17/07/2026 dedefensa.org  5min #320453

Un jour dans l'histoire du monde

 Journal dde.crisis de Philippe Grasset  

17 juillet 2026 - Tout le monde s'accordera à reconnaître que depuis plusieurs années ( 2014 pour mon cas), nous vivons dans une situation où existe opérationnellement la possibilité extrêmement précise d'une guerre nucléaire. Il y a eu de très nombreuses phases, dont sans doute peu de gens ont réalisé l'existence ; ces gens-là vivant dans cet univers cotonneux mi-pervers-narcissique, mi-vacances autour du monde à bon marché. Bref, la possibilité de la terreur nucléaire ne mérite certainement pas les gens qu'elle menace, leur inconscience, leur bêtise crasseuse, leur suffisante inconséquence.

C'est là, voyez-vous que je marque les différences. Le comportement des multitudes globalisées face à la possibilité de l'anéantissement. Aujourd'hui, tout se passe comme si cette possibilité n'était pas vraiment dramatique, ou bien qu'il s'agissait d'une sorte de jeu de Cluedo simplifié pour les enfants de la modernité. On en est à se demander si vraiment, après tout, sans exagérer hein, juste pour savoir, l'anéantissement ne serait peut-être pas une excellente chose, une sorte d'expérience pleine de surprises complètement inattendues.

Enfin, on passe à autre chose après ce qui n'est qu'une plaisanterie lmorbide.

Souvenirs en goguette

Je parle de la sorte, de cette sorte de sujet, parce que j'ai pleinement vécu, je veux dire en toute conscience, les deux terribles possibilités de guerre nucléaire :

• Bien sûr, la crise des fusées de Cuba, en octobre 1962, qui a duré une grosse semaine.

• L'alerte à potentialité nucléaire maximale du 25 octobre 1973, qui n'a duré qu'une seule journée qui fut assez chaude jusqu'à 17H00 l'après-midi.

Note de PhGBis : "PhG met de côté certains incidents gravissimes et inconnus à l'époque qui faillirent tourner à la catastrophe nucléaire. Le cas le plus fameux est l'exercice OTAN ' Able Archer 83' d'octobre 1983, que Reagan décommanda d'extrême urgence, craignant que la gérontocratie soviétique au pouvoir (moyenne d'âge : 82-83 ans) s'affole et y voyant la préparation d'une attaque nucléaire de décapitation, déclenche une riposte préventive."

Ambiance, ambiance

Dans les deux cas (pour le 25 octobre 1973, quelques jours de la montée de la tension), je me rappelle parfaitement combien se développait une angoisse collective. Cela rendait les gens à la fois isolés dans leur confrontation à leur propre réaction, à la fois très proches les uns des autres lorsqu'ils découvraient aussitôt après le constat de cette solitude chez d'autres qu'ils partageaient le même destin. Ils sentaient, nous sentions tous, chacun à sa façon, que nous faisions partie d'un même monde au bord de l'abysse. C'est cela qu'il m'importe de rapporter : il n'y avait qu'un seul monde et c'était le nôtre. Les antagonismes, voire les haines entre les deux blocs tendaient à disparaître, voire disparaissaient comme une futilité inutile.

De même, le soulagement suivant la fin toujours brutale de la crise (une décision presque commune des dirigeants) suscitait un soulagement collectif qui actait notre proximité et confirmait notre collectivité.

Voyez aujourd'hui, quel contraste ! Une sorte d'indifférence, presque d'ignorance, quelque chose comme "Ce n'est pas notre affaire" jusqu'à une espèce presqu'agressive de "Mais de quoi parlez-vous ? ! Nous, nous partons en vacances et l'essentiel est l'abondance de la circulation, les embouteillages tout ça...". Deux mondes, c'est ça..,

Sacrément pervers-narcissique

Si j'ai développé ce sujet, c'est notamment parce qu'il est clair que nous traversons, avec les deux guerres et surtout l'Iran, un moment paroxystique extrêmement proche d'un affrontement nucléaire. Cela, pour en venir au constat de la division du monde entre deux univers, - et même en plusieurs, - de type pervers-narcissique, argument très présent chez moi depuis quelques jours. (Certains le trouveront étouffant : qu'ils se détendent en lisant le communiqué du sommet de l'OTAN à Ankara, ils auront un grand bol d'air bien frais.)

Tout cela me conduit à retrouver une certitude qui m'habite depuis longtemps : l'extraordinaire puissance, multipliée par l'extraordinaire puissance de la communication, de la psychologie collective et individuelle. Exactement comme nous notions dans notre 'Glossaire dde' du  16 mars 2015 faisant le point sur la question :

"Notre intention ultime n'était pas de"psychanalyser"une époque mais, au contraire, à partir de symptômes qui font le miel de la psychanalyse, de déterminer la place de la psychologie dans cette époque, - place centrale, sans aucun doute, - d'y relever les poussées d'inversion qui conduisent nombre de sapiens à la psychologie trop faible pour résister à se précipiter dans les rets du Système, c'est-à-dire dans la plus extrême proximité du Mal. Selon cette perspective, le phénomène de la maniaco-dépression du monde constitue la clef explicative de l'"opérationnalisation"du Mal s'exprimant par la modernité, c'est-à-dire le fondement opérationnel de notre crise, et aussi la mesure eschatologique fondamentale de cette crise."

Qui s'en avise aujourd'hui où les neocon fous mènent la danse, on ne sait dans quel but sinon celui de détruire le monde ?

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