
Par Larry C. Johnson, le 25 juillet 2026
Nous assistons à une escalade majeure en mer Rouge dans le cadre de la guerre non déclarée qui oppose AnsarAllah à l'Arabie saoudite, et ce conflit pourrait déborder sur la guerre menée par les États-Unis contre l'Iran. Au moment où j'écris ces lignes, les Houthis ont riposté à une attaque saoudienne contre le port de Hodeidah, contrôlé par les Houthis. Passons donc en revue les événements de la semaine.
Mercredi 22 juillet, le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, a revendiqué une attaque à l'aide de drones et de missiles contre deux pétroliers saoudiens, l'Encelia et le Layla, qui transitaient par la mer Rouge. La justification invoquée étant que ces navires ont violé le blocus maritime imposé par les Houthis.
L'Agence de presse saoudienne (SPA), citant un responsable de l'Autorité générale des transports, a confirmé que l'Encelia a été touché, faisant état d'un incendie à la proue et précisant que tout l'équipage est sain et sauf. L'UKMTO a enregistré le rapport d'un capitaine indiquant que son pétrolier a été touché par un projectile inconnu et qu'un incendie s'est déclaré à bord et que l'équipage combattait pour le maîtriser. L'attaque de l'Encelia est donc confirmée par l'État du pavillon. Celle du Layla n'est pour l'instant qu'une revendication des Houthis - la SPA n'a pas fourni de détails à ce sujet.
Après l'attaque de l'Encelia (mercredi) et une nouvelle frappe vendredi contre le navire saoudien NCC MASA (dégâts mineurs à la coque qui a poursuivi sa route vers sa destination selon la SPA), la coalition dirigée par l'Arabie saoudite a frappé Hodeidah, contrôlée par les Houthis, tard dans la soirée du vendredi 24 juillet. Al-Maliki a présenté cette intervention comme une "riposte militaire proportionnée contre des cibles militaires légitimes" - des sites utilisés pour menacer la navigation marchande - et a insisté pour souligner que le port lui-même n'a pas été touché et demeure accessible. Les Houthis voient les choses autrement : Al Masirah affirme que les frappes ont touché des infrastructures de télécommunications publiques dans la ville de Hodeidah et sur l'île de Kamaran (une femme y a été blessée), tandis que Reuters fait état d'explosions au port. Le ministère des Affaires étrangères des Houthis a averti que Riyad fait de "l'escalade pour l'escalade" la caractéristique déterminante de la phase à venir et que cette frappe "lui coûtera très cher".
Et, comme on pouvait s'y attendre, en l'espace de quelques heures, les Houthis ont lancé cinq missiles balistiques contre le terminal pétrolier d'ARAMCO situé dans le port de Jazan, en Arabie saoudite. Les installations de Saudi Aramco à Jazan (également orthographié Jizan) constituent l'un des projets industriels les plus ambitieux et les plus avancés sur le plan technologique du pays : une raffinerie entièrement intégrée, un complexe pétrochimique et un pôle de production d'électricité situés à l'extrême sud-ouest du royaume, sur la côte de la mer Rouge. La raffinerie est une raffinerie à conversion totale, c'est-à-dire capable de transformer du pétrole brut lourd en produits légers à forte valeur ajoutée, plutôt que de se contenter de séparer le brut en fractions. Jazan abrite la plus grande centrale électrique au monde fonctionnant par gazéification.
Le complexe de Jazan n'est pas simplement une raffinerie : c'est un écosystème énergétique entièrement intégré qui transforme le pétrole brut en produits raffinés, en produits pétrochimiques, en électricité, en hydrogène et en métaux industriels, tout en réduisant au minimum les déchets et les émissions. Il incarne la vision de Saudi Aramco d'un avenir plus intelligent et à faible empreinte carbone dans le secteur du raffinage, et sert de pilier économique à l'une des initiatives de développement régional les plus ambitieuses du Royaume. En d'autres termes, les Houthis ont frappé un actif énergétique saoudien d'une importance vitale.
La balle est désormais dans le camp des Saoudiens. Vont-ils intensifier les hostilités et attaquer les installations portuaires de Hodeidah, ou décideront-ils de suspendre les opérations militaires et de rechercher une solution diplomatique ? La décision la plus judicieuse serait d'opter pour la voie diplomatique. S'ils choisissent de frapper d'autres cibles sur le territoire contrôlé par les Houthis, la prochaine cible logique de ces derniers sera les terminaux pétroliers de Yanbu. Les deux principaux terminaux d'exportation de pétrole brut se trouvent à Yanbu, en Arabie saoudite. Ces deux terminaux, exploités par Saudi Aramco, traitent la majeure partie des exportations de pétrole brut en provenance du port de la mer Rouge (relié par l'oléoduc Est-Ouest). Ils disposent ensemble d'une capacité de chargement nominale combinée d'environ 4,5 millions de barils par jour (environ 1,5 million de bpd au nord et 3 millions de barils par jour au sud). Une attaque endommageant ou détruisant ces terminaux viendrait aggraver la pénurie mondiale de pétrole. Le week-end promet d'être pour le moins mouvementé.
Traduit par Spirit of Free Speech