
Komla YAWO
Réuni à Johannesburg, le Parlement panafricain (PAP) a placé la montée des violences xénophobes en Afrique du Sud au cœur de ses travaux. Les parlementaires africains ont exprimé leur profonde inquiétude face à une nouvelle vague d'attaques visant des ressortissants d'autres pays du continent, des violences qui ont déjà fait plusieurs morts, provoqué des milliers de déplacés et ravivé les tensions entre Pretoria et plusieurs capitales africaines.
Au-delà de la condamnation des violences, cette session du Parlement panafricain soulève une interrogation plus large : comment préserver le projet d'intégration africaine lorsque des Africains deviennent les cibles d'autres Africains ? Pour les élus du continent, la réponse dépasse le seul cadre sécuritaire et touche aux fondements mêmes de l'Union africaine.
Une session consacrée à l'intégration et à la paix sur le continentLe Parlement panafricain est l'organe législatif consultatif de l'Union africaine chargé de promouvoir la démocratie, la bonne gouvernance et l'intégration politique des États membres. Les sessions ordinaires réunissent des représentants des parlements nationaux pour débattre des grands défis auxquels fait face le continent.
La rencontre de Johannesburg intervient dans un contexte marqué par plusieurs crises : conflits armés, déplacements forcés de populations, insécurité alimentaire, changements climatiques et ralentissement économique. Les députés ont également examiné des questions liées à la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine ( ZLECAf), à la libre circulation des personnes et au renforcement des institutions africaines.
Mais les violences xénophobes survenues en Afrique du Sud se sont imposées comme l'un des sujets les plus sensibles des débats. Pour de nombreux parlementaires, ces attaques remettent en cause les objectifs d'intégration défendus par l'Union africaine depuis sa création.
Les discussions ont ainsi porté sur la nécessité de mieux protéger les migrants africains, de lutter contre les discours de haine et de renforcer la coopération entre les États pour prévenir de nouvelles flambées de violence.
Même si le Parlement panafricain ne dispose pas d'un pouvoir législatif contraignant sur les États membres, ses résolutions constituent des orientations politiques importantes.
Au terme de leurs travaux, les membres du Parlement panafricain ont adopté une position commune articulée autour de plusieurs priorités. Ils ont d'abord condamné avec fermeté les violences visant les ressortissants africains installés en Afrique du Sud, estimant que ces attaques sont contraires aux valeurs de solidarité et d'unité défendues par l'Union africaine.
Les parlementaires ont ensuite exhorté les autorités sud-africaines à renforcer les mesures de sécurité afin d'assurer la protection de toutes les personnes vivant sur leur territoire, sans distinction de nationalité ou d'origine. Ils ont également insisté sur la nécessité de mener des enquêtes impartiales et approfondies pour identifier les responsables des violences et les traduire devant la justice.
La session a aussi mis l'accent sur le renforcement de la coopération entre les États africains en matière de migration et de gestion des flux de population, afin de prévenir les tensions liées aux mouvements migratoires. Les élus ont par ailleurs appelé à intensifier les campagnes de sensibilisation contre la xénophobie, le racisme et les discours de haine, considérés comme des facteurs favorisant les violences.
Enfin, le Parlement panafricain a réaffirmé son attachement au principe de la libre circulation des personnes, l'un des piliers de l'Agenda 2063 de l'Union africaine. Les députés ont souligné que l'intégration du continent ne pourra se concrétiser que si les citoyens africains peuvent circuler, vivre et travailler dans les différents États membres dans un climat de sécurité, de respect mutuel et de fraternité.
Les parlementaires ont également insisté sur les causes profondes de ces violences. Le chômage élevé, les fortes inégalités sociales, la pauvreté et la concurrence pour l'accès aux emplois ou aux services publics alimentent régulièrement des tensions entre populations locales et travailleurs étrangers. Toutefois, plusieurs intervenants ont rappelé que ces difficultés économiques ne sauraient justifier des attaques contre des ressortissants africains.
Pretoria promet des mesures mais rejette toute généralisationFace aux critiques exprimées durant les travaux du Parlement panafricain, les autorités sud-africaines ont réaffirmé leur condamnation des violences.
Johannesburg souligne que les forces de sécurité ont été mobilisées dans les zones affectées afin de rétablir l'ordre, protéger les populations et procéder à des arrestations lorsque des infractions sont constatées. Les autorités indiquent également que des enquêtes sont en cours pour identifier les responsables des attaques.
Le gouvernement sud-africain insiste cependant sur un point essentiel : il rejette l'idée selon laquelle ces violences refléteraient la politique officielle de l'État ou les valeurs de la nation sud-africaine. Pretoria affirme que ces actes sont le fait de groupes criminels ou d'individus isolés exploitant un contexte socio-économique difficile.
Les responsables sud-africains rappellent aussi que leur pays accueille depuis plusieurs décennies des millions de ressortissants originaires d'autres États africains, lesquels participent activement à l'économie nationale. Selon eux, qualifier systématiquement l'Afrique du Sud de pays "xénophobe" ne rend pas compte de la complexité de la situation et risque d'alimenter davantage les tensions.
Pour autant, les appels du Parlement panafricain rappellent que la crédibilité du projet d'intégration africaine dépend de la capacité des États à garantir la sécurité de tous les citoyens africains, où qu'ils résident sur le continent. Les violences récurrentes en Afrique du Sud constituent ainsi un défi majeur pour l'Union africaine, qui cherche à promouvoir une Afrique sans frontières, fondée sur la solidarité, la mobilité et le respect des droits humains.