30/07/2026 reseauinternational.net  8min #321762

Du « socialisme aux caractéristiques chinoises » aux « droits de l'homme aux caractéristiques européennes » - Iran

par Lama El Horr

Les dirigeants européens ont manifestement pris le parti d'influencer la géopolitique du XXIe siècle au moyen d'un tout nouveau concept : les droits de l'homme aux caractéristiques européennes. Serait-ce leur réponse au "socialisme aux caractéristiques chinoises" ?

L'évaluation des politiques de l'UE menées sous la bannière des droits de l'homme appelle, bien sûr, une question préliminaire : ces droits de l'homme agréés par Bruxelles, sont-ils un objectif stratégique de l'UE, une fin en soi, ou simplement un instrument géopolitique, une tactique visant à atteindre d'autres buts ? En d'autres termes, derrière l'invocation chronique des droits de l'homme par les membres de l'UE, l'objectif ultime est-il d'octroyer des droits à des populations injustement lésées ?

Si, par droits de l'homme, l'on entend les droits consacrés dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948, un bref tour d'horizon mondial révèlera sans équivoque que ces droits dont Bruxelles se gargarise ne figurent nulle part ailleurs que dans l'encre et la salive des élites européennes.

Droits de l'homme aux caractéristiques européennes : mode d'emploi

L'Iran offre une illustration particulièrement riche de cet "humanisme" européen du XXIe siècle.

Certes, les déclarations des dirigeants européens relatives à l'assaut militaire israélo-américain contre l'Iran ont connu des ajustements tactiques. Après avoir applaudi cette agression contre ce qu'il a nommé un "régime de terreur", le chancelier Merz - dont le pays chercherait en ce moment même à se doter de  l'arme nucléaire - a par la suite tempéré sa ferveur, en considérant soudain que les Etats-Unis agissaient "sans stratégie convaincante". On relève le même procédé chez ses homologues européens, y compris britanniques, ainsi que dans les plus hautes sphères de l'Union européenne : tantôt on se dit prêt à assister Washington (ce que les Européens n'ont jamais cessé de faire hors radar), tantôt on blâme le président américain de faire cavalier seul. Ce comportement suggère qu'il existe une coordination à l'échelle européenne sur le dossier iranien.

Les déclarations européennes contradictoires relatives à l'expédition israélo-américaine contre l'Iran ressemblent à s'y méprendre au mode opératoire adopté par les Européens face au nettoyage ethnique des derniers lopins de terre de la Palestine.

  • On prépare d'abord le terrain à l'agresseur, en fabriquant les prétextes qui légitimeront la mise en œuvre du plan d'agression : la coordination des appareils  médiatique et politique est indispensable à cet effet ;
  • On ménage la colère de l'opinion, de plus en plus révulsée par le spectacle des horreurs, en adoptant sporadiquementun ton légèrement moins sadique envers les victimes ;
  • On continue d'obéir aux magnats des complexes  militaro-industriel et financier, mais  en silence et  dans l'ombre ;
  • On consolide la répression de la contestation à travers les champs médiatique,  législatif et  juridique.

La réaction du président français à l'enlèvement du chef d'Etat du Vénézuéla relève du même procédé : après avoir  chanté les louanges de l'opération américaine, aussi meurtrière qu'illégale, il a dû très vite  tempérer sa jubilation, du moins à l'échelle de son vocabulaire, face au tollé que son message a suscité, y compris au sein du corps diplomatique français.

Rien de nouveau sous le soleil, donc, quant au stratagème européen vis-à-vis de l'Iran. De même que le régime d'occupation sioniste n'aurait pas pu commettre cette avalanche de crimes - toujours en cours - sans le soutien de ses sponsors occidentaux, de même, Washington n'aurait pas pu agresser l'Iran sans l'appui médiatique, diplomatique et logistique de ses vassaux de l'UE.

La poutre dans l'œil des Européens

Alors que les parrains euro-atlantiques d'Israël continuent d'afficher une indifférence impassible face à la rage mondiale que suscite le génocide des Palestiniens, on veut nous convaincre que les protagonistes de cette tuerie seraient soudain animés par l'ambition "humaniste" de libérer le monde du "régime" islamique des Mollahs - "régime" issu, ils omettent systématiquement de le rappeler, de la révolution iranienne, fruit elle-même du rejet par les Iraniens de la dictature du Shah, qui leur fut imposée par les Occidentaux.

Le motif déclaré de ce plan droit-de-l'hommiste serait la préoccupation du bloc euro-atlantique et de son tueur à gages israélien pour les droits du peuple iranien et la sécurité mondiale. En d'autres termes, les puissances impérialistes occidentales, sans qui Israël n'aurait pas pu commettre un-dixième des actes de barbarie qui ont stupéfié la conscience universelle, prétendent vouloir sauver le peuple iranien et la paix mondiale, en les débarrassant du "régime" théocratique des Mollahs qui constituerait, à les en croire, la plus grande menace à la sécurité mondiale (les dizaines de millions d'Iraniens qui ont assisté aux funérailles de leur leader assassiné déconstruisent ces allégations de façon définitive).

Aux yeux des Occidentaux, donc, le régime messianique israélien, qui déplace les populations du Proche-Orient par millions, les massacre par dizaines de milliers, rase à coups de milliers de tonnes de bombes leurs villes et villages, kidnappe leurs hommes, femmes et enfants qu'il torture et soumet  au viol, y compris par  des chiens ; fait disparaître les habitants des  registres civils ; adopte en toute impunité des "lois" de confiscation de ces territoires ; ce régime, donc, bâti sur l'apartheid, l'expansionnisme et le génocide, serait, aux côtés de ses parrains occidentaux, le plus à même de faire respecter les droits du peuple iranien et de restaurer la sécurité mondiale.

Au-delà même de ces réalités, il va de soi qu'aucune loi internationale n'autorise de telles agressions contre un Etat qui n'a agressé personne, avec l'assassinat de ses plus hauts chefs militaires, politiques et religieux, le massacre de ses écolières, la destruction de ses ressources énergétiques et de ses infrastructures civiles et militaires, et l'imposition d'un blocus maritime qui vient agrémenter quarante ans de sanctions économiques. Ces agissements ont pour seul effet de lier le sort du monde entier à celui de l'Iran, en faisant flamber le coût de l'énergie et en faisant craindre un effondrement économique mondial.

Le nucléaire iranien ! radotent les suprémacistes. La République islamique d'Iran, n'est-elle pas signataire du TNP, qui lui garantit l'accès au nucléaire civil - au contraire d'Israel qui, non seulement ne l'a pas signé, mais a secrètement développé l'arme nucléaire grâce à ses parrains occidentaux, dont la France ? Oui, mais le nucléaire iranien ! N'est-ce pas le gouvernement réformiste de Hassan Rouhani qui avait signé un accord avec les P5+1, que son pays a respecté à la lettre jusqu'à ce que les Etats-Unis de Trump, suivis de leurs vassaux européens, ne le déchirent et ne rétablissent les sanctions contre la nation iranienne ? Ces décisions cruelles, visaient-elles aussi à restaurer les droits du peuple iranien ?

Mais retournons en Europe : Washington, Londres et Paris, envisagent-ils de bombarder bientôt  la Pologne, qui a ouvertement déclaré vouloir se doter de la bombe, ou même l'Allemagne, que beaucoup suspectent de développer secrètement, en ce moment même, une arme nucléaire ? Ou s'agit-il encore de l'exceptionnalisme suprémaciste, qui jouit de passe-droits que la légalité ignore ? - Une chose semble sûre : en l'état actuel du monde, si l'on soumettait un sondage anonyme à l'ensemble des membres de l'ONU pour leur demander si un Iran doté de l'arme nucléaire constituerait une menace pour le monde, on risquerait fort de se voir rétorquer par l'écrasante majorité mondiale : ce qui constitue un vrai danger pour le monde actuel, c'est un Iran sans arme nucléaire !

L'opinion occidentale, que le terrorisme médiatique a transformée en adolescent benêt, est probablement la seule au monde à croire encore aux contes de fées qui dépeignent les Européens comme les dépositaires des valeurs morales universelles. Il est grand temps de quitter ce monde "féérique" et de retourner aux écrits fondateurs : "Ôte la poutre de ton œil, et tu verras alors comment ôter la paille de l'œil de ton frère".

source :  China Beyond the Wall

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