22/07/2026 linvestigateurafricain.tg  5min #320966

Afrique du Sud : face aux violences contre les immigrés, le Ghana et le Nigeria veulent faire de l'« afrophobie » un dossier continental

Komla YAWO

Les violences visant des ressortissants africains en Afrique du Sud franchissent un nouveau seuil diplomatique. Après plusieurs semaines d'agressions, de manifestations hostiles aux immigrés et de rapatriements organisés par plusieurs États africains, le Ghana et le Nigeria appellent désormais l'Union africaine (UA) à inscrire la question de l'" afrophobie" à l'ordre du jour de son prochain sommet, prévu début 2027. Une initiative qui traduit la volonté d'internationaliser un problème longtemps considéré comme une affaire intérieure sud-africaine.

Au-delà de la condamnation des violences, Accra et Abuja cherchent à obtenir une réponse continentale face à un phénomène récurrent qui met à mal l'idéal d'intégration africaine. Mais cet appel a-t-il des chances d'aboutir ? Et quelles solutions proposent réellement les deux pays ?

Afrique du Sud, une réponse africaine à un phénomène devenu récurrent

Dans leur déclaration commune publiée à l'issue d'un entretien entre leurs ministres des Affaires étrangères, le Ghana et le Nigeria condamnent "toutes les formes de xénophobie, d'afrophobie, d'intolérance et de violence" visant des citoyens africains vivant en Afrique du Sud.

Le choix du terme "afrophobie" n'est pas anodin. Les deux États estiment que les violences ne relèvent plus uniquement d'une hostilité envers les étrangers, mais qu'elles ciblent principalement des Africains venus d'autres pays du continent. Ils souhaitent ainsi donner une dimension politique et continentale à cette crise.

Leur proposition consiste à faire examiner cette question lors du prochain sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'Union africaine. L'objectif est d'amener les dirigeants africains à adopter une position commune, voire à élaborer un mécanisme continental de prévention des violences contre les migrants africains.

Pour Accra et Abuja, il ne s'agit plus seulement de condamner les attaques après chaque flambée de violence, mais de traiter les causes profondes du phénomène à travers une coopération politique, sécuritaire et sociale entre les États membres.

Des rapatriements qui ne règlent pas le problème

L'appel du Ghana et du Nigeria intervient alors que plusieurs pays africains ont organisé le retour de leurs ressortissants. Selon les chiffres communiqués par différents gouvernements, au moins 150 000 étrangers auraient quitté l'Afrique du Sud au cours des dernières semaines.

Le Nigeria a procédé au rapatriement de 1 490 de ses citoyens, tandis que le Ghana a facilité le retour d'au moins 926 ressortissants. D'autres États africains suivent également la situation de près.

Cependant, ces évacuations apparaissent davantage comme une réponse humanitaire que comme une solution durable. Elles permettent de protéger les personnes directement menacées, mais elles ne mettent pas fin aux tensions qui alimentent les violences.

Depuis plusieurs années, une partie de la population sud-africaine accuse les immigrés d'être responsables du chômage, de la criminalité ou encore de la pression exercée sur les services publics. Ces frustrations, alimentées par une situation économique difficile et un taux de chômage parmi les plus élevés du continent, servent régulièrement de terreau aux mouvements hostiles aux étrangers.

Les gouvernements ghanéen et nigérian estiment donc qu'une approche strictement nationale ne suffit plus. Selon eux, seule une mobilisation collective des États africains permettra d'éviter que ces violences ne deviennent un phénomène durable.

L'Union africaine peut-elle réellement agir ?

Reste désormais à savoir si l'Union africaine donnera suite à cette demande. L'organisation dispose de mécanismes de médiation et de prévention des conflits, mais elle intervient rarement de manière directe dans des questions considérées comme relevant de la politique intérieure des États membres.

Une inscription de l'"afrophobie" à l'ordre du jour du sommet de 2027 constituerait néanmoins un signal politique fort. Elle pourrait déboucher sur une déclaration commune, des recommandations adressées à Pretoria ou encore la mise en place d'un cadre de suivi destiné à prévenir les violences contre les migrants africains.

Toutefois, l'UA fonctionne largement sur le principe du consensus et du respect de la souveraineté des États. Toute initiative susceptible d'être perçue comme une remise en cause de la gestion sud-africaine de cette crise risque donc de susciter des réserves.

L'Afrique du Sud demeure en outre un acteur diplomatique majeur du continent. Son poids économique et politique lui confère une influence importante au sein de l'organisation, ce qui pourrait compliquer l'adoption de mesures contraignantes.

En portant le débat au niveau continental, le Ghana et le Nigeria cherchent avant tout à rappeler que la libre circulation des personnes, la solidarité entre États africains et l'intégration régionale ne peuvent progresser si les ressortissants du continent deviennent eux-mêmes les principales victimes de violences dans un autre pays africain.

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