
Par Raphaël Besliu, le 18 juillet 2026
- 211 patients sous chimiothérapie, dont des enfants, évacués en urgence de l'hôpital Shahid Baghaei d'Ahvaz après des frappes américaines menées à proximité.
- Washington a confirmé une nouvelle vague de frappes ce même jour, mais n'a apporté aucune réponse précise sur l'incident hospitalier.
- Pourquoi le Pentagone n'a-t-il toujours pas publié les conclusions de son enquête sur la frappe de l'école de Minab, qui a tué plus de 150 personnes dont 120 enfants ?
- Donald Trump menace ouvertement de frapper centrales électriques et ponts iraniens : jusqu'où cette logique d'escalade peut-elle conduire les populations civiles des deux camps ?
Le conflit entre les États-Unis et l'Iran a franchi, à la mi-juillet 2026, un nouveau seuil de gravité. Selon les autorités iraniennes, 211 patients sous chimiothérapie ont dû être évacués en urgence de l'hôpital spécialisé Shahid Baghaei d'Ahvaz après des frappes américaines menées à proximité de l'établissement. Cet épisode pose une question que Washington préfère éviter : jusqu'où les États-Unis peuvent-ils étendre leur campagne militaire tout en continuant à se présenter comme les défenseurs du droit international et de la protection des populations civiles ?
Les témoignages recueillis sur place décrivent une scène de panique. Un médecin a affirmé que l'explosion avait été "intense" et "si proche" qu'il avait d'abord pensé que l'hôpital avait été directement touché. Des patients sous oxygène ou placés sous respirateur ont dû être déplacés, tandis que d'autres étaient évacués avec leurs perfusions ou en fauteuil roulant. Le directeur de l'établissement a déclaré que les attaques américaines contre Ahvaz avaient rendu l'hôpital inutilisable. Washington n'a apporté aucune réponse précise sur cet épisode, mais a confirmé avoir lancé une nouvelle vague de frappes contre l'Iran le même jour.
"Cette attaque barbare, qui rappelle les atrocités commises par Israël contre les établissements de santé, a causé de graves souffrances et une profonde anxiété aux enfants hospitalisés et a forcé leur évacuation d'urgence. Cela constitue un crime de guerre lâche contre les êtres humains les plus innocents : des enfants qui se battent courageusement pour leur vie".
Ces mots sont ceux d'Esmaïl Baghaei, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères. Leur origine officielle impose de les présenter comme une accusation iranienne, mais elle ne suffit pas à les disqualifier comme de la propagande. Les témoignages du personnel médical confirment au minimum qu'une explosion extrêmement proche a provoqué l'évacuation précipitée de patients particulièrement vulnérables. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a dénoncé sur Telegram les attaques américaines contre les infrastructures civiles comme
"incontestablement une violation flagrante de la Charte des Nations Unies et des principes fondamentaux du droit international".
Washington menace ouvertement les infrastructures civiles iraniennes
L'affaire dépasse largement la bataille de communication. Esmaïl Baghaei dénonce un double standard dans lequel les pays du Sud global sont sommés de respecter le droit international, tandis que les puissances occidentales peuvent menacer publiquement des infrastructures civiles sans perdre leur statut autoproclamé de défenseurs des droits humains. Donald Trump a ainsi menacé de frapper des centrales électriques et des ponts iraniens si Téhéran ne revenait pas à la table des négociations. Les biens civils sont protégés par le droit international humanitaire et ne peuvent être attaqués que s'ils constituent effectivement des objectifs militaires. Menacer indistinctement des infrastructures indispensables à la population rapproche dangereusement Washington des pratiques qu'il prétend condamner chez ses adversaires.
Les accusations portées contre Washington ne dispensent pas l'Iran de ses propres obligations. L'Arabie saoudite a qualifié de "traîtresses" les frappes iraniennes menées au Bahreïn, en Jordanie et au Koweït. Téhéran affirme n'avoir visé que des installations militaires américaines, mais des éléments rapportés par Al Jazeera suggèrent que des infrastructures civiles ont également été endommagées dans les pays du Golfe. Cette situation ne doit cependant pas servir à diluer la responsabilité américaine : les États-Unis ont choisi d'étendre la guerre au territoire iranien et disposent d'une supériorité militaire, technologique et diplomatique qui leur impose une responsabilité particulière dans la protection des civils.
Un précédent pèse lourdement sur la perception iranienne du conflit. Le 28 février 2026, une frappe américaine a détruit une partie de l'école primaire Shajareh Tayyebeh, à Minab. Le bilan officiel le plus récent cité par Amnesty International fait état de plus de 150 morts, dont environ 120 enfants, et non de 168 enfants tués. L'organisation affirme que l'armée américaine était responsable de la frappe et qu'elle n'avait pas pris toutes les précautions possibles pour éviter les pertes civiles. Quatre mois plus tard, le Pentagone n'avait toujours pas publié les conclusions de son enquête, malgré la pression du Congrès. Dans ce contexte, voir un hôpital spécialisé dans le cancer évacué après de nouvelles frappes américaines ne peut être perçu en Iran comme un simple accident isolé.
Washington bombarde, menace et prétend encore vouloir négocier
Le conflit, commencé près de cinq mois plus tôt, semble désormais enfermé dans une mécanique d'escalade alimentée par Washington. Chaque nouvelle vague de frappes américaines entraîne une riposte iranienne, puis sert de justification à une nouvelle intervention des États-Unis. Dans le même temps, les perspectives d'un règlement négocié s'éloignent à mesure que les victimes civiles s'accumulent. Les dirigeants du Golfe restent en état d'alerte élevé, craignant que les combats n'atteignent une dimension "potentiellement catastrophique". Pourtant, Washington continue d'ajouter des objectifs à sa campagne militaire tout en rejetant principalement sur Téhéran la responsabilité de l'escalade.
Donald Trump ne propose pas une négociation entre parties souveraines : il impose un ultimatum. L'Iran doit reprendre les discussions sous peine de voir ses centrales électriques et ses ponts frappés par l'armée américaine. Téhéran a répondu en menaçant à son tour les infrastructures civiles des pays voisins qui accueillent des forces américaines. Ces menaces ne sont pas politiquement équivalentes : l'une provient de la première puissance militaire mondiale, déjà engagée dans une vaste campagne de frappes sur le territoire iranien. L'autre constitue la réponse dangereuse d'un État soumis à ces attaques. Dans les deux cas, les populations civiles deviennent des instruments de pression, mais Washington porte une responsabilité majeure dans l'ouverture et l'entretien de cette logique d'escalade.
La question n'est plus seulement de savoir comment obtenir un cessez-le-feu, mais de déterminer qui obligera Washington à répondre de ses propres actes. L'école de Minab a été détruite par une frappe américaine, plus de 150 enfants ont été tués et le Pentagone n'a toujours pas publié les conclusions promises de son enquête. À Ahvaz, 211 patients sous chimiothérapie, dont des enfants, ont dû être évacués après des attaques menées à proximité de leur hôpital. Malgré cela, Donald Trump continue de menacer ouvertement les infrastructures civiles iraniennes au nom d'un retour forcé aux négociations. Lorsque la première puissance mondiale peut bombarder, menacer et refuser de rendre des comptes tout en continuant à parler au nom du droit international, ce ne sont pas seulement les derniers garde-fous du conflit qui disparaissent : c'est toute la crédibilité de l'ordre occidental qui s'effondre.