30/07/2026 palestine-solidarite.fr  10min #321751

Point hebdomadaire de la situation en Cisjordanie occupée 21-28 juillet 2026

Par l'Agence Média Palestine

Du 21 au 28 juillet 2026, la Cisjordanie occupée a vécu l'une de ses semaines les plus sanglantes de l'année. Un pogrom perpétré par des colons à Tal, près de Naplouse, a fait six morts et déclenché une opération militaire israélienne de grande ampleur : bouclages, centaines d'arrestations, mosquées incendiées, nouvel avant-poste à Jérusalem-Est. Pendant ce temps, les ministres israéliens rivalisent de déclarations appelant à "raser" des villages entiers - à trois mois d'élections où Benjamin Netanyahou, qui joue sa survie politique, mise tout sur la destruction de la présence palestinienne.

Tell : le pogrom qui a fait basculer la semaine

Vendredi 24 juillet, une vingtaine de colons israéliens armés pénètrent dans le village de Tell, au sud-ouest de Naplouse, près de la colonie de Havat Gilad, sous prétexte d'une "randonnée". Les habitants sortent défendre leurs maisons. Les colons ouvrent le feu à balles réelles. Une demi-heure plus tard, une seconde vague d'attaque touche l'autre partie du village, blessant un enfant. Le chaos amène l'armée israélienne sur place, qui tire à son tour sur les Palestinien•nes

Bilan : quatre Palestiniens tués et deux Israéliens morts, selon un décompte concordant de l'armée israélienne, de l'OCHA et de Human Rights Watch, qui portent à dix le nombre de Palestiniens tués en Cisjordanie depuis le 19 juillet. Des dizaines de blessés côté palestinien sont égalementà déplorer, ainsi que des dégâts matériels importants.

La version israélienne qui affirme qu'il s'agissait d'une "attaque terroriste" contre des randonneurs, est frontalement démentie par les témoignages recueillis sur place et par l'évidence manifeste des vidéos qui circulent :

Une vidéo montre, selon des témoins locaux, un jeune Palestinien, Farouk Ramadan, d'abord frappé à la tête par un colon armé alors qu'il tentait de protéger un proche, avant de désarmer son agresseur et de riposter - avant d'être lui-même tué.

يُظهر هذا الفيديو، من مسافة قريبة جداً، تفاصيل ما حدث من قتل المستوطنين الإسرائيليين أربعةَ شبان فلسطينيين من عائلة واحدة في قرية تل غرب نابلس، حاولوا الدفاع عن أنفسهم وعن قريتهم ومنازلهم بعد أن هاجمهم المستوطنون بالسلاح. حيث بدأ المستوطنون إطلاق النار عليهم من مسافة قريبة، فسحب...  pic.twitter.com/m36ikQTILb

- Tamer |تامر (@tamerqdh)  July 24, 2026

Drop Site News a publié une reconstitution image par image de la séquence, concluant que Farouk Ramadan a agi en légitime défense face à une menace armée imminente, et non dans le cadre d'une "attaque terroriste" comme l'affirment les responsables israéliens.

💢 A breakdown of how the incident in Tel, Nablus unfolded:

The Palestinian man, Farouk Ramadan, initially appears to be trying to protect another Palestinian (likely his brother) when an armed settler hits him in the head with a rifle. (Image 2)

As he moves away, he is...  pic.twitter.com/gRy1972E0G

- Drop Site (@DropSiteNews)  July 24, 2026

La rapporteuse spéciale de l'ONU Francesca Albanese a dénoncé le même jour des exécutions "de sang-froid" à Tell et dans le village voisin de Far'ata, évoquant une logique de "Gazafication" de la Cisjordanie. Selon l'agence Wafa, cinq villages palestiniens autour de Naplouse ont été attaqués le seul vendredi 24 juillet.

Le bilan macabre de la semaine

Le massacre de Tell ne surgit pas de nulle part : il clôt une semaine et demie d'escalade continue.

  • Nuit du 19 au 20 juillet, Deir Jarir (nord de Ramallah) : comme nous le rapportions la semaine dernière, des colons s'en sont pris au village pour y voler du bétail. Quand les habitants se sont interposés, l'armée israélienne a ouvert le feu, tuant Odeh Farakhna, 53 ans, et Ahmad Abou Mkhou, 26 ans, deux hommes que l'armée accuse d'avoir jeté des pierres. Une troisième personne a ensuite été blessée le lendemain lors d'une nouvelle attaque de colons contre la même localité.
  • 18 juillet, Al-Mughayyir : mort des suites de ses blessures de Fadi Al-Nassan, 17 ans, jeune espoir du football palestinien, touché aux jambes lors d'une précédente incursion de colons.
  • 24 juillet, Far'ata (Qalqilya) : au moins huit blessés, plusieurs par balles réelles, selon le Croissant-Rouge palestinien ; le chef du conseil du village accuse des colons accompagnés de soldats d'avoir incendié des oliveraies.
  • 24 juillet, Sarra (Naplouse) : deux hommes blessés lors d'une attaque similaire.

Avant même cette flambée, le ministère palestinien de la Santé recensait déjà 87 Palestiniens tués en Cisjordanie depuis janvier 2026, dont 21 abattus directement par des colons, et environ 850 blessés dans des attaques de colons. Le bilan global depuis octobre 2023 dépasse désormais 1 090 morts palestiniens, selon un décompte de l'AFP.

Naplouse harcelée : sièges, rafles et hôpital pris d'assaut

Dès le 24 juillet au soir, l'armée a annoncé une "vaste opération antiterroriste" et bouclé l'ensemble de Naplouse et des villages environnants.

  • Plus de 70 Palestiniens arrêtés en 48 heures à travers toute la Cisjordanie, dont au moins 30 dans le seul village de Tell, huit dans le gouvernorat d'Hébron, 13 dans les gouvernorats de Ramallah et al-Bireh, trois à Bethléem, cinq à Jénine, cinq à Tulkarem et 6 à Qalqilya. Des raids ont aussi visé Tubas et le camp de réfugiés d'Al-Far'a.
  • À Tell même, les forces d'occupation israéliennes ont perquisitionné environ 70 maisons ; des images diffusées par Quds News Network montrent des hommes aux yeux bandés emmenés par les soldats.
  • Des arrestations ont même eu lieu à l'hôpital de Naplouse, où des blessés ont été interpellés directement sur leur lit.
  • Tous les checkpoints menant à Naplouse et à Tell ont été fermés, coupant la ville de tout accès. Physicians for Human Rights Israel rapporte que deux femmes palestiniennes ont dû accoucher dans une voiture faute de pouvoir franchir les barrages militaires israéliens.

Le reporter et militant russo-israélien Andrey X (Andreï Ilitch Khrjanovski), qui documente la vie des Palestinien•nes en Cisjordanie au jour le jour, a alerté sur son compte X : "Israël prépare une vaste campagne de terreur en Cisjordanie. Les checkpoints autour de Naplouse et de Ramallah sont fermés, les déplacements sont fortement restreints, l'armée déploie davantage de troupes, et des colons se rassemblent pour lancer des pogroms."

❗️ Israel is preparing a massive terror campaign in the West Bank.

Checkpoints around Nablus and Ramallah are shut down, movement is heavily restricted, IDF is moving more troops into the region, and settler-terrorists are gathering to launch pogroms.  t.co  pic.twitter.com/Zw1YMXyLf7

- Andrey X (@the_andrey_x)  July 26, 2026

Pendant ce temps, Israël poursuit son harcèlement des journalistes qui couvrent la situation. Sur une vidéo diffusée le 26 juillet par le média palestiniens Roya, on peut voir un laser pointé sur la poitrine du journaliste qui couvre, face caméra, les évènements de Naplouse. Celui-ci s'en rend compte mais poursuit néanmoins son direct. Ces tentatives d'intimidation contre la liberté d'information s'inscrivent dans le plus grand massacre de journalistes de l'histoire récente : Israël a assassiné  366 journalistes et travailleurs des médias depuis le 7 octobre 2023, la plupart à Gaza.

Nablus |West Bank🚨

Israeli occupation forces are pointing laser sights at journalists covering the closure of checkpoints and the siege imposed on Nablus.  pic.twitter.com/RqOgaTiVEj

- West Bank Observer (@WBobservr)  July 26, 2026

Cette campagne s'ajoute à une répression déjà massive : plus de 9 300 Palestiniens sont détenus illégalement dans les prisons israéliennes début juillet, dont environ 3 360 en détention administrative - sans inculpation ni procès -, et près de 3 600 arrestations ont eu lieu en Cisjordanie depuis janvier.

Terrorisme des colons, mosquées incendiées, nouvel avant-poste

Dans la nuit de du 25 au 26 juillet, les attaques de colons s'est abattue sur plusieurs villages :

  • Deux mosquées ont été incendiées et taguées, à Qousra (sud de Naplouse) et à Kour (nord-ouest de Tulkarem). Sur un mur de la mosquée de Qousra, un graffiti en hébreu réclame "Vengeance Benayahu", du nom d'un colon tué à Tell.
  • Un nouvel avant-poste de colonisation a été établi à l'est de Jérusalem-Est occupée, rapporte l'agence Wafa. Un signe que l'expansion des colonies ne marque aucune pause, même en pleine flambée de violence.

Ces épisodes s'inscrivent dans une tendance de fond documentée par l'ONU et Amnesty International : rien qu'entre janvier 2023 et avril 2026, près de 3 000 Palestiniens ont été déplacés de force par des démolitions en zone C, et 2026 affiche déjà le rythme mensuel de déplacements le plus élevé depuis dix-sept ans, l'ONU évoquant un risque de "nettoyage ethnique".

Les mots qui tuent : le gouvernement israélien revendique le nettoyage ethnique

Durant cette dernière semaine et à l'approche des élections législatives, les dirigeants israéliens ont attisé la situation à visage découvert.

Benjamin Netanyahou a ordonné une série de "mesures énergiques contre le terrorisme" : démolition de la maison du Palestinien tenu pour responsable de la mort d'un Israélien, révocation de permis de travail dans des villages qualifiés de "foyers terroristes", renforcement des troupes, nouveaux checkpoints, et accélération de la légalisation d'avant-postes de colonisation.

Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale, a appelé sur X à "raser par voie aérienne" les foyers des "terroristes", promettant que les villages palestiniens seraient traités comme la ville assiégée de Beit Hanoun à Gaza.

Bezalel Smotrich, ministre des Finances, a souhaité que ces villages "ressemblent aux camps de réfugiés de Naplouse et de Tulkarem", rasés lors d'une opération militaire de janvier 2025 que Human Rights Watch qualifie de crime de guerre et de nettoyage ethnique. Il a par ailleurs salué les "fermes-avant-postes" et leurs "pionniers héroïques" comme le "rempart" de l'État d'Israël.

Human Rights Watch a directement mis en cause la responsabilité de l'État israélien, l'accusant de n'avoir rien fait pour empêcher l'attaque de Tell et avertissant que ces déclarations ouvrent la voie à des atrocités de masse.

Même les médias israéliens s'inquiètent d'une troisième intifada

Fait notable cette semaine : la mise en garde ne vient pas seulement des ONG et de l'ONU. Dans la presse israélienne elle-même, plusieurs éditorialistes, y compris conservateurs, pointent la responsabilité directe du gouvernement Netanyahou. Dans Yediot Aharonot, Nahum Barnea juge que si une troisième intifada éclate, elle sera le fruit assumé de la politique du gouvernement. D'anciens officiers, cités par Haaretz, accusent le gouvernement de chercher délibérément à "enhardir la violence des colons", alors que 24 bataillons sont déployés en Cisjordanie, un problème de volonté politique, non de moyens.

Calcul électoral : le cynisme de Netanyahou

Rien de tout cela ne se joue dans le vide. Le 27 octobre prochain se tiendront les élections législatives israélienne, et Benjamin Netanyahou, poursuivi pour corruption et contesté pour sa gestion du 7-Octobre, y joue sa survie politique. Pour plusieurs analystes, une Cisjordanie en flammes sert son "ralliement au drapeau" : plus les opérations militaires font la une, moins la campagne électorale expose ses failles, et plus Netanyahou peut s'exprimer en chef de guerre plutôt qu'en candidat soumis aux règles d'équité du temps de parole. Les 500 000 colons de Cisjordanie représentent, eux, un électorat que le gouvernement ne néglige pas : l'annexion et le nettoyage ethnique comme argument électoral.

 Lire aussi : La France "va devoir nous répondre" : cinq ONG saisissent le Conseil d'État pour stopper les activités des entreprises françaises en territoire palestinien occupé

Source : Agence Média Palestine
 agencemediapalestine.fr

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