29/07/2026 ssofidelis.substack.com  8min #321689

Washington, Israël, l'Ukraine et l'Iran — vers une nouvelle équation ?

Par  Philip Giraldi, le 29 juillet 2026

La politique étrangère américaine, une "énigme nimbée de mystère au cœur du mystère" ?

Le président Donald Trump a rencontré mardi le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de réunions privées, sans le faste habituel, les séances photo et les communiqués de presse. Ces derniers étaient de passage à Washington pour assister aux funérailles du sénateur Lindsey Graham, mort il y a peu, grand ami de ces deux nations et qui peut être qualifié de "co-belligérant" à leurs côtés.

Pour l'instant, on ne sait pas grand-chose de ce qui s'est exactement dit lors de ces réunions à huis clos, même si l'on peut s'attendre à des fuites ou à de véritables révélations dans les prochains jours. Ces réunions ont rassemblé des personnalités clés de l'administration, comme le secrétaire d'État Marco Rubio et le secrétaire d'État Pete Hegseth, sans oublier le négociateur en chef Steve Witkoff et plusieurs membres du Congrès, mais Trump et Netanyahu se seraient tous deux montrés satisfaits du résultat.

Cette réunion revêtait une importance particulière, car on estime que les États-Unis cherchent une formule leur permettant de se retirer du conflit sans issue avec l'Iran tout en revendiquant une forme de victoire à l'approche des élections de mi-mandat où le poids de cette guerre impopulaire pèsera lourdement dans la balance. Et les funérailles de Graham ont offert une excellente occasion de tenir une réunion au plus haut niveau pour discuter de la marche à suivre relativement aux deux guerres dans lesquelles Trump s'est engagé mais qu'il n'a pas réussi à "gagner".

On a également constaté que les dirigeants ukrainien et israélien sont régulièrement en contact ces derniers temps, et on suppose qu'ils sont déterminés à convaincre un Trump de plus en plus réticent que leurs guerres contre l'Iran et la Russie sont aussi celles des États-Unis, pas tant en raison d'une menace immédiate et réelle pour les États-Unis que par la volonté d'affirmer un engagement envers ce qui s'apparente à des valeurs et intérêts communs face à des nations fondamentalement considérées comme adverses. Si Netanyahu et Zelensky parviennent à leurs fins, ils peuvent s'attendre à faire converger leur perception des deux conflits, les États-Unis finissant par se convaincre qu'ils sont confrontés à un Iran et à une Russie hostiles. Trump s'engagerait alors fermement dans son rôle principal de fournisseur d'armes, de ressource financière et de couverture politique.

Trita Parsi, de Responsible Statecraft,  a décrit ce qui est en train de se passer :

"Alors que le président ukrainien Volodymyr Zelensky arrive à Washington, de nombreux éléments indiquent qu'il ne cherche plus simplement à obtenir un soutien américain accru dans sa guerre contre la  Russie. Son objectif semble plutôt être de fusionner la  guerre en Ukraine et le conflit entre les États-Unis et l'Iran en un seul théâtre stratégique. Cette nuance est importante. Si les deux guerres ne font plus qu'une, l'Ukraine cesse d'être un simple bénéficiaire de l'aide militaire américaine pour devenir un participant direct à la guerre entre Washington et Téhéran. De même, les États-Unis ne seraient plus simplement le principal fournisseur d'armes de l'Ukraine. Ils deviendraient un belligérant actif contre la Russie dans un conflit s'étendant de la mer Noire à la mer Caspienne. Pour Kiev, cette évolution représenterait la percée stratégique qu'elle recherche depuis l'invasion russe de 2022".

Et on peut ajouter que faire intervenir une dimension russe réduirait la pression sur Israël, en contestant l'idée selon laquelle la guerre contre l'Iran serait avant tout une guerre initiée par et pour Israël.

À l'issue des pourparlers, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a délibérément décrit les échanges entre lui et Trump lors de cette huitième rencontre  comme  "l'une des meilleures conversations" qu'il ait jamais eues avec le président américain. Il a précisé :

"Ce fut une rencontre marquée par une coopération totale, un soutien mutuel et une entente sur l'objectif commun d'empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire, ainsi que sur d'autres objectifs. Ce fut l'un des plus beaux entretiens que j'aie eus avec notre ami, le président américain Trump".

Trump a lui-même reconnu que les échanges ont été positifs et sans heurts, soulignant leur accord total sur la nécessité d'empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a également qualifié ces discussions de "positives et productives".

Les sujets censés être abordés, tels que les renseignements prétendument fournis par Israël pour justifier les frappes américaines sur le site nucléaire de Pickaxe Mountain, connu sous le nom de Kolang Kouh en Iran, n'ont apparemment pas été évoqués, ou du moins pas dans les déclarations faites aux médias. La responsable de la presse et de la communication de M. Netanyahu, Tzipi Hotovely,  a affirmé que

"les allégations selon lesquelles Israël pousserait les États-Unis dans une certaine direction sur la question iranienne sont sans fondement. Le Premier ministre ne dit pas au président américain ce qu'il doit faire et ne le pousse dans aucune direction. Les deux parties souhaitent empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire, et il existe de nombreux moyens d'atteindre cet objectif".

Mme Hotovely a également déclaré aux journalistes que l'on s'attendait à ce que Trump exige d'Israël qu'il se retire des zones occupées par les soldats de l'armée israélienne au Liban, en Syrie et à Gaza, sans parler de son soutien aux attaques des colons dans les zones théoriquement sous contrôle palestinien et à Jérusalem, ce qu'il ne l'a pas fait.

Trump garde le silence sur les violations constantes par Israël de l'accord de cessez-le-feu soutenu par les États-Unis à Gaza, et tout porte à croire qu'il continuera à agir ainsi. Les derniers rapports indiquent que l'armée israélienne a tué plus de 1 200 Palestiniens depuis la signature de l'accord en octobre 2025, dont certains étaient des citoyens américains, fait qui aurait mérité un semblant de réaction. Des attaques contre des lieux de culte chrétiens ont également été signalées, sans que l'ambassadeur américain sioniste chrétien Mike Huckabee ne fasse la moindre déclaration alors qu'il a récemment affirmé que les États-Unis n'existeraient pas aujourd'hui si Israël n'avait pas été créé. Il a également précisé qu'Israël est bien sûr en droit de s'approprier toutes les terres qu'il souhaite au Moyen-Orient.

Où tout cela nous mène-t-il ? Quelqu'un croit-t-il vraiment qu'une décision prise tard dans la nuit par le Congrès à l'issue des sessions ordinaires, le soir suivant les funérailles du belliciste Lindsey Graham et l'apparition de Netanyahu et de Zelensky à la Maison Blanche et au Capitole pour renforcer les sanctions contre la Russie ainsi que contre l'Iran  ne serait qu'une simple coïncidence ? The Hill rapporte que

"le Sénat, lors d'un rare vote bipartite mardi soir, a avancé un projet de loi prévoyant des sanctions plus sévères à l'encontre de la Russie et des acheteurs de pétrole et de gaz russes que celles précédemment appliquées par les États-Unis, et la prolongation des sanctions existantes contre l'Iran, dans le but d'exercer une pression économique sur ces deux pays dans le contexte des conflits militaires en cours. Ce projet de loi, qui porte le nom de son coauteur, le feu sénateur Lindsey Graham (R-SC), bénéficie depuis plus d'un an d'un fort soutien de la part des membres des deux partis, ceux-ci y voyant un moyen de pénaliser davantage la Russie pour sa guerre en Ukraine. Le président Trump n'a donné son feu vert à une version de ce texte que très récemment, et a demandé qu'elle inclue des sanctions renforcées contre l'Iran. Le projet a été adopté par 86 voix contre 12... Le sénateur Roger Wicker (Républicain du Mississippi), président de la commission des forces armées, s'est exprimé en séance plénière du Sénat en faveur de ce texte plus tôt dans la soirée. 'Si nous pouvons tirer un enseignement du despote russe Vladimir Poutine au cours de cette guerre, c'est que le massacre de civils, voire de ses propres soldats russes, ne le trouble pas le moins du monde', a déclaré M. Wicker. 'Il fait fi de toute vie humaine. En revanche, il accorde une grande importance à la puissance de sa machine de guerre, et c'est pourquoi Poutine compte sur la vente de ses ressources énergétiques. C'est justement ce que vise ce projet de loi'".

Quelle ironie, n'est-ce pas ? Les États-Unis qui ont tué 163 écolières et enseignantes en Iran à l'aide de bombes à double frappe pour bien s'assurer qu'elles meurent toutes, donnent des leçons au monde entier sur la prétendue immoralité de la Russie en temps de guerre, tandis que leur "meilleur ami" et "allié le plus proche", Israël, massacre des dizaines, voire des centaines de milliers de Palestiniens dans ce que le monde entier, à l'exception de Washington, considère comme un génocide. Voilà qui peut donner envie de rire ou de pleurer, mais pour le meilleur ou pour le pire, Trump s'est une nouvelle fois fait manœuvrer par les dirigeants d'Israël et d'Ukraine, et les États-Unis s'engagent désormais de facto dans une guerre tant eurasienne que moyen-orientale.

Traduit par  Spirit of Free Speech

* Philip Giraldi est directeur exécutif du Council for the National Interest, une fondation éducative qui milite en faveur d'une politique étrangère américaine au Moyen-Orient davantage axée sur l'intérêt national. Son site web est  councilforthenationalinterest.org et son adresse e-mail est informcnionline.org.

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