
Par Pepe Escobar, le 29 juillet 2026
La surdité, le mutisme et la cécité impériaux semblent appelés à s'aggraver.
Intensifier la "pression économique" à coups d'embargos & sanctions supplémentaires, comme le recommande le Talleyrand de l'immobilier, Jared Kushner, le "conseiller" familial "version light" d'Epstein.
La manière dont l'Iran démantèle l'ensemble de l'écosystème militaire américain à travers l'Asie occidentale grâce à une stratégie extrêmement rigoureuse est tout simplement impressionnante.
L'ensemble de l'infrastructure logistique du CENTCOM est une cible légitime (avec des conséquences dévastatrices) : radars d'alerte précoce coûteux, systèmes complets de défense aérienne, hangars, centres logistiques, dépôts de carburant et de munitions, bases d'opérations avancées, moyens de surveillance navale et maritime et réseaux de collecte du renseignement et de communication.
On assiste déjà à un véritable "best of" à tous les niveaux. Citons, par exemple,
- la Tour 22 - qui soutient les opérations à al-Tanf,
- la base aérienne de Muwaffaq Salti - qui accueille des avions américains pour de multiples opérations,
- Erbil, au Kurdistan irakien, qui soutient les opérations du renseignement et les opérations spéciales,
- Bahreïn, qui, comme chacun sait, abrite le quartier général de la 5e flotte de la marine américaine,
- le Koweït - une immense zone logistique et opérationnelle,
- le Qatar - qui abrite le quartier général avancé du CENTCOM et la plus grande base aérienne américaine d'Asie occidentale.
Les frappes sur tous ces points stratégiques ternissent jour après jour le mythe de la projection de puissance américaine. Ces points stratégiques sont pour l'essentiel désormais sourds, muets et aveugles. Contrairement au classique du groupe The Who, la Perse est désormais l'enfant dans le magasin de bonbons (militaire), jouant une partie de flipper acharnée contre l'Empire du chaos, du mensonge, du pillage et de la piraterie.
L'Iran sait où se trouve chaque chose - au millimètre près. Inutile de se lancer dans des séances photo spectaculaires à la "choc et effroi" pour monopoliser l'actualité. Ce qui importe, c'est la torture à la chinoise consistant à dégrader progressivement les capacités de l'ennemi. La stratégie est douloureusement méthodique, et douloureusement précise.
Rien d'étonnant à ce que l'Empire de la piraterie soit dans un état catatonique. Que faire lorsque votre matériel de détection et de surveillance, extrêmement coûteux et pratiquement irremplaçable, est réduit en cendres ? Lorsque vos écrans s'assombrissent d'un coup ? Lorsque l'arrogance impériale de toute la chaîne de commandement est torpillée en temps réel ?
L'art de la guerre à l'iranienne est un mélange sophistiqué qui pourrait bien faire l'objet d'études dans les académies militaires occidentales. Tout est logique et interconnecté - de la destruction des infrastructures de soutien ennemies à l'affaiblissement progressif des capacités du renseignement, de la surveillance et de la reconnaissance, de l'épuisement des stocks de défense aérienne et d'intercepteurs aux perturbations généralisées de la logistique.
Et le tout est extrêmement bénéfique - mais certainement pas pour l'Empire agresseur, car chaque Patriot (défaillant) coûte des millions de dollars et ne peut tout simplement plus défendre simultanément des dizaines de sites différents.
Pour résumer, voilà à quoi ressemble la dégradation systématique de toute l'architecture régionale qui permettait aux États-Unis et à leurs vassaux de projeter leur puissance militaire à travers l'Asie occidentale. Le tout se déroulant sous les yeux de l'ensemble du Sud global. Le manuel est accessible à tous, en direct et en temps réel.
Tout a une finLa précision, la retenue et les capacités de portée de l'Iran mettent fin à tout ce cirque tapageur émanant de l'Empire des salades - alors que les missiles et drones iraniens frappent sans relâche les avions de chasse, les Black Hawks, les centres de données (comme le hub central d'Amazon à Bahreïn), les dépôts logistiques, les centrales électriques - et bien plus encore.
Il suffit au Sud global de consulter les images satellites montrant les fameux cratères qui jonchent le Koweït, le Qatar, Bahreïn et les Émirats arabes unis. Et l'Iran n'a même pas encore vraiment lancé l'offensive. Si l'Iran venait à anéantir les dernières chaînes de production de GNL du Qatar, la majeure partie de la planète se retrouverait privée de GNL en provenance de Doha pendant au moins une décennie - sans parler de l'hélium nécessaire à la fabrication des micropuces.
L'humiliation massive que représente une frappe détruisant l'une de ces cibles faciles à plusieurs milliards de dollars est pour l'instant réservée au moment opportun. Car c'est l'Iran qui mène la danse, et le temps joue en sa faveur.
Rien de tout cela, bien sûr, ne minimise les risques liés à l'escalade. Et nous sommes toujours au cœur de ce qui pourrait devenir la "mère de toutes les escalades".
Mais soudain, la machine impériale s'arrête - et le CENTCOM s'abstient de bombarder l'Iran pendant deux jours. Lors d'une réunion à huis clos à Washington vendredi, quelqu'un dont le QI dépasse la température ambiante (J.D. Vance ? le général Caine ? Les deux ?) a osé avertir néo-Crassus que sa "guerre totale" est vouée à l'échec.
Et ce pour toute une série de raisons évidentes : de l'indisponibilité des missiles Patriot à la panique généralisée parmi les pétro-monarchies du Golfe, des risques pour l'économie mondiale à la crise pétrolière massive qui menace de sévir d'un moment à l'autre.
Néo-Crassus reviendra-t-il alors sur le protocole d'accord qu'il a signé avant de faire pleuvoir les bombes ? Bien sûr que non. Le "plan B" pourrait plutôt consister à intensifier la "pression économique" à coups d'embargos et de sanctions supplémentaires, comme le recommande le Talleyrand de l'immobilier du moment, Jared Kushner, le "conseiller" familial "version light" d'Epstein.
Ce ne sont donc pas seulement les réserves mondiales de pétrole - et la Réserve stratégique de pétrole des États-Unis (SPR) - qui s'épuisent. Les THAAD, les Patriot, les JASSM, les Tomahawk, tout est en train de disparaître.
La lancée d'AnsarallahEt puis il y a Ansarallah et les Forces armées yéménites - qui, désormais en pleine ascension, entraînent l'Arabie saoudite dans une escalade suicidaire après avoir cassé l'équation de la dissuasion aérienne unilatérale.
Le coût de toute confrontation entre Ansarallah et Riyad se traduira par une vague dévastatrice pour l'empire : le double coup fatal de la flambée des prix du pétrole, associé à la "perturbation" désormais proverbiale de la navigation et du commerce dans le détroit d'Ormuz et à Bab al-Mandab. Les Saoudiens n'ont aucun moyen d'échapper à ce piège stratégique - qu'ils ont eux-mêmes tendu.
La dernière fois que le géant du raffinage d'Abqaiq - qui traite jusqu'à 7 % du pétrole brut mondial - a pris feu en 2019, Riyad a capitulé devant Sanaa en un clin d'œil.
Aramco a déjà suspendu ses activités à Abqaiq. Concrètement, ce sont au moins 7 millions de barils de pétrole par jour qu'il faut soustraire du marché mondial.
Même les pétroliers vides faisant route vers le port de Yanbu, sur la mer Rouge, se voient refuser le passage par le Yémen au niveau du détroit de Bab al-Mandab. Ajoutez-y le pipeline Est-Ouest, soumis à un étranglement de facto, et l'Arabie saoudite se retrouve totalement paralysée, malgré les nombreuses tentatives de désinformation.
Le Yémen a frappé là où ça fait vraiment mal. L'Arabie saoudite ne dispose que de quatre terminaux pétroliers principaux et de dix raffineries centrales. À l'exception de Jizan - dont les réservoirs de stockage de carburant ont déjà été incendiés - ceux-ci sont regroupés en trois zones cibles extrêmement faciles à toucher. Le Yémen peut facilement réduire en cendres la partie occidentale, tandis que la résistance irakienne s'occupe de la partie orientale.
Le Yémen dispose de tout ce qu'il faut pour paralyser le corridor de l'oléoduc Est-Ouest et le chargement du terminal pétrolier de Yanbu, ainsi que le contournement par le canal de Suez, à l'aide de quelques missiles balistiques seulement, économisant ainsi ses meilleurs atouts et ses moyens de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR) pour toute éventualité future.
Dans une perspective plus large, les partenariats stratégiques interconnectés entre la Russie, la Chine et l'Iran en Eurasie restent pleinement en vigueur. En pratique, cela signifie que la Russie et la Chine soutiennent l'Axe de la Résistance.
L'Iran utilise le système russe de Mourmansk - qui brouille inexorablement le GPS et aveugle les missiles américains et israéliens.
L'Iran recourt aussi au système chinois Beidou - l'équivalent du GPS, impossible à brouiller par les Américains et offrant une précision au centimètre près aux missiles et drones iraniens.
Et l'Iran s'appuie sur le système russe Kometa, des puces électroniques équipant les missiles et les drones pour semer le chaos dans la guerre électronique américaine.
Pendant ce temps, sur le front diplomatique, Téhéran a rejeté tous les derniers ultimatums américains. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a révélé avoir participé à des pourparlers indirects avec Washington, tant à Islamabad qu'à Mascate - ce que les médiateurs pakistanais ont également confirmé.
L'équipe de "Neo-Crassus" a même exigé, à Mascate, que les États-Unis continuent à "gérer" la voie sud du détroit d'Ormuz. Téhéran a refusé, rappelant que la seule option envisageable reste le protocole d'accord, ou rien. Les États-Unis semblent donc déterminés à accentuer leur surdité, leur mutisme et leur cécité impérialistes.
Traduit par Spirit of Free Speech