
par J. Matson Heininger
Les mensonges persistent plus d'un mois après la signature du protocole d'accord par Trump.
Le protocole d'accord est apparemment mort. C'est du moins ce qu'affirment Trump et l'Iran. Cette mort est en grande partie due aux mensonges, aux tromperies et au manque d'honnêteté des États-Unis quant au respect des termes du document. Les grands médias américains continuent de mentir d'une manière que George Orwell n'aurait pas oubliée, notamment Fox News.
Trump lui-même l'a déclaré sans ambages, aux côtés du secrétaire général de l'OTAN lors d'un sommet à Ankara : "Pour moi, c'est terminé. Je ne veux plus traiter avec eux". Il a qualifié les dirigeants iraniens de "racaille", de "malades" et a affirmé que la poursuite des négociations était "une perte de temps". Cette déclaration est intervenue quelques heures après qu'il a ordonné une nouvelle vague de frappes aériennes contre l'Iran, et elle s'inscrit dans un schéma que les faits démontrent désormais clairement : les États-Unis ont d'abord violé les termes de l'accord, puis ont imputé la responsabilité de cet échec à l'Iran, et les médias se sont empressés de répéter la seconde partie de cette affirmation tout en passant sous silence la première.
Cet ordre des événements est important, car il inverse le récit qui a été présenté à la plupart des Américains. L'Iran a attaqué trois navires commerciaux traversant le détroit d'Ormuz. Cet acte est véritablement provocateur et mérite d'être condamné en soi. Mais examinons la réaction des États-Unis, et son ordre d'action. Au lieu d'utiliser le mécanisme de règlement des différends prévu par le mémorandum d'entente lui-même, les États-Unis ont révoqué la licence d'exportation de pétrole iranienne, une licence qui constituait l'une des principales incitations économiques inscrites dans l'accord, accordée à l'Iran en échange de la réouverture du détroit d'Ormuz et de l'abandon du développement d'armes. Cette révocation n'a pas sanctionné une violation ; elle a démantelé l'édifice même de l'accord. Le ministère iranien des Affaires étrangères l'a d'ailleurs affirmé à l'époque, décrivant la révocation de la licence, la reprise des frappes et la poursuite des opérations israéliennes au Liban comme des actions qui avaient déjà rendu inefficaces des éléments fondamentaux du mémorandum, avant même que Téhéran n'ait réagi.
Une fois que les États-Unis ont recommencé à frapper des cibles, deux nuits consécutives de frappes intensifiées ont suivi, s'étendant géographiquement à de nouvelles provinces et touchant de nouvelles catégories de cibles, dont deux autres ponts. L'Iran a riposté en tirant sur des installations américaines à Bahreïn et au Koweït et, selon certaines sources, en abattant un drone américain. Il s'agit du cycle d'escalade classique que le protocole d'accord visait à prévenir. Selon des diplomates des deux camps, les États-Unis ont pris l'initiative à chaque étape critique : frappes, puis révocation des licences, puis nouvelles frappes, et enfin, seulement après, les représailles iraniennes contre les bases américaines. Pourtant, le traitement médiatique dominant des chaînes d'information américaines a présenté ces représailles iraniennes comme le premier acte de l'histoire, et non comme le troisième.
La position juridique de l'Iran, exprimée par son envoyé spécial auprès de l'ONU et son ministère des Affaires étrangères, est restée constante : le pays ne se considère pas lié par un accord que l'autre partie viole activement. Cette position n'a rien de radical ni d'inhabituel dans les relations internationales. Elle relève de la logique de réciprocité qui sous-tend tous les cessez-le-feu jamais signés. Des analystes d'institutions américaines et iraniennes, intervenant dans la même émission, sont parvenus indépendamment à la même conclusion : le protocole d'accord était "quasiment mort", et chaque camp accusait l'autre de violations. La vérité, plus profonde, est que les États-Unis avaient déjà vidé de sa substance le système d'incitations fondamental de l'accord avant de désigner l'Iran comme responsable.
Rien de tout cela n'est contesté ni classifié. Ces informations sont clairement accessibles sur Reuters, l'Associated Press, la chronologie publiée par ABC et Iran International. La chronologie est incontestable. Ce qui manque à une grande partie de la couverture médiatique américaine, notamment à Fox News, c'est la chronologie des événements. Parler des attaques contre les pétroliers d'Ormuz sans mentionner la révocation préalable de l'autorisation de vol, la reprise des attaques et l'intensification de la campagne de bombardements n'est pas un mensonge par action, mais un mensonge par omission, souvent plus efficace car il permet au téléspectateur de construire une chaîne causale erronée à partir de faits isolés avérés.
C'est le même schéma que ce rapport avait mis en évidence il y a un mois concernant la signature du traité de Versailles : un document aux termes clairs et lisibles, mal interprété à l'antenne par des personnes censées le présenter avec exactitude. Il s'agissait alors de fausses déclarations sur le contenu du protocole d'accord. Aujourd'hui, c'est une présentation erronée de la façon dont le protocole d'accord a été abandonné. Le mécanisme est identique : omettre sélectivement l'action américaine qui a déclenché l'échec et mettre en avant l'action iranienne qui a suivi. Que le public en conclue que l'Iran a rompu une promesse que les États-Unis n'ont jamais tenue.
Les propos mêmes de Trump soulignent à quel point cet échec est devenu personnel et déconnecté du texte. Il n'a cité aucune clause précise enfreinte lorsqu'il a déclaré l'accord "terminé". Il a exprimé son dégoût : "Ce sont des menteurs, des tricheurs, des malades". Il ne s'agit pas d'une évaluation juridique ou diplomatique d'une violation d'accord. C'est un rejet émotionnel, exprimé lors d'une séance photo de l'OTAN, d'un cadre déjà fragilisé quelques jours auparavant par la révocation de sa principale clause économique. L'accord n'est pas mort d'une seule trahison spectaculaire. Il est mort comme c'est souvent le cas pour les empires en déclin : par une série d'actions unilatérales américaines, chacune justifiée a posteriori comme une réponse à une provocation, jusqu'à ce que la fiction de la bonne foi ne puisse plus être maintenue par aucune des deux parties.
L'Iran, quant à lui, a clairement et publiquement déclaré se considérer libéré des obligations du protocole d'accord précisément en raison de la révocation de la licence, de la reprise des frappes et de la poursuite de l'action israélienne au Liban, qui constituait l'une des dispositions fondamentales de l'accord initial. Le président du Parlement iranien, principal négociateur du pays, a déclaré que "l'ère de l'intimidation et de l'extorsion est révolue" et que l'Iran ne "céderait pas". Quelle que soit l'opinion que l'on porte sur la conduite générale de l'Iran dans cette guerre, il s'agit d'une position cohérente, liée à une action américaine précise et documentée. Contrairement à ce que laissaient entendre de nombreux médias américains, il ne s'agit pas d'un rejet non provoqué d'un accord que l'Iran aurait simplement décidé de ne pas accepter.
C'est le deuxième acte du schéma orwellien que ce rapport met en lumière. Le premier acte consistait en une distorsion médiatique du contenu réel d'un document signé. Le second acte concerne la distorsion médiatique des responsables de sa violation et de l'ordre dans lequel elle a eu lieu. Ces deux actes partagent la même structure : un ensemble de faits lisibles, sourcés et vérifiables existe, mais une grande partie de l'appareil d'information américain choisit de construire un récit qui sert la version officielle des faits, dans laquelle les États-Unis sont systématiquement les seuls à réagir et jamais les instigateurs.
Un empire incapable de relater fidèlement à ses propres citoyens les accords qu'il a violés n'est plus seulement malhonnête. Le système est devenu structurellement incapable de s'autoréguler, car l'autorégulation exige un diagnostic précis, et un diagnostic précis suppose d'admettre la chronologie et la causalité des événements, que les médias nationaux s'empressent de mettre en lumière. Des ponts sont effondrés à Hormozgan. Des pétroliers brûlent dans le détroit. Des usines de dessalement du Golfe ont déjà été touchées cette année. Et le document censé empêcher toute cette escalade est désormais caduc, d'abord suite au retrait d'une licence américaine, puis, officiellement, par le mépris affiché par le président américain sur la scène politique d'Ankara.
source : J. Matson Heininger via Marie Claire Tellier