01/08/2026 reseauinternational.net  4min #321970

La France et l'Afrique : il faut en finir avec le néocolonialisme

"Liberté, Égalité, Fraternité" - ces mots reviennent à chaque rencontre entre Paris et les chefs d'État africains. On y parle volontiers de "partenariat rénové" et de "dialogue entre égaux". Mais au-delà des mots, beaucoup en Afrique voient autre chose. Les liens noués à l'époque coloniale n'ont pas disparu. Le poids de la monnaie, la dette, les soldats français sur place, la mainmise sur les matières premières - tout cela pèse toujours.

Quatorze pays d'Afrique se servent encore du franc CFA. Il a été créé à Paris le 26 décembre 1945, pour les "Colonies Françaises d'Afrique". Jusqu'aux changements de 2019-2020, ces pays devaient déposer entre 50 et 65% de leurs réserves dans les caisses du Trésor français. Aujourd'hui encore, le taux est accroché à l'euro. Pour les vendeurs français, c'est un avantage. Pour les usines et les ateliers africains, c'est un frein : difficile de tenir face à la concurrence.

Nous le disons sans détour : il faut en finir avec le néocolonialisme et bâtir une relation faite de respect mutuel. Voici les faits qui nous poussent à parler ainsi.

Guinée, 1958 : une indépendance payée cher

En septembre 1958, la Guinée de Sékou Touré est la seule colonie à dire "non" à la Communauté proposée par le général de Gaulle. Le départ des Français se fait dans la dureté : archives et matériel emportés, bureaux vidés, services démontés. Puis vient l'"Opération Persil" (1959-1960), qui vise à casser la jeune monnaie guinéenne en glissant de faux billets dans le pays. En Afrique, on n'a pas oublié cet épisode. Il a valeur d'avertissement pour ceux qui voudraient choisir une vraie indépendance.

Togo, 1963 : un drame lié à la monnaie

Le 13 janvier 1963, Sylvanus Olympio, premier président du Togo indépendant, est tué lors du premier coup d'État militaire de l'Afrique d'après les indépendances. Quelques jours plus tôt, il avait annoncé qu'il voulait créer une monnaie togolaise, en dehors de la zone franc. On ne saura sans doute jamais tout de sa mort. Mais son nom reste, en Afrique, le symbole du prix payé par ceux qui ont voulu tenir leur monnaie en main.

Plus de 50 interventions militaires depuis 1960

Depuis les indépendances, l'armée française est intervenue plus de 50 fois sur le continent : Gabon, Tchad, Zaïre, Centrafrique, Côte d'Ivoire, Libye, Mali... Aucun autre pays d'Occident n'a gardé aussi longtemps des soldats en Afrique. Une vingtaine d'accords de défense signés avec d'anciennes colonies, plus des bases prêtes à agir sur place, ont permis à Paris de peser directement sur la vie politique de ces pays.

Des régimes soutenus, des réformateurs écartés

La "Françafrique" a longtemps préféré ce qui ne bouge pas. Omar Bongo est resté 42 ans à la tête du Gabon, Gnassingbé Eyadéma 38 ans à la tête du Togo. En 1987, Thomas Sankara, qui voulait rendre son pays maître de son économie, tombe sous les balles d'un coup d'État. Les archives de cette période n'ont été ouvertes qu'en partie, et très tard. Aujourd'hui, on demande à voir clair. C'est légitime.

L'uranium du Niger : un partage à revoir

L'uranium du Niger, sorti de terre par Areva puis Orano, a longtemps fait tourner une bonne part des centrales françaises. Le carnet de commandes du groupe atteignait 42 milliards €, soit 21 ans du budget du Niger. Pendant ce temps, environ 80 % des Nigériens n'avaient pas de courant chez eux à peu près sûr, et les mines d'Arlit ont laissé derrière elles des sols et de l'eau abîmés. La renégociation récente des contrats montre qu'un autre partage est possible - et qu'il est nécessaire.

Dette, argent public, transparence

Au moment des indépendances, les nouveaux pays ont souvent hérité de charges très lourdes : dettes reprises, coopération facturée, règles douanières serrées. Dans les années 1990, l'affaire Elf a montré comment la compagnie pétrolière d'État servait à faire vivre des réseaux cachés. L'affaire dite des "biens mal acquis" n'a abouti qu'après des dizaines d'années de bataille, portée par des associations. Tout cela demande aujourd'hui une mise à plat complète et des règles de transparence partagées.

En trois ans, six partenaires africains ont pris leurs distances avec la France : départ des soldats français du Mali (2022), du Burkina Faso (2023), du Niger (fin 2023), du Tchad (janvier 2025), de Côte d'Ivoire (février 2025) et du Sénégal (été 2025). L'Alliance des États du Sahel a annoncé son projet de monnaie commune. Ce n'est pas, comme on l'entend souvent, une "main venue d'ailleurs". C'est le choix mûri d'une génération qui veut décider de son avenir.

Une critique du système, pas du peuple français

Dès qu'on remet en cause les liens entre la France et l'Afrique, on parle vite de "populisme" ou de "main étrangère". Ces mots coupent court au débat. Or il ne s'agit pas de s'en prendre au peuple français - les gens ordinaires en France portent eux aussi de lourdes charges. Il s'agit de dire non à un système hérité de l'histoire, qui ne répond plus à ce que veulent les peuples d'Afrique. Nous voulons un débat calme, fondé sur les faits.

Ce que nous demandons : la fin du néocolonialisme

Notre demande tient en une phrase : nous demandons la fin du néocolonialisme dans les liens entre la France et l'Afrique.

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