".

Pour mémoire, le sionisme est  explicitement raciste. Il s'agit d'une idéologie qui  justifie l'occupation et la colonisation de la Palestine historique, le nettoyage ethnique et l'extermination de ses habitants autochtones. On ne peut pas normaliser des idéologies haineuses sous prétexte qu'un tiers des Juifs américains s'identifient au sionisme. Après tout, les nazis bénéficiaient d' un soutien à peu près équivalent parmi les électeurs allemands - 37,3 % - lors des élections de 1932.

Cette énième prise de position en faveur d'Israël émane d'une organisation ayant passé la dernière décennie à ruiner sa crédibilité. Elle a soigneusement ignoré le génocide perpétré à Gaza, tout comme les assassinats et autres mutilations dont ont été victimes  journalistes,  universitaires,  écrivains et  poètes palestiniens et  leurs proches.

PEN America  a accepté des fonds du gouvernement israélien pour financer son festival littéraire pendant cinq ans avant d'y mettre fin en 2017 à la suite de  vives critiques. Elle s'est bien gardée de défendre les rares voix courageuses en Israël qui dénoncent l'apartheid et le génocide, ou ne l'a fait que tardivement. Elle s'est tue quand des écrivains palestiniens ont été censurés ou interdits de publication. Elle a régulièrement  promu promu des auteurs sionistes, comme A. B. Yehoshua, qui a  longtemps nié la réalité du colonialisme de peuplement en Palestine. Elle a  coparrainé un événement littéraire avec l'actrice  sioniste Mayim Bialik qui a financé les Forces de défense israéliennes et s'oppose résolument à tout cessez-le-feu. Elle  diffuse régulièrement de la propagande  anti-palestinienne et militaire israélienne et qualifie l'activisme pro-palestinien d'"antisémite".

PEN America a ouvert une  enquête contre un employé pour avoir partagé un article critiquant le sionisme, puis  l'a licencié après la parution d'un article expliquant les raisons de cette enquête. L'organisation a fait office de  bras propagandiste pour l'administration Biden et le gouvernement ukrainien, allant jusqu'à  annuler une table ronde à laquelle devaient participer des écrivains russes - sous la pression de PEN Ukraine - alors qu'ils étaient pourtant des détracteurs du gouvernement russe. Elle a  amplifié les mensonges sur Julian Assange et a refusé de le qualifier de journaliste.

Le conseil d'administration de PEN America  compte parmi ses membres des écrivains comme  George Packer,  qualifié d'"idiot utile de Bush" par  Tony Judt pour avoir applaudi l'invasion et l'occupation de l'Irak, ainsi que des PDG de sociétés immobilières et d'investissement. L'organisation a été détournée par de riches bailleurs de fonds, des donateurs issus du monde des affaires et des apologistes de l'impérialisme et du génocide.

"PEN America diffuse de la propagande", ai-je  écrit en 2024. "Les écrivains et rédacteurs comme Julian Assange qui dénoncent les mensonges et crimes de l'État sont discrédités, tandis que les propagandistes de l'impérialisme américain et de l'État d'apartheid d'Israël - alors qu'il commet un génocide au vu et au su de tous - sont encensés".

PEN America a perdu sa boussole morale il y a plus d'une décennie lorsqu'en 2013, l'organisation a  nommé Suzanne Nossel, une ancienne responsable du département d'État sous Clinton, au poste de directrice générale. Cette année-là, j'ai reçu le prix du Premier Amendement décerné par le PEN Center USA. Je devais intervenir en tant qu'orateur au festival PEN World Voices quand Nossel a été nommée. J'ai alors refusé de participer au festival et démissionné de PEN America en signe de protestation.

"Cette nomination discrédite le PEN en tant qu'organisation de défense des droits humains et bafoue les valeurs qu'il prétend défendre", ai-je  écrit dans ma lettre de démission.

"J'ai travaillé sept ans au Moyen-Orient, principalement en tant que chef du bureau du Moyen-Orient du New York Times. Les souffrances des Palestiniens sous l'occupation israélienne et le sort des populations piégées dans nos guerres impérialistes, comme en Irak, ne constituent pas pour moi des abstractions. Le plaidoyer acharné de Mme Nossel en faveur des guerres préventives - illégales au regard du droit international - lorsqu'elle était fonctionnaire au département d'État, ainsi que son indifférence cynique face aux violations des droits humains infligées aux Palestiniens par Israël, et son refus, en tant que représentante du gouvernement, de dénoncer le recours à la torture et aux exécutions extrajudiciaires, font de Mme Nossel une personne fondamentalement inapte à diriger une organisation de défense des droits humains, en particulier à l'échelle mondiale. En nommant Nossel, le PEN American Center a involontairement exposé son propre échec à défendre et à faire entendre la voix de nos dissidents, en particulier celle de Chelsea Manning. Je démissionne par la présente du PEN. J'attendrai que l'organisation reprenne sa mission initiale, à savoir défendre les persécutés, y compris aux États-Unis, avant de réintégrer l'association".

PEN Canada a, en réponse à ma démission, m'a offert l'adhésion que j'ai acceptée.

Le dernier message publié par PEN America, qui qualifie le génocide à Gaza de "guerre", témoigne de la pensée de Nossel. Elle a participé aux manœuvres du département d'État pour discréditer Assange et les révélations de WikiLeaks. En mai 2012, alors que l'OTAN tenait un "sommet" à Chicago, Amnesty International USA - dont Nossel était la directrice exécutive - a  parrainé un "sommet parallèle". Elle a fait placarder des panneaux d'affichage dans toute la ville  sur lesquels on pouvait lire : "Allez l'OTAN, continuez sur votre lancée. Pour les droits humains des femmes et des filles en Afghanistan". L'ancienne secrétaire d'État Madeleine Albright, qui a un jour  déclaré que la mort de 500 000 enfants irakiens tués par les sanctions américaines "en valait la peine", a été invitée à prendre la parole lors de l'événement organisé par Nossel. Elle a quitté Amnesty International USA moins d'un an plus tard pour rejoindre PEN America. Elle a  démissionné en 2024, après que de nombreux écrivains, indignés par l'incapacité de l'organisation à défendre les écrivains palestiniens, se sont  retirés du festival annuel PEN World Voices, à New York et à Los Angeles, entraînant l' annulation de l'événement et de ses prix littéraires.

PEN America était autrefois dirigée par des écrivains qui luttaient au nom des écrivains persécutés dans le monde. J'en connaissais certains, notamment  Susan Sontag,  Norman Mailer,  Robert Jay Lifton,  Joan Didion et  Russell Banks. Ils étaient de farouches détracteurs du militarisme, du capitalisme et de l'impérialisme américains. Des défenseurs inébranlables de la liberté d'expression. Ils seraient écœurés de voir ce qu'est devenu PEN America.

"Ce revers est d'autant plus frappant que le bilan de l'attaque sur le plan culturel n'a jamais été aussi catastrophique",

peut-on lire dans la lettre envoyée à PEN America en mars 2024 et signée par des écrivains comme Naomi Klein, Ruha Benjamin, Michelle Alexander et Hisham Matar. Elle poursuit :

"Israël a tué, et parfois pris pour cible et délibérément assassiné des journalistes, des poètes, des romanciers et des écrivains de toutes origines. Il a détruit la quasi-totalité des infrastructures culturelles soutenant la pratique de la littérature, de l'art, des échanges intellectuels et de la liberté d'expression, en bombardant et en rasant universités, centres culturels, musées, bibliothèques et imprimeries. En perturbant l'accès aux communications numériques, Israël empêche aussi les Palestiniens de partager ce dont ils ont été témoins et ce qu'ils ont vécu, et de relater la réalité de leurs souffrances. Tous ceux qui ont recours au pouvoir de la plume et à la liberté d'expression pour interpeller la conscience du monde sont en grand danger".

Une lettre ouverte virulente  adressée à PEN America il y a un mois, qui condamne l'hypocrisie de l'organisation face au génocide perpétré par Israël et aux Palestiniens, a recueilli plus de 1 300 signatures.

Le fascisme rôde. Ceux qui écrivent et s'expriment contre le génocide sont réduits au silence et criminalisés . Nos universités ont banni la liberté d'expression et exclu les  étudiants et les  enseignants qui osent dénoncer le crime suprême. Les médias grand public, notamment  CBS et  CNN, rachetés par l'archisioniste Larry Ellison, ont été bâillonnés par la peur. Le parti démocrate, sous l'emprise du lobby israélien, continue d'ignorer l'appel lancé par 75 % de ses électeurs pour  mettre fin aux livraisons d'armes à Israël.

La liberté d'expression est en train de disparaître. Les libertés en général sont abolies. Ceux qui résistent sont qualifiés d'ennemis de l'État.

La situation va continuer à s'aggraver.

PEN America s'est vidé de sa substance. Son intégrité morale s'est évaporée. L'organisation s'est détournée de sa mission première, à savoir

"défendre les écrivains, les artistes et les journalistes, et protéger la liberté d'expression".

Elle s'est muée en machine de propagande au service des oppresseurs, et non des opprimés. Elle devrait être réformée pour retrouver son esprit d'origine, ou tout simplement être dissoute.

Traduit par  Spirit of Free Speech

 ssofidelis.substack.com