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 « L'israëlocentrisme » de Trump : « dénucléarisation » contre Iran et « pacte nucléaire civil » avec l'Arabie Saoudite

Les tensions se transforment en flammes et se répandent dans tout le Moyen-Orient

Par Alastair Crooke - Le 29 juillet 2026 - Source  Conflicts Forum

Le silence qui a entouré le résultat de la réunion avec Netanyahu, hier dans le bureau ovale, parle de lui-même. Aucun représentant du gouvernement américain n'est venu à l'aéroport pour l'accueillir, et aucun tapis rouge n'a été déroulé. La visite fut expédiée. Israël est à la dérive - avec sa stratégie du "Grand Israël" qui a maintenant pris un coup, faute de troupes  et de cohérence.

L'ancien Ombudsman de Tsahal, le major général Yitzak Brik, prédit ( Ma'ariv, 26 juillet) que la crise qui engloutit les interventions israéliennes "n'est qu'un prélude à la catastrophe qui se profile au-dessus de nous" :

"Dans les futures guerres contre l'Iran, la menace va décupler au point de perdre complètement la capacité d'intercepter les missiles balistiques iraniens. Ces missiles risquent fort de nous frapper : dans les centres urbains, les cibles stratégiques, les infrastructures de production et économiques, les instituts scientifiques et technologiques, les établissements d'enseignement, les hôpitaux et les industries vitales, et nous écraser complètement".

Trump - finalement, semble-t-il - a compris que la guerre qu'il a déclenchée pour écraser l'Iran s'est retournée pour le détruire. Il n'a effectivement aucune solution militaire disponible sinon d'arrêter de creuser le trou dans lequel il s'enfonce toujours plus profondément.

Pendant ce temps, l'Iran ne lui permet plus de poursuivre sa  regulière manipulation consistant à déclencher une guerre cinétique (ostensiblement pour faire pression sur l'Iran), puis (les lundis suivants) de parler "d'accords imminents" afin de manipuler les marchés pétroliers et les cours des actions. Lundi dernier, une "short dump" sur le marché a fait chuter le prix du Brent de 7,7%.

L'Iran, en outre, a l'intention de prendre en main  le tempo du conflit, qui (de toute façon) est sur le point de s'intensifier en raison des efforts des États-Unis pour étendre les pressions autour du pays de telle sorte que les États-Unis puissent ostensiblement contraindre l'Iran à accepter une "paix" dictée.

Mais au lieu d'ajouter de la pression sur l'Iran, la stratégie de Trump enflamme la région et risque de tourner à l'escalade incontrôlée.

Les derniers développements - y compris le Yémen déclarant "un siège pour un siège" contre les ports aériens et maritimes saoudiens, et les frappes sur deux grandes raffineries Aramco qui ont détruit l'oléoduc saoudien vers la mer Rouge - ont entraîné l'Arabie Saoudite dans un conflit à la fois avec le Yémen, mais aussi en conflit (conjointement avec CENTCOM) avec les milices de l'Unité de Mobilisation Populaire (UMP) irakienne que les Saoudiens rendent responsables de la destruction de la raffinerie (même si Hash'd al-Shaabi le nie fermement). Ces deux épisodes soulignent néanmoins à quel point la "guerre de Trump" est en train de déstabiliser une région déjà fragile.

Hier, l'Arabie saoudite, avec les États-Unis, a mené d'importantes frappes aériennes sur au moins six villes irakiennes, tuant au moins 20 personnes et blessant des dizaines de membres de l'UMP.

Pourquoi l'Arabie saoudite attaquerait-elle le Hach'd et pas le Yémen ? Eh bien, probablement parce qu'AnsarAllah riposterait avec des missiles, détruisant ce qui reste de l'infrastructure pétrolière saoudienne.

En apprenant les attaques américaines contre des positions des Hash'd, et dans l'esprit "une attaque contre un membre de l'Axe étant une attaque contre tous", l'Iran a enchainé en lançant des missiles balistiques sur des bases américaines en Jordanie.

Deux nouveaux fronts - le front Hach'd al-Chaabi-irakien et le front Yémen-Saoudien - ont donc été ajoutés sur le fourneau régional. Mais il y a d'autres points chauds potentiels qui mijotent en arrière-plan : au Liban, le ministre israélien de la Défense  se vante que :

"Vingt-quatre villages libanais, vieux de centaines d'années, ont été détruits. Tous les bâtiments, pas maison par maison, mais des villages entiers [ont été rasés]. Leur destruction est terminée. Vous devez comprendre : 15 000 à 20 000 maisons dans ces 24 villages ont été détruites - et aujourd'hui 70% de Gaza a été détruite".

Plus important encore, le ministre israélien de la Sécurité nationale, Ben Gvir, a promis de déclencher une guerre de colonisation contre les Palestiniens vivant en Cisjordanie afin de forcer un exode "volontaire" des Palestiniens. Ben Gvir soutient que la période précédant les élections en Israël représente le moment le plus propice pour déclencher une crise qui, à son avis, pourrait forcer l'évacuation de villages palestiniens entiers.

Comme si ce chaos ne suffisait pas, le 25 juillet, des missiles américains ont frappé un quartier général de la Marine des Gardiens de la Révolution dans la région de Ziba Kenar, dans la mer Caspienne, dans la province de Gilan.

Le commentateur MK Bhadrakumar  souligne que :

"La mer Caspienne constitue une route d'approvisionnement stratégiquement vitale entre la Russie et l'Iran. Bandar Anzali est pour Téhéran ce que le port d'Odessa est pour Kiev où il reçoit des fournitures d'armes occidentales. Par conséquent, l'attaque ukrainienne contre un navire commercial iranien dans la mer Caspienne, dans les eaux territoriales de la Russie samedi, la première attaque de ce type depuis le début de la guerre Russo-ukrainienne, est tout sauf un incident. Kiev a revendiqué la responsabilité d'avoir endommagé un navire iranien, signalant que l'une des zones de sécurité les plus stables d'Eurasie est désormais vulnérable aux retombées directes du conflit ukrainien".

Le  New York Times et le  Wall Street Journal rapportent que cette frappe ukrainienne laisse présager une fusion des deux guerres - la guerre ukrainienne avec la Russie et la guerre israélo-américaine contre l'Iran. Cela suggère que l'attaque ukrainienne contre le navire iranien pourrait bien être une décision calibrée de Washington, l'Ukraine agissant conjointement avec le bombardement américain de la province iranienne de Gilan.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré cette semaine que la frappe signalée par l'Ukraine contre un navire iranien dans la mer Caspienne devait être considérée comme une attaque contre l'Iran lui-même, arguant que l'incident soulignait la nécessité  de supprimer ce qu'il décrivait comme une menace posée par Kiev. Il a accusé l'Ukraine d'étendre la portée de ce qu'il a appelé ses "attaques terroristes".

Alors, que se passe-t-il ? Il n'est pas clair si la frappe ukrainienne sur le navire iranien (qui a tué un marin iranien) qui, selon Kiev, détenait une cargaison d'armes, était simplement un cri enfantin de la part de Zelensky pour attirer l'attention et susciter l'intérêt de Trump ("Papa"), ou quelque chose de plus conséquent. Zelensky, à plusieurs reprises, s'est plaint que la guerre en Iran aspirait l'attention de l'Occident de "sa" guerre contre la Russie. Était-ce une tentative de réaligner Trump sur la guerre ukrainienne ?

Tous ces courants ont convergé à Washington avec l'enterrement d'État de Lindsay Graham, et à un moment où Laura Loomer - une influenceuse MAGA en chute d'audience, pourtant celle que Trump aime et qu'il écoute volontiers - a effectué  une pirouette très publique à 180°, émergeant soudainement comme le plus grand fan et promoteur de l'Ukraine (peut-être à la place de feu Lindsay Graham).

Internet regorge de spéculations selon lesquelles sa "conversion paulinienne" largement publicisée pourrait marquer un point d'inflexion politique significatif aux États-Unis. Il peut, également, néanmoins s'agir d'un moment éphémère qui s'effacera rapidement. Loomer n'a aucune influence parmi les jeunes MAGA, mais compte toujours parmi la base Trump des plus de 65 ans qui regarde Fox News.

Cependant, on soutient actuellement que le changement radical des sympathies de Loomer marque le début d'une opération psychologique de fond conçue pour faire penser aux Américains que "l'Amérique interventionniste" peut être cohérente avec "l'Amérique d'abord" et qu'il est donc acceptable de soutenir une confrontation militaire contre la Russie. L'effet Loomer, pour ainsi dire, est présenté comme une réplique au vrai MAGA, Pat Buchanon, qui adhère à sa ligne (et au titre de son livre): "Une République - Pas un Empire: Reconquérir le destin de l'Amérique".

(Bien sûr, tout changement dans l'opinion publique américaine en faveur de l'interventionnisme militaire américain sera le bienvenu en Israël).

Ce changement pourrait-il amener Trump à devenir plus proactif sur l'Ukraine ? On ne sait pas. Loomer a promis un briefing complet à Trump sur son voyage en Ukraine et sa rencontre avec Zelensky. Trump écoutera-t-il ? Pourrait-il écouter sans y prêter attention ? Qui sait ?

Le point ici est que la campagne de "relations publiques" pour faire croire que l'Ukraine est "gagnante" -  bien qu'empiriquement faux - prend de l'ampleur parmi au moins une tranche de l'opinion américaine. Michael Wolff, observateur et biographe de longue date de Trump, note que  :

"le revirement de Loomer à 180° sur l'Ukraine est "de toute évidence déjà en cours [c'est-à-dire en train de prendre de l'ampleur]. Zelensky est maintenant en ville Il passera du temps avec Trump. Et Trump, oui, comment pourrait-il manquer le fait que l'avantage est bien du côté de l'Ukraine en ce moment.

Au sens large, l'aspect politique étrangère de cette administration a été un désastre complet. L'affaire iranienne est un désastre complet. L'alignement avec la Russie est évidemment un mauvais choix. Zelensky [anciennement] dépeint comme étant un perdant est maintenant un gagnant - tout le reste est maintenant considéré comme des "mauvais choix" [de la part de Trump]. Dans ce contexte, il [Trump] a grandement besoin d'un succès. Et l'Ukraine commence à ressembler à ce qui pourrait être son [succès] - en s'appuyant sur les funérailles de Lindsay Graham pour passer à une stratégie plus efficace vis-à-vis de l'Ukraine. Sa mort peut s'avérer être un grand coup de relations publiques. Bingo. Oui. La Russie est en difficulté".

Bien sûr, il est choquant de voir comment les élites occidentales peuvent être manipulées par ces incessantes campagnes de "relations publiques". Pourtant, les commentaires de Wolff sont plus que de la trivialité de la colonne des potins. Ils reflètent une psychose collective en train de s'installer. Elle n'a rien de rationnel, mais est plutôt poussé par des intérêts et des cabales monétaires qui ont leurs propres objectifs.

Regardez le schéma : Zelensky veut se présenter comme un "gagnant" au yeux de l'Europe et de Trump. L'Europe l'exhorte à lancer leurs missiles profondément en Russie pour forcer la Russie à concéder un cessez-le-feu. Trump au G7 exprime son approbation pour des frappes en Russie. La première dent de la roue dentée s'engage dans des frappes de drones sur des raffineries russes. Avec les paroles de Trump au G7, les cliquets de la roue dentée se sont encore accrus et ont maintenant atteint le niveau des attaques contre la vie civile russe (attaques contre les hangars de Wildberries et  tueruies dans des camps de vacances) avec des missiles à ogive à plus longue portée et plus puissants.

L'Ukraine tire de manière synchrone sur un navire iranien dans la mer Caspienne. Le CGRI menace de représailles. Le CGRI menace le Royaume-Uni (et Chypre) pour son implication croissante dans la guerre contre l'Iran.

L'Europe pense que la Russie ne fait que bluffer et continue de lancer des frappes de missiles profondément en Russie. La Russie ne peut cependant pas permettre que ces agressions se poursuivent et s'intensifient. Pendant ce temps, le Moyen-Orient s'enflamme tranquillement. L'Iran ne succombera pas à la coercition de Trump ; (la Chine n'acceptera pas non plus la pression des sanctions américaines).

Il n'y a tout simplement aucune solution militaire disponible pour Trump. Le mieux qu'il puisse faire est d'empêcher les conflits de s'agglutiner en une seule guerre mondiale.

Alastair Crooke

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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