L'engouement du gouvernement américain pour les cryptomonnaies dites "stablecoins" ne se limite pas à la corruption à la Trump ou au lobbying industriel. Il s'agit d'une tentative visant à réduire les coûts des emprunts fédéraux, une initiative qui pourrait, à long terme, compromettre la stabilité du système financier.
Source : Jacobin, David Martin
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Une nouvelle forme de cryptomonnaie, appelée "stablecoins", a fait une entrée fracassante sur la scène financière mondiale. Créé il y a à peine un peu plus de dix ans, ce secteur devrait connaître une croissance telle qu'il sera en passe de rivaliser avec certains des plus grands acteurs de la finance. Les analystes estiment que son volume atteindra 1 600 milliards de dollars d'ici 2030, ce qui lui confèrerait une valeur à peu près équivalente à celle de l'ensemble des actifs actuellement détenus par Citibank.
Pour expliquer l'ascension fulgurante des stablecoins, la plupart des analystes ont mis en avant les pratiques auto favorables de l'administration Trump. Le président Donald Trump utilise souvent sa fonction présidentielle à des fins personnelles, et les cryptomonnaies ne font pas exception. En mai 2025, la famille Trump a lancé un stablecoin (USD1) par l'intermédiaire de sa société de cryptomonnaies, World Liberty Financial. À peine deux mois plus tard, le Congrès a adopté la loi GENIUS (Guiding and Establishing National Innovation for US Stablecoins), qui établit un cadre réglementaire pour les stablecoins et a déclenché un afflux massif d'investissements dans ce secteur. Après l'adoption de cette loi, l'USD1 a vu sa capitalisation boursière atteindre près de 3 milliards de dollars en quelques mois, rapportant ainsi 412 millions de dollars à la famille Trump.
La corruption de l'administration Trump est un facteur important pour expliquer le soutien du gouvernement au secteur des stablecoins. Pourtant, en tant que prisme d'analyse, elle a ses limites. Comment, par exemple, expliquer le fait que la loi GENIUS ait été adoptée par les deux chambres du Congrès avec un soutien bipartisan suffisant pour passer outre un veto ? Quelque chose dans cette loi poussait de nombreux Démocrates (y compris certains des détracteurs les plus virulents du président Trump, comme les sénateurs Adam Schiff, Cory Booker et Kirsten Gillibrand) à voter en faveur de celle-ci.
Et bien que les intérêts des entreprises parviennent souvent à s'imposer dans la politique américaine, le secteur privé était loin d'être unanime. Les banques commerciales se sont opposées à des dispositions clés du projet de loi et ont exercé des pressions pour s'assurer que le secteur des stablecoins ne devienne pas un concurrent de poids.
La croissance rapide du secteur des stablecoins repose sur un autre facteur souvent négligé dans les analyses actuelles : le gouvernement fédéral a besoin de se financer à faible coût pour couvrir ses dépenses. Grâce à la loi GENIUS, il a mis en place une nouvelle mesure incitative légale visant à encourager les institutions financières à lui accorder des prêts.
Dans les faits, on constate que le besoin du gouvernement de se financer à bas coût a souvent joué un rôle de catalyseur dans la transformation du système bancaire américain, semant ainsi les germes de crises financières ultérieures. Alors que, par le passé, les mesures destinées à encourager l'octroi de prêts à bas coût au gouvernement étaient souvent prises en dernier recours en temps de guerre, aucune justification comparable n'existait lors de l'adoption de la loi GENIUS. En l'occurrence, la guerre contre l'Iran a rendu le besoin d'emprunts à faible coût encore plus pressant, même si la motivation initiale était une manœuvre risquée visant à financer des baisses d'impôts pour les plus riches.
La corruption au sein de l'administration Trump est un facteur important qui explique le soutien apporté par le gouvernement au secteur des stablecoins. Toutefois, en tant qu'angle d'analyse, elle a ses limites.
Si nous voulons un système financier stable qui serve l'intérêt général plutôt que ceux de politiciens corrompus et des ultra-riches, deux réformes majeures s'imposent. Premièrement, pour inverser la financiarisation de l'économie américaine observée au cours des soixante dernières années, il nous faut veiller à ce que la création monétaire soit assurée exclusivement par des banques réglementées. Dans le cadre de cette réforme, la Réserve fédérale, le Trésor et le Congrès doivent s'engager à réglementer les nouveaux acteurs financiers qui ressemblent à des banques mais n'en sont pas (comme les stablecoins), même si cela implique des coûts d'emprunt plus élevés pour l'État. Et deuxièmement, pour garantir que les régulateurs fassent leur travail, il nous faut éliminer toute incitation à fermer les yeux : le déficit fédéral doit être maîtrisé.
Comprendre les stablecoins
À la différence des cryptomonnaies plus volatiles comme le Bitcoin, les stablecoins sont, comme leur nom l'indique, conçus pour être stables, la plupart sont "indexés" sur le dollar américain. Certes, la terminologie peut prêter à confusion, mais leur fonctionnement s'apparente beaucoup à celui des banques. Comme dans le cas de ces dernière, les particuliers déposent leurs dollars auprès d'un émetteur de stablecoins et reçoivent en échange un équivalent en espèces, dans ce cas, un "stablecoin" plutôt qu'un acompte.
Depuis l'adoption de la loi GENIUS, les émetteurs de stablecoins sont légalement tenus de détenir certains actifs publics, tels que des titres du Trésor, en garantie de leurs émissions de stablecoins. L'un des objectifs de cette loi était de rendre les émetteurs de stablecoins plus sûrs en réglementant les actifs qu'ils étaient autorisés à détenir, à l'instar de ce que le gouvernement a souvent fait vis à vis des banques tout au long de l'histoire des États-Unis.
Si l'obligation faite aux émetteurs de stablecoins d'investir dans des actifs publics a renforcé la stabilité de cette monnaie, elle a également permis d'atteindre un autre objectif tout aussi important pour les autorités fédérales. Grâce à cette modification législative, le gouvernement fédéral a mis en place une incitation juridique pour que les institutions financières lui accordent des prêts, ce qui a permis de faire baisser le coût des emprunts par l'État.
Avec un déficit budgétaire avoisinant les 1 800 milliards de dollars et les politiques tarifaires de Trump ayant semé le chaos sur le marché obligataire l'année dernière, il n'était pas surprenant que l'administration se soit prononcée fermement en faveur du GENIUS Act. Elle a reconnu le lien entre la croissance des stablecoins et le marché des bons du Trésor, qualifiant le GENIUS Act de moyen de "renforcer la suprématie du dollar" (autrement dit : accroître la liquidité du marché des bons du Trésor et alléger les coûts de financement).
Plus généralement, l'appétit vorace du gouvernement fédéral pour des emprunts à faible coût peut permettre d'expliquer pourquoi le projet de loi a été adopté à une écrasante majorité, avec le soutien des deux partis tant à la Chambre des Représentants qu'au Sénat. La sénatrice Démocrate Kirsten Gillibrand, co-autrice du GENIUS Act, a salué ce projet de loi qui garantit la "suprématie du dollar", reprenant ainsi les propres termes de l'administration.
Parallèles historiques
Ce phénomène précis, qui consiste à privilégier de nouveaux acteurs financiers parce qu'ils permettent de réduire le coût des emprunts de l'État en période d'incertitude budgétaire, est loin d'être nouveau dans l'histoire des États-Unis.
En 1863, pendant la guerre de Sécession, le financement des dépenses publiques était une question de vie ou de mort pour l'Union. À court d'argent et de plus en plus irritée des effets inflationnistes liés à l'impression de monnaie fiduciaire ("greenbacks") pour financer la guerre, l'Union cherchait désespérément un moyen d'inciter davantage de particuliers ou d'entreprises à prêter de l'argent au gouvernement fédéral. Le système bancaire en place (souvent appelé "système de libre banque" (1837-1863), caractérisé par un patchwork de réglementations étatiques et l'absence de monnaie nationale, ne constituait pas une source d'emprunt efficace pour le gouvernement fédéral. En effet, les États n'exigeaient pas toujours des banques qu'elles détiennent de la dette fédérale dans leur bilan.
Le besoin du gouvernement de se financer à bas coût a souvent joué un rôle de catalyseur dans la transformation du système bancaire américain, semant ainsi les germes de crises financières futures.
Souhaitant renflouer les caisses du Trésor par d'autres moyens que l'impression de monnaie, le secrétaire au Trésor Salmon Chase proposa un nouveau système bancaire "national". À ne pas confondre avec la Première ou la Seconde banque des États-Unis, le système proposé permettrait à de nouvelles banques agréées au niveau national (mais entièrement privées) de déposer des obligations fédérales auprès du gouvernement afin de garantir l'émission de leurs billets de banque. Comme aujourd'hui, Chase cherchait à inciter les nouvelles institutions financières à prêter au gouvernement par le biais de modifications réglementaires.
Malgré l'opposition du système bancaire d'État en place, les Républicains n'avaient pas d'autre choix en 1863. Le sort de l'Union était en jeu. À l'issue d'un vote largement déterminé par la loyauté partisane, le système bancaire national fut adopté au début de l'année 1863, stabilisant ainsi le marché obligataire et réduisant les coûts d'emprunt du pays afin que l'Union puisse mener la guerre de Sécession. Le besoin du gouvernement fédéral de s'endetter à moindre coût a favorisé une refonte fondamentale du système bancaire du pays, qui a mis en place des incitations légales pour que les investisseurs prêtent à l'État.
Quelles sont les implications de la mise en place d'un système bancaire reposant sur la dette publique, à l'instar de ce qu'ont fait les Républicains avec le système bancaire national ? Bien que ce système ne soit pas aussi sûr que celui de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) d'aujourd'hui, qui permet au gouvernement fédéral de garantir les dépôts bancaires à hauteur de 250 000 dollars, ce n'est pas la pire des solutions. De nos jours, les bons du Trésor sont considérés comme très sûrs et hautement liquides, ce qui signifie que rares sont ceux qui remettraient en cause la qualité des actifs sous-jacents des banques, réduisant ainsi les risques de panique bancaire.
Mais il existe également des risques évidents. En établissant un lien entre le domaine budgétaire et le domaine financier, les décideurs politiques ont lié le sort du système bancaire national aux aléas des finances publiques. Qu'advient-il, par exemple, du système bancaire lorsque le montant total de la dette publique évolue ? L'histoire nous fournit là encore des repères.
Après les déficits colossaux engendrés par la guerre de Sécession, les responsables politiques ont, pendant la Reconstruction, augmenté les impôts et réduit les dépenses, ce qui a permis au gouvernement fédéral d'enregistrer un excédent budgétaire. Bien que les excédents soient souvent considérés comme un élément résolument positif, ils peuvent avoir des effets économiques indésirables. Fort de cet excédent, le Trésor a commencé à rembourser sa dette au lieu d'émettre de nouveaux titres, réduisant ainsi le montant total de la dette publique en circulation.
Cependant, comme la réglementation financière imposait aux banques nationales d'acheter de la dette fédérale pour émettre des billets de banque, et que celle-ci se faisait de plus en plus rare, les banques ont commencé à s'adapter : elles ont entièrement modifié leurs instruments monétaires, s'appuyant de plus en plus sur les dépôts bancaires plutôt que sur les billets. La question qui se posait ici était que, contrairement aux billets de banque, les dépôts bancaires n'étaient pas tenus d'être garantis par la dette publique et pouvaient au contraire être garantis par la dette privée.
Ce système bancaire fondé sur les dépôts et soutenu par la dette privée, et favorisé par les réformes fiscales du gouvernement, s'est révélé très fragile. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, ce système a connu de fréquentes crises bancaires, qui ont culminé avec le pire krach bancaire de l'histoire des États-Unis lors de la Grande Dépression.
La création du système bancaire national n'a pas été la seule occasion où le gouvernement fédéral a remanié le système financier afin d'encourager un endettement à faible coût, ce qui a eu des conséquences désastreuses par la suite. Comme je l'ai expliqué en détail ailleurs, le marché des "repo" [contrat de vente et de rachat, NdT], un élément clé du système bancaire parallèle qui s'est effondré lors de la grande crise financière de 2007-2008, a été créé pour aider à financer à moindre coût la dette publique pendant la Guerre froide. Pour pousser les investisseurs à prêter à l'État, on a de nouveau autorisé l'utilisation de la dette publique comme garantie dans le cadre d'un nouveau modèle bancaire. Or, lorsque l'administration Clinton, dans les années 1990, a enregistré un excédent budgétaire fédéral pour la première fois en près de trente ans, ces "banques parallèles" ont commencé à préférer la dette privée à la dette publique en tant que garantie, notamment les titres adossés à des créances hypothécaires (MBS).
Le recours à l'endettement immobilier des particuliers pour soutenir le système monétaire s'est révélé extrêmement instable. Lorsque la bulle immobilière a éclaté en 2007, cela a non seulement affecté le secteur immobilier, mais cela a eu aussi des répercussions sur le système financier, provoquant des paniques bancaires et une catastrophe économique.
Les stablecoins resteront-ils stables ?
Quel enseignement pouvons-nous tirer de cette histoire quant aux cryptomonnaies et aux stablecoins ? Tout d'abord, alors que de nombreux commentateurs actuels ont comparé l'essor des stablecoins et la loi GENIUS au système de "Free Banking" en raison de la croissance de la monnaie émise par le secteur privé, le secteur émergent des stablecoins s'apparente davantage au système des banques nationales en raison de ses liens avec le marché des bons du Trésor.
C'est précisément en raison de cette relation que, à court terme, les stablecoins pourraient s'avérer plus stables que ne le laissent entendre la plupart des commentateurs. Cela s'explique simplement par le fait que leurs dépôts sont adossés à la dette publique. La valeur de cette dette publique, soutenue par les interventions fréquentes de la Réserve fédérale, a peu de chances de s'effondrer dans un avenir proche. Bien que ce système ne soit pas aussi sûr que l'assurance-dépôts (dans laquelle les dépôts bancaires jusqu'à un certain montant sont garantis par la "pleine confiance et le crédit du gouvernement des États-Unis"), il s'est révélé plus stable que les systèmes monétaires adossés uniquement à la dette privée.
Cependant, à l'instar du système bancaire national et du marché des opérations de prêt sur titres qui a suivi, les décideurs politiques ont, avec la loi GENIUS, lié le sort de ce nouveau système bancaire à celui des finances publiques. Une éventuelle réduction du niveau de la dette publique, bien qu'elle constitue un objectif louable d'un certain point de vue, pourrait avoir de graves répercussions sur le système financier en l'absence d'autres réformes. S'il est peu probable que le gouvernement fédéral enregistre un excédent dans les années à venir en raison de l'ampleur considérable du déficit, c'est là une intention déclarée de la politique tarifaire de l'administration Trump.
La transition des cryptomonnaies, qui sont passées d'une niche numérique aux feux de la rampe de la finance traditionnelle, a suivi exactement le même chemin que celui des institutions financières traditionnelles que celles-ci aiment tant critiquer.
Pourtant, si le budget fédéral enregistrait un excédent, les émetteurs de stablecoins commenceraient sans aucun doute à chercher d'autres moyens de garantir l'émission de leurs dépôts, car l'offre de bons du Trésor diminuerait. À ce stade, une pression structurelle considérable s'exercerait en faveur d'une déréglementation permettant aux émetteurs de stablecoins de garantir leurs émissions par d'autres formes de dette privée bien moins sûres, créant ainsi à nouveau les conditions d'un nouvel effondrement financier.
Compte tenu de ces risques pour le système financier, quels sont les avantages supposés d'un rattachement du système budgétaire américain aux stablecoins ? Par le passé, les gouvernements ont pu invoquer des arguments d'intérêt public, au moins en apparence plausibles, pour prendre ce pari. En 1863, les Républicains ont réformé le système bancaire afin d'emprunter à bas coût pour vaincre le Sud et mettre fin à l'esclavage. Dans les années 1940 et 1950, la Réserve fédérale a créé et déréglementé le marché des pensions de titres pour financer les dépenses liées à la Guerre froide. Beaucoup conviendront que le jeu en valait la chandelle dans le premier cas ; et que le second constituait au moins d'une tentative de justification sérieuse, même s'il s'agissait surtout d'un alibi pour l'agression impérialiste américaine. Mais les arguments avancés aujourd'hui pour justifier un nouvel endettement (financer des baisses d'impôts régressives et stabiliser un marché obligataire ébranlé par la politique tarifaire de l'administration et, désormais, par un aventurisme militaire mal conçu) sont loin d'atteindre ne serait-ce qu'un niveau minimal de plausibilité.
En somme, la transition des cryptomonnaies, de la marge du monde numérique aux feux de la rampe de la finance traditionnelle, a suivi exactement le même chemin que celui des institutions financières traditionnelles que celles-ci aiment tant critiquer. À l'instar du marché des opérations de prêt sur titres et du système des banques nationales, les stablecoins ont été greffés sur l'appareil fiscal de l'État afin de réduire le coût d'emprunt du gouvernement. Comme l'histoire le montre, ces imbrications entre les domaines fiscal et financier ne garantissent pas une stabilité financière à long terme. Loin de libérer le peuple américain de l'alliance contre nature entre les banques et l'État, les stablecoins se sont simplement joints à la partie.
Comment reconstruire notre système financier
En tenant compte de ce contexte historique, le premier des deux piliers d'une réforme financière de bon sens consiste à repenser le système financier afin de garantir que la création monétaire soit le fait exclusif des banques réglementées. Morgan Ricks, dans son ouvrage intitulé The Money Problem, présente un point de vue détaillé de la manière dont une telle transformation pourrait s'opérer, notamment grâce à une loi sur les "activités bancaires non autorisées" qui empêcherait les nouveaux acteurs financiers, tels que les émetteurs de stablecoins, d'agir comme des banques sans être soumis aux garanties réglementaires qui s'appliquent aux banques (comme l'assurance-dépôts).
Une telle réforme permettrait non seulement de stabiliser le système financier, mais aussi de commencer à inverser la croissance fulgurante du secteur financier par rapport aux autres secteurs de l'économie observée depuis les années 1960. Cette dynamique, également appelée "financiarisation", a contribué à bon nombre des problèmes (explosion des inégalités, inflation des actifs et crises financières) qui affligent aujourd'hui les États-Unis.
Pourtant, la clé du succès de cette réforme réside dans la garantie que le Congrès et la Fed respectent leurs engagements. La Fed doit réglementer les nouveaux acteurs financiers qui ressemblent à des banques mais n'en sont pas, même si ces institutions financières contribuent à réduire le coût des emprunts de l'État. Le Congrès, quant à lui, doit exercer un contrôle plus efficace sur la Fed qu'il ne l'a fait par le passé.
Alors que la gauche tente de former une large coalition pour contrer le trumpisme et faire avancer des réformes indispensables, un programme axé sur la réduction de la dette et la taxation des plus riches pourrait constituer une voie à suivre.
Cela nous amène au deuxième volet d'une réforme financière de bon sens. Pour que la Fed et le Congrès puissent surveiller efficacement le système financier, il faut également supprimer les incitations qui poussent le secteur public à fermer les yeux en échange d'emprunts à faible coût : il faut réduire le déficit fédéral.
Mener à bien cette dernière tâche est plus facile à dire qu'à faire. Au XXIe siècle, les appels à la réduction du déficit budgétaire ont surtout constitué des armes rhétoriques utilisées par le parti d'opposition contre le parti au pouvoir, plutôt que de refléter une véritable stratégie de gouvernance. Les Démocrates, et la Gauche en général, ont souvent défendu l'idée qui voudrait que l'endettement fédéral soit peu préjudiciable et qu'il renforce en réalité la capacité de l'État à financer ses priorités progressistes. De leur côté, les Républicains font fi de la dette lorsqu'ils sont au pouvoir, préférant réduire les impôts des plus riches..
Bien que les élites des deux partis considèrent la dette publique comme une constante inéluctable de la politique américaine, la réduction de celle-ci bénéficie d'un soutien massif auprès du grand public. Depuis quinze ans, une très large majorité des citoyens déclarent que leur inquiétude personnelle concernant la dette fédérale, est "très grande", ou "assez grande". Si les économistes balayent souvent ces inquiétudes les qualifiant d'irrationnelles, l'histoire montre que le public comprend bien ses propres intérêts, même s'il ne peut pas expliquer précisément en quoi la dette est préoccupante. En effet, au fond, la question de la dette est simple : les créanciers détiennent le pouvoir, contrairement aux débiteurs. Les citoyens ne savent peut-être pas exactement à qui appartient la dette, mais ils savent que ce n'est pas à eux. Comme l'a constaté Sandy Hager, la répartition de la dette publique est très inégale : en 2013, les 1 % d'individus les plus riches des États-Unis détenaient 56 % de la dette publique américaine.
La réduction de la dette ne doit pas non plus passer nécessairement par l'austérité budgétaire. Au contraire, rendre le système fiscal plus progressif peut permettre de réduire la dette tout en finançant d'autres priorités politiques auxquelles la plupart des Américains sont favorables, comme la réduction des inégalités de revenus grâce à une augmentation de l'imposition des plus riches. Dans le New Jersey, par exemple, un récent sondage mené auprès des électeurs inscrits a révélé que 77 % d'entre eux, parmi lesquels 56 % de Républicains, estimaient que les écarts de revenus dans le pays étaient trop importants.
Alors que la Gauche tente de constituer une large coalition pour contrer le trumpisme et faire avancer des réformes indispensables, un programme axé sur la réduction de la dette et l'imposition des plus riches pourrait constituer une voie à suivre. En plus d'être populaire auprès de la population américaine, ce programme permettrait d'asseoir notre système financier sur des bases plus stables, nous protégeant ainsi de ces crises qui se sont avérées si destructrices pour les familles de la classe ouvrière et pour nos politiques nationales.
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David Martin est titulaire d'un doctorat en sciences politiques de l'université Rutgers et occupe le poste de chercheur associé au Eagleton Center for Public Interest Polling.
Source : Jacobin, David Martin, 11-06-2026
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises