27/07/2026 linvestigateurafricain.tg  5min #321468

Onu : qui est Olara Otunnu, le candidat surprise de l'Ouganda dans la course au secrétariat général ?

Komla YAWO

À quelques jours du premier scrutin indicatif du Conseil de sécurité de l'ONU, prévu le 30 juillet, la compétition pour désigner le successeur d'Antonio Guterres s'est enrichie d'un nouveau prétendant. L'Ouganda a officiellement présenté la candidature d' Olara Otunnu, ancien secrétaire général adjoint de l'ONU et diplomate chevronné. À 75 ans, il devient le septième candidat déclaré et le deuxième Africain en lice, aux côtés de l'ancien président sénégalais Macky Sall. Cette entrée tardive suscite toutefois de nombreuses interrogations. Pourquoi avoir attendu les derniers jours avant le début du processus de vote ? Cette stratégie peut-elle encore porter ses fruits ?

Un vétéran de la diplomatie internationale

Olara Otunnu n'est pas un inconnu dans les couloirs des Nations unies. Juriste de formation, diplômé de la faculté de droit de Harvard, il a consacré plus de quatre décennies à la diplomatie et aux affaires internationales. Après avoir exercé dans un cabinet d'avocats à  New York et enseigné le droit aux États-Unis comme en France, il est devenu, au début des années 1980, représentant permanent de l'Ouganda auprès de l'ONU.

Sa carrière a véritablement pris une dimension internationale lorsqu'il a présidé successivement le Conseil de sécurité en 1981 et la Commission des droits de l'homme entre 1982 et 1984. Sous le mandat de Kofi Annan, il a ensuite occupé le poste stratégique de secrétaire général adjoint des Nations unies et de représentant spécial pour les enfants et les conflits armés, une fonction qui lui a permis de devenir l'une des principales voix internationales sur la protection des enfants dans les zones de guerre.

Au-delà de l'ONU, Olara Otunnu s'est également engagé dans la vie politique ougandaise. En 2011, il avait tenté de mettre fin au long règne du président Yoweri Museveni en se présentant à l'élection présidentielle. Battu, il est ensuite revenu vers les activités diplomatiques et académiques.

ONU, pourquoi une candidature déposée à la dernière minute ?

L'annonce de sa candidature seulement cinq jours avant le premier vote indicatif du Conseil de sécurité a surpris de nombreux observateurs. Contrairement à plusieurs autres candidats, qui mènent depuis des mois une campagne active auprès des États membres, Olara Otunnu n'a pas bénéficié d'une longue période pour présenter sa vision ou convaincre les principales puissances diplomatiques.

Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce calendrier. D'abord, Kampala a peut-être attendu de mesurer les équilibres politiques avant d'engager officiellement son candidat. Les campagnes pour le secrétariat général sont largement influencées par les rapports de force entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Un État peut ainsi préférer attendre d'observer les premiers soutiens ou les blocages susceptibles d'affecter les autres prétendants.

Autre possibilité; l'Ouganda cherche à proposer une personnalité de consensus au moment où aucun candidat ne semble encore s'imposer définitivement. Les premiers tours de scrutin servent souvent à éliminer progressivement les candidats les moins soutenus et à révéler les véritables favoris. Dans cette logique, une entrée tardive peut permettre d'éviter une campagne longue et parfois coûteuse sur le plan diplomatique.

Cette stratégie demeure toutefois risquée. Les consultations informelles entre États ont commencé depuis plusieurs mois et les grandes capitales ont déjà largement évalué les différents profils.

Une candidature portée par l'expérience plus que par la campagne

Pour défendre son dossier, Olara Otunnu mise principalement sur son expérience exceptionnelle au sein des Nations unies. Le gouvernement ougandais le présente comme un "éminent homme d'État" capable de conduire une organisation confrontée à des défis majeurs; multiplication des conflits armés, tensions entre grandes puissances, réforme du multilatéralisme, changement climatique et financement des opérations de paix.

Selon Kampala, son parcours fait de lui un candidat disposant d'une connaissance approfondie du fonctionnement interne de l'organisation, mais également d'une solide crédibilité auprès des pays du Sud comme des partenaires occidentaux.

Le diplomate affirme vouloir mettre son expérience au service d'une ONU plus efficace, plus indépendante et davantage tournée vers la prévention des conflits. Son engagement de longue date en faveur des droits de l'enfant et de la protection des populations civiles constitue également un élément central de son argumentaire.

Reste que le temps joue contre lui. Face à des candidats présents depuis plusieurs mois dans les capitales diplomatiques, Olara Otunnu devra rapidement convaincre les quinze membres du Conseil de sécurité qu'il peut apparaître comme une alternative crédible. Le premier vote du 30 juillet permettra déjà de mesurer si cette candidature tardive relève d'un simple témoignage politique ou si elle est capable de rebattre les cartes d'une élection particulièrement ouverte.

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