28/07/2026 linvestigateurafricain.tg  4min #321564

 Le Tchad annonce son retrait de la Cour pénale internationale

Le Tchad quitte la Cpi : un nouveau coup porté à la justice pénale internationale en Afrique

Komla YAWO

Le Tchad a officiellement engagé son retrait de la Cour pénale internationale ( CPI), marquant une nouvelle étape dans la remise en cause de cette juridiction par plusieurs États africains. En notifiant au secrétaire général des Nations unies son retrait du  Statut de Rome, N'Djamena accuse la Cour d'exercer une justice "à géométrie variable" et de cibler de manière disproportionnée les pays africains. Cette décision intervient quelques semaines après les retraits du Niger, du Mali et du Burkina Faso, illustrant une défiance grandissante envers la juridiction basée à La Haye.

Une critique ancienne relancée par le Tchad

Dans son communiqué, le gouvernement tchadien justifie sa décision par ce qu'il considère comme un déséquilibre structurel dans les activités de la CPI. Selon les autorités, la majorité des enquêtes ouvertes depuis la création de la Cour concernent des pays africains. N'Djamena estime que cette concentration des procédures sur le continent nourrit l'impression d'une justice sélective, davantage tournée vers les États du Sud que vers les grandes puissances.

Pour les dirigeants tchadiens, cette situation traduit une "instrumentalisation politique" de la CPI. Ils reprochent notamment à la Cour de poursuivre certains responsables tout en restant impuissante face à des crimes présumés impliquant des États influents qui ne sont pas membres du Statut de Rome ou qui bénéficient d'un poids diplomatique important.
Cette critique n'est pas nouvelle. Depuis plusieurs années, plusieurs gouvernements africains dénoncent un traitement inégal des affaires internationales. Déjà en 2017, le Burundi avait quitté la CPI, tandis que d'autres États avaient envisagé un retrait collectif avant d'y renoncer.

Un retrait aux conséquences politiques importantes

Le retrait du Tchad ne prendra effet que dans un délai d'un an, conformément aux dispositions du Statut de Rome. Durant cette période, le pays demeure juridiquement tenu de coopérer avec la Cour sur les procédures déjà engagées.
Cette coopération a pourtant été importante au cours des quinze dernières années. Le territoire tchadien a notamment servi de base aux enquêteurs de la CPI travaillant sur les crimes commis au Darfour voisin. Les camps de réfugiés soudanais installés à l'est du Tchad ont constitué une source essentielle de témoignages pour les investigations de la Cour.

Au-delà de son impact juridique limité à court terme, la décision revêt une forte portée politique. En rejoignant le Niger, le Mali et le Burkina Faso dans leur retrait, le Tchad contribue à affaiblir davantage la représentation africaine au sein de la CPI. Si aucun autre État ne change de position, la Cour ne comptera plus que 29 États africains parmi ses membres, un chiffre susceptible de diminuer encore si d'autres retraits se concrétisent.

Cette dynamique pourrait également renforcer les appels en faveur d'un mécanisme africain de justice pénale, porté depuis plusieurs années par certains responsables de l'Union africaine. Le communiqué tchadien invite d'ailleurs explicitement l'organisation continentale à réfléchir à "l'avenir" du système actuel.

La CPI face à une crise de confiance

Le retrait tchadien intervient dans un contexte particulièrement délicat pour la Cour pénale internationale. Créée en 2002 pour poursuivre les auteurs de génocides, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, la CPI fait face à des critiques provenant de plusieurs régions du monde.

Ses défenseurs rappellent cependant que nombre des premières enquêtes africaines ont été ouvertes à la demande des États concernés eux-mêmes ou à la suite de saisines du Conseil de sécurité des Nations unies. Ils soulignent également que la Cour mène aujourd'hui des investigations dans plusieurs régions du monde, notamment en Ukraine, en Palestine, au Venezuela, au Bangladesh, en Afghanistan ou encore au Myanmar.

Malgré cette diversification, la perception d'un traitement inégal demeure forte dans plusieurs capitales africaines. L'absence de certaines grandes puissances, comme les États-Unis, la Russie ou la Chine, qui n'ont jamais ratifié le Statut de Rome, alimente également les critiques sur l'universalité de la justice internationale.

Le retrait du Tchad dépasse ainsi le seul cadre juridique. Il traduit une contestation plus profonde de l'ordre judiciaire international et reflète les tensions croissantes entre plusieurs États africains et les institutions internationales. Pour la CPI, cette nouvelle défection constitue un défi majeur : préserver sa crédibilité tout en répondant aux accusations récurrentes de partialité. Pour l'Union africaine, elle relance le débat sur la création d'un système judiciaire continental capable de concilier la lutte contre l'impunité et les exigences de souveraineté des États.

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