24/07/2026 mondialisation.ca  12min #321186

La guerre en Ukraine: « la bataille de Crimée », vue depuis la Crimée et l'encouragement officiel des crimes de guerre par le groupement de Macron

Par  Oleg Nesterenko

Marqué par un deuil persistant depuis la perte irrévocable en 1871 au profit de la Russie des acquis vis-à-vis de la péninsule de Crimée, conséquence directe de la défaite russe dans la guerre de Crimée (1853-1856) face à la coalition formée du Royaume-Uni, de la France, de l'Empire ottoman et du royaume de Sardaigne, - coalition dont la neutralité bienveillante fut assurée par l'Empire austro-hongrois, le royaume de Prusse, l'union suédo-norvégienne et l'Empire japonais -, voit aujourd'hui ressurgir une nouvelle coalition de "volontaires". Ce phénomène, empreint d'un indéniable "déjà vu", témoigne de la persistance de l'espoir de monnayer la Crimée au sein de leurs stratagèmes anti-russes.

Alors qu'au milieu du XIXe siècle le sens de l'honneur et le sacrifice personnel étaient encore de mise dans les rangs de la coalition occidentale - au prix fort pour une partie non négligeable de la noblesse britannique, massacrée en Crimée par l'armée russe en 1854 -, les bains de sang orchestrés de nos jours par cette dernière s'opèrent de préférence par les mains de proxys, via la corruption de leurs élites en amont, tout en favorisant et amplifiant artificiellement les conflits interethniques et interreligieux.

En 2014, l'une des raisons fondamentales du coup d'État anticonstitutionnel à Kiev organisé par les États-Unis et leurs alliés résidait dans la volonté de s'emparer du port militaire de Sébastopol, en Crimée, clef de voûte du contrôle militaire de la mer Noire. Pour l'été 2026, c'est une catastrophe humanitaire via l'amplification des crimes de guerre qui est approuvée par le repreneur anglo-franco-allemand du "projet ukrainien" initié par les Américains et dont l'exécution est confiée au proxy (fait officiellement reconnu par les Etats-Unis) ukrainien.

Il convient également de souligner un fait inédit d'une gravité exceptionnelle, dans le cadre de l'actuel projet de la coalition tripartite, que j'aborderai plus en détail ultérieurement : la reconnaissance officielle, la justification et l'encouragement manifestes, de la part d'un fonctionnaire de très haut rang en activité, représentant officiel du pouvoir de Macron, des crimes de guerre commis par Kiev à l'encontre des populations civiles.

Parfaitement au fait des enjeux concernant la Crimée, ayant tout juste quitté la péninsule et m'y rendant à nouveau dans moins de trois semaines, je suis en mesure de fournir un diagnostic précis de la situation actuelle et de le confronter aux informations diffusées auprès du public occidental par les instruments de propagande et de désinformation (quasi l'ensemble des médias occidentaux) mis au service des élites politiques occidentales.

La propagande et la désinformation

Quelques semaines après une intensification des attaques de drones ukrainiens sur le territoire de Crimée, le 25 juin, soit quelques jours avant mon arrivée en Crimée, Zelensky a lancé une nouvelle campagne médiatique intitulée "opération de 40 jours pour obliger la Russie à mettre fin à la guerre !".

Cette initiative a obtenu un résultat prévisible de la part de Moscou : une amplification significative de la destruction de l'infrastructure ukrainienne en guise de rétorsion, plus particulièrement dans les secteurs énergétique, logistique et portuaire. Cette riposte a marqué le début de la destruction des installations portuaires d'Odessa, le dernier grand port maritime ukrainien encore opérationnel et relativement épargné jusqu'alors.

Il est toutefois manifeste que l'objectif réel de Zelensky n'était pas d'"obliger la Russie à mettre fin à la guerre", mais de faire bonne impression auprès de ses superviseurs occidentaux lors du sommet de l'OTAN, qui s'est tenu à Ankara les 7 et 8 juillet 2026. Cette tactique du régime de Kiev est devenue une constante prévisible, systématiquement employée avant chaque réunion importante avec ses soutiens, que ce soit par l'émergence soudaine de nouveaux "crimes de guerre russes" ou par la mise en scène d'activités "victorieuses".

Le 4 août prochain, la prétendue grande opération ukrainienne de 40 jours touchera à sa fin. Il est inutile de préciser que son fiasco total par rapport à l'objectif affiché sera grandement déformé et dissimulé par l'appareil de propagande ukraino-occidental, à l'instar de nombreuses autres campagnes de désinformation du passé, visant à créer une image des "succès" pour justifier l'imputation de fonds supplémentaires des poches des contribuables occidentaux, afin de financer la guerre par procuration ukrainienne contre la Russie, tout en évitant toute indignation et contestation au sein de leurs populations.

Jusqu'à présent, la campagne médiatique de propagande et de désinformation ukraino-occidentale bat son plein, n'hésitant pas à diffuser des mensonges, y compris les plus grossiers, ce qui est rendu possible par le fait que les commanditaires gouvernementaux s'assurent que la vérité dérangeante n'atteigne qu'une fraction marginale de leur électorat.

Parmi les nombreux exemples, tous plus absurdes les uns que les autres, je peux citer un échantillon de désinformation représentatif par sa grossièreté.

Le 23 juin, la chaîne de télévision française  LCI, faisant partie du TOP-5 des entités de propagande et de désinformation au service des pouvoirs successifs, diffuse en boucle l'enregistrement vidéo réalisé par une jeune femme russe en Crimée, où elle pleure et exprime son désir de retourner à Moscou : "...oh mon dieu, pourquoi je suis ici ? ! Je veux rentrer à Moscou !". Cette image était destinée à illustrer la panique générale des Russes en Crimée et leur fuite de la péninsule sous la redoutable pression militaire ukrainienne.

Cependant, il y a un petit souci. Lorsque la personne figurant dans la séquence vidéo a constaté avec surprise que sa publication anodine sur les réseaux sociaux était massivement exploitée par la propagande ukrainienne et occidentale, elle a précisé que cette vidéo, bien qu'authentique, concernait un problème de transport ferroviaire ponctuel dans une région de la Russie qu'elle avait visitée et qui n'a rien à voir avec la Crimée, mais qu'en plus elle n'a jamais mis les pieds en Crimée.

Concernant la situation réelle de la circulation ferroviaire entre la Crimée et la Russie continentale, elle est tout à fait convenable. Personnellement, j'ai emprunté un train de voyageurs depuis Sotchi, à l'extrême sud de la Russie, le 30 juin 2026, pour arriver en Crimée le 1er juillet en traversant le pont de Crimée. Ce voyage s'est déroulé sans le moindre incident ni retard, ni au départ, ni à l'arrivée. Il en fut de même pour mon voyage de départ de Crimée.

Au-delà de leur excellence technologique, de leur propreté et confort supérieur aux trains de voyageurs français, les trains russes offrent des aménagements remarquables. Chaque voiture est dotée non pas d'une, mais de deux cabines de toilettes, ainsi que d'une cabine de douche. Chaque passager dispose d'un coffre-fort personnel près de son lit. Le Wi-fi est également à disposition des passagers, ainsi que l'accès à des films et émissions (de même que sur les vols des compagnies aériennes de haut standing). Une hôtesse dédiée à chaque voiture assure une disponibilité permanente, 24 heures sur 24, pour le service de boissons et d'une vaste sélection de produits, incluant des mets, en complément du wagon-restaurant accessible.

Le seul désagrément fut le transfert de tous les passagers en bus après le passage du pont de Crimée, afin de parcourir les 200 kilomètres restants par la route, hautement sécurisée par de nombreuses patrouilles militaires lourdement armées contre la menace aérienne. Ce transfert était une mesure de sécurité suite aux attaques terroristes par drones du régime ukrainien visant les trains de voyageurs en Crimée, ayant causé plusieurs décès parmi les civils.

La situation réelle en Crimée

L'accès à la nourriture

La propagande ukraino-occidentale laisse croire à ses consommateurs abusés que la situation alimentaire sur la péninsule est très grave et que l'unique chance pour les Russes de s'en sortir, c'est de s'enfuir.

Une fois de plus, la réalité est toute autre.

Les images sont plus parlantes que les paroles. Voici quelques photos des rayons de charcuterie, confiserie et café prises au milieu de juillet dans deux superettes différentes du sud de la Crimée (lieux de commerce alimentaire prédominants sur la péninsule). Ces images sont le reflet fidèle de ce qui est observé dans la myriade de commerces de proximité qui parsèment chaque ville de Crimée, une situation inchangée par rapport aux années antérieures, y compris avant le conflit.

L'accès à l'électricité

Les frappes de l'armée russe sur l'infrastructure énergétique ukrainienne visent à paralyser la production d'armements et de munitions, intimement liée à la disponibilité d'électricité. La Crimée, quant à elle, ne possède sur son territoire strictement aucune unité de production militaire. Depuis 2014, l'intégralité des capacités militaires nécessaires à la défense péninsulaire est acheminée depuis la Russie continentale.

Par ailleurs, les installations et bases militaires en Crimée ne dépendent nullement du réseau électrique civil de la péninsule. Elles disposent toutes de leurs propres générateurs diesel, assurant leur autonomie énergétique, tout comme les établissements hospitaliers qui activent automatiquement ces mêmes générateurs en cas de défaillance du réseau public.

Dès lors, les attaques ukrainiennes contre l'infrastructure énergétique de la Crimée ne sauraient avoir d'autre objectif que de terroriser la population civile en tentant de réduire son accès à l'énergie domestique - ce qui ne constitue rien d'autre qu'un crime de guerre selon la législation internationale en vigueur.

Cela dit, commettre des crimes de guerre dans l'espoir d'un impact dévastateur est une intention ; parvenir à les réaliser pleinement en est une autre.

Si les coupures de courant prolongées affectent les ménages et les infrastructures civiles non critiques, leur caractère n'est nullement néfaste. La réalité est très éloignée des images de propagande ukraino-occidentale exposant une véritable déroute énergétique en Crimée, tandis que, par son réel impact, il ne s'agit que d'un élément incommodant, mais parfaitement gérable.

Un indicateur probant de la résilience du réseau électrique de la péninsule et de la limitation des dommages : la crème glacée et les produits surgelés continuent d'être vendus dans tous les points de vente alimentaires de Crimée, dans des conditions identiques à n'importe quelle autre période passée.

L'accès au carburant et les transports en commun

La propagande ukraino-occidentale dépeint la situation du transport routier en Crimée comme paralysée, au seuil de l'effondrement. Une photographie que j'ai prise le 10 juillet d'une des rues de la ville de Yalta illustre, une fois de plus, mieux que les paroles la "paralysie" des transports tant vantée.

La réalité diverge ostensiblement des récits propagés auprès des masses occidentales crédules. Bien que des défis subsistent dans l'approvisionnement en carburant, la situation demeure gérable pour la vaste majorité des propriétaires de véhicules privés. De plus, pour ceux disposés à un coût supérieur, l'acquisition de carburant reste possible à tout moment et en toute quantité.

Le résultat concret des tentatives du régime de Kiev, soutenu par l'Occident collectif, de commettre des crimes de guerre supplémentaires contre la population civile, se manifeste par une utilisation accrue des transports en commun, contribuant ainsi à l'amélioration de l'écologie déjà excellente de la péninsule.

Les transports routiers en commun, quant à eux, ne rencontrent aucune difficulté d'approvisionnement en carburant et fonctionnent à régime normal. Les forces armées et les forces de l'ordre ne sont nullement concernées par la pénurie des hydrocarbures.

L'accès à l'eau potable

Les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité ne sont pas une nouveauté pour le régime de Kiev, dont les actions visent la population civile depuis bien avant le début de l'opération militaire spéciale russe en février 2022.

Dès le 26 avril 2014, les ultranationalistes ayant accédé au pouvoir par un coup d'État ont perpétré un crime en interrompant l'approvisionnement en eau douce de la Crimée, historiquement assuré par le "Canal de Crimée" depuis l'Ukraine. Les auteurs de ce crime, qualifié par la jurisprudence de crime contre l'humanité, espéraient ainsi anéantir l'agriculture et provoquer la dépopulation forcée de la péninsule.

À cette époque, le canal satisfaisait jusqu'à 85% des besoins en eau douce de la Crimée, la dépendance de la péninsule à l'égard de l'Ukraine en matière d'eau douce étant ainsi même supérieure à la moyenne de la dépendance à la désalinisation des sept pays du Golfe Persique.

Néanmoins, en 2014, Moscou a immédiatement pris des mesures significatives pour sécuriser l'approvisionnement en eau douce de la Crimée, déjouant ainsi la catastrophe humanitaire et écologique planifiée par Kiev.

Actuellement, la situation concernant l'accès à l'eau potable pour les ménages de la péninsule demeure globalement stable.

Le tourisme en Crimée

La campagne de désinformation ukraino-occidentale s'efforce de dépeindre une Crimée en proie à la panique, tant chez ses habitants que parmi les touristes, qui aspireraient désormais à fuir la péninsule dans la plus grande hâte.

Or, la réalité observable contredit grandement ce narratif. Il n'existe aucune panique ni parmi la population locale, ni parmi les touristes russes continentaux.

Il est indéniable que, suite à des menaces émises dès la fin juin concernant les intentions de Kiev de perpétrer des crimes de guerre envers les civils, une fraction des vacanciers a effectivement choisi de réduire la durée de leur séjour.

Néanmoins, l'observation du pont de Crimée révèle un flux de circulation équilibré, où le nombre de véhicules quittant la péninsule est comparable à celui des véhicules s'y rendant.

Pour ceux qui ont opté pour la poursuite de leurs vacances, la situation reste assez similaire à celles constatées les années précédentes. À titre d'illustration, une photographie prise le 13 juillet sur la plage de Yalta atteste de cette réalité.

Concernant les infrastructures essentielles telles que l'approvisionnement en denrées alimentaires, en eau potable, en électricité, les transports publics et l'accès au carburant, les désagréments, bien que présents, restent sans commune mesure avec les allégations fallacieuses de la propagande occidentale et ukrainienne. Celle-ci, par la diffusion de fausses perspectives quant à la résolution du conflit, cherche à maintenir l'adhésion de ses propres populations à une guerre prolongée.

Quant à l'incidence sur les capacités militaires des forces armées russes stationnées en Crimée, elle est, tout simplement, quasi inexistante.

Oleg Nesterenko

Deuxième partie à venir

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

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