01/08/2026 dedefensa.org  12min #322007

L'art de tomber dans ses propres pièges

 Journal dde.crisis de Philippe Grasset  

2 août 2026 (15H45) - On dit, - mais que ne dit-on pas ! - que Trump prépare un formidable best-seller pour saluer l'écrasante victoire des trumpistes aux élections de novembre prochain. Une source incontestable par la clarté de l'eau qu'elle dispense nous a soufflé le titre- à moi personnellement : 'The Art of the Self-Made Traps'. Toute l'expérience de ses deux formidables premières années de son formidable deuxième mandat y sera exposée.

Le présidents des pièges pour soi-même, ainsi, - sous ce surnom ou sur ce sousnom, - l'histoire retiendra-t-elle cette présidence. Tout le monde est d'accord là-dessus : Trump est fichu, en bon pervers-narcissique poussé à l'extrême de ses capacités du domaine, - et l'Iran est vraiment un exemple excellent. Alastair Crooke , par exemple :

"Je pense qu'au bout du compte sur le plan militaire, les États-Unis sont vaincus. Ils peuvent faire ce que nous avons vu hier soir, mais fondamentalement, ils n'ont pas les moyens d'obtenir le genre de changement d'attitude en Iran que Trump recherche.

" Et cela frustre profondément Trump. Ça le met très en colère. Comme vous l'avez dit, il y a probablement eu une réunion assez tendue avec son équipe parce qu'il est frustré qu'il y ait pas de solution.

" Mais je pense que enfin, disons les choses ainsi, voilà où on en est. Il y a des choses à faire, il y a des options mais aucune ne fonctionne vraiment..."

Le piège de l'américanisme débridé, Partie Sud

Il est vrai aussi bien que cette guerre a été voulue, déclenchée par Trump, par quelque voie que ce soit peu importe ; - influence de Netanyahou, hubris déchaîné du pervers-narcissique zmporté dans le grandiose exceptionnalisme américaniste, toutes ces choses. C'est alors que se présente à nous la notion de "piège" : on s'offre à l'aventure glorieuse sans les moyens, ni l'intuition intelligente surtout, de l'accomplir. Triste sort de ces pathologies typiquement modernistes, - le riche endetté et un peu court J.D. Trump y a foncé tête baissée.

Un blogueur nouveau-venu pour nous, pour moi, un nommé Gabriel Bianchi (et peut-être l'IA en bandouillère), s'appuie sur le scénario de guerre entre les USA et l'Iran, datant de 2026, du journaliste et auteur Ian Wiliams. Votre serviteur avoue, en toute humilité, le découvrir avec vous, mais qu'importe puisque le propos s'accorde avec nos violons, si même il ne les inspire pas diraient les mauvaises langues.

Voyons cela :

"Il est piégé. Ce ne sont pas mes mots. C'est le jugement d'un fin connaisseur de la géopolitique à propos de l'homme le plus puissant de la planète. Une guerre où aucune armée n'occupe rien, ou aucun soldat néantisé dans un désert et pourtant aucune sortie. La nation la plus puissante de l'histoire prise au piège d'un conflit qu'elle ne peut ni gagner, ni faire monter à bon compte, ni quitter

" Voici la question qui tient cette vidéo entière et gardez-la en tête. Comment le plus fort du monde peut-il se retrouver dans une cage ? Et quel est le vrai prix d'un piège ? Non pas ce qu'il vous prend, mais tout ce qu'il vous empêche de faire. Car il faut d'abord renverser une idée reçue. On imagine qu'être la première puissance du monde, c'est pouvoir tout faire, écraser qui l'on veut, imposer sa volonté partout. La réalité est plus subtile et plus cruelle.

" La force brute ne suffit pas à sortir de certains pièges. On peut avoir 1000 fois plus d'armes que son adversaire et se retrouver malgré tout incapable de le faire plier, incapable de partir, incapable d'avancer parce qu'un piège ne se juge pas à la force de celui qui y tombe mais à la géométrie de ses parois. Et certaines guerres sont construites sans que personne ne les voulu comme des cases parfaites où plus on est fort, plus on s'épuise à se débattre."

Le piège de l'américanisme débridé, Partie Nord

La même chose (une catégorie nommée "auto-piégisme", par exemple ?) se passe au Nord vers l'Ukraine au moment où, par la grâce de la Mer Caspienne et du sens de la servilité de Zekenski, le Nord est en train de se mélanger au Sud pour ne faire qu'un. Là aussi, Trump déploya superbement tous les vices et l'entraînement chaotique de son caractère si étrange.

... Car qu'avait-il donc à faire de prendre en main la crise ukrainienne, lui qui éructait depuis février 2022 que c'était "la guerre de Biden" et qu'il s'en lavait les mains par conséquent, qu'il refilerait la patate chaude aux stupides européens tandis qu'il consentirait à leur vendre des avions de combat qui ni ne volent ni ne combattent, et des missiles d'interception qui constituent un ratage monstrueux et somptueux  depuis l'origine, malgré la multiplication des versions nouvelles jusqu'au PAC-3 dont Zselenski voudrait 300 exemplaires pour demain matin.

Mais non, après avoir affirmé qu'il terminerait la guerre "en 24 heures" par une entente chaleureuse avec son ami Vladimir Poutine, le président Trump se jeta à corps perdus dans le piège gluant semé de nœuds Gordiens pleins de piquants d'un engagement qui se transforma rapidement en une prison cadenassée où la puissance US sembla prendre un étrange plaisir à achever son hara-kiri pour préparer la superbe guerre du Sud, contre l'Iran, avant de faire du tout une sorte de paquet-cadeau qui ferait bel effet pour l'enterrement général de l'Empire.

Le "tout" se fit effectivement sous les applaudissements nourris d'un public conduit par un maître-queue expert en symphonies chaotiques. Certes,  la mort et l'enterrement de 'Lady G.' achevèrent de nous convaincre que Trump s'était parfaitement intégré au Système pour mieux lui transmettre la multitude de Covid et autres microbes mortels produits par les laboratoires de la CIA plantés en terre ukrainienne.

Jusqu'à la perversité-narcissique de l'américanisme

Car bien entendu, il ne faut pas s'y tromper : s'il est certes "un cas", Trump n'en est pas moins absolument dans "la ligne du Parti", - et il est "un cas" justement parce qu'il est malgré tout dans "la ligne du Parti". Ainsi nous a-t-il tous surpris parce que nous croyions tous, dans ceux-là de nos fantasmes qu'on ne parvient jamais à réduire au nihilisme qu'ils expriment, qu'il s'agissait d'un personnage muni d'un solide bagage réformiste-révolutionnaire. Même nous, - je veux dire "moi" pour ce cas, - nous sommes laissé tenter par cette issue qui impliquait bien entendu l'instauration d'une grande bataille d'interprétation (fascisme ou pas, etc.) comme on a coutume de faire en France, sur les plateaux télévisés, d'un Macron l'autre, d'un nihilisme l'autre.

Tout cela n'avait en fait aucune importance. Tout était dit dès  octobre 2016, lorsque Michael Moore, comme pris d'une illumination soudaine, lui homme de gauche acquis à l'éternelle haine de ce qu'était et représentait Trump pour son camp, - lorsqu'il nous parla de Trump-candidat comme d'un "cocktail-Molotov humain" à balancer sur ce Système que les pauvres gens haïssaient tant, par ces pauvres gens eux-mêmes transformés en véritables électeurs :

"Au cours de son interview, Moore a déclaré que les Américains perçoivent Trump comme un 'cocktail Molotov humain'. "Dans tout le Midwest, dans toute la Rust Belt, je comprends la colère de beaucoup de gens", a-t-il dit. "Ils voient Donald Trump comme un cocktail Molotov humain qu'ils pourront utiliser dans les urnes le 8 novembre pour le jeter dans notre système politique." "Je pense qu'ils adorent l'idée de faire exploser le système.""
Pour terminer en fanfare par 'Le chant du départ' 

... Ainsi et pour mieux me faire comprendre à propos des origines, des racines et de la réelle centralité, aux USA dès l'origine, de cette phase (ultime ? Oui, certes) de la  GrandeCrise, voici ces extraits d'un article du 'Glossaire.dde' du  8 mai 2016 : "Le chaos-nouveau".

Rappelez-vous ! A cette époque, la crise ukrainienne venait à peine de commencer (février 2014) et les relations avec l'Iran étaient entrées depuis un an dans une croisière tranquille sous les auspices du traité JCPOA partout acclamé (sauf par Trump, le fin limier)... Car certes, et désolé de vous déranger, il y avait la campagne présidentielle aux USA, jusqu'alors considérée de cette sorte de l'anodinité qui décourage le commentaire, et destinée depuis bien longtemps à récompenser l'exceptionnelle carrière de cette grande et digne serviteur/trice de l'État qu'était Hillary Clinton.../

("... tant l'élection présidentielle de 2016 était considérée il y a un an encore comme complètement anodine, sinon faite et jouée d'avance...")

... Ainsi se développe l'extrait du 'Glossaire.dde' du 8 mai 2016 :

"Comme nous l'avons déjà exprimé à plus d'une reprise, nous considérons certainement que l'éclatement de ce que nous jugeons être la vraie crise US est un facteur essentiel, le facteur fondamental et décisif du passage du "désordre" au "chaos". Il l'est parce qu'il ne s'agit pas d'une "crise de l'américanisme" de plus (comme par exemple celle de l'automne 2008, qui impliquait seulement des éléments internes de l'américanisme et pouvait être considérée comme un soubresaut de plus de l'américanisme), mais bien, selon l'énoncé que nous avons constamment adopté, d'une "crise américaine de l'américanisme", ou plus précisément et décisivement dit, de "la crise américaine du système de l'américanisme". (Et, dans ce cas, l'américanisme pris comme pseudo-idéologie complémentaire des diverses pseudo-idéologies caractérisant la globalisation, donc l'américanisme touchant bien que l'Amérique.)

" La signification de cette précision est bien entendu que la crise qui s'est ouverte aux USA, d'une façon complètement imprévue et inattendue tant l'élection présidentielle de 2016 était considérée il y a un an encore comme complètement anodine, sinon faite et jouée d'avance, a l'exceptionnalité de confronter directement le monde américain et le monde du système de l'américanisme. Jusqu'alors, sauf en de très rares circonstances qui bornent fondamentalement l'histoire des USA (la Guerre de Sécession et la Grande Dépression), les crises aux USA affectaient soit le système de l'américanisme lui-même réduit aux seuls USA, comme extension du Système pour les USA, soit la population américaine. Encore, les deux exemples cités (Guerre de Sécession et Grande Dépression) constituaient des évènements inévitables qui confrontaient les deux acteurs (le système de l'américanisme et la population) d'une façon contrôlée ou d'une façon accidentelle ; le premier, sous une forme offensive de la nécessité d'une centralisation qui cherchait une occasion pour s'imposer et fonder (re-fonder, si l'on veut) les véritables États-Unis tels que le voulait un destin né spécifiquement du " déchaînement de la Matière" ; le second, sous une forme accidentelle dépendant d'une crise générale engendrée par la rupture civilisationnelle que fut la Grande Guerre, également dans la logique du "déchaînement de la Matière".

" En quelque sorte, il s'agissait d'évènements inscrits dans la logique du développement de cette contre-civilisation née à la jointure des XVIIIème et XIXème siècles, donc faisant partie d'un courant général qui n'en fut nullement contrarié, mais au contraire accéléré, directement pour la Guerre de Sécession, indirectement pour la Grande Dépression qui précipita les USA dans la Deuxième Guerre mondiale en lui donnant le rôle central succédant au pangermanisme dans la poursuite de l'" idéal de puissance" et l'achèvement de la constitution du Système. En d'autres mots, il s'agissait d'évènements structurants de cette formule maléfique qui caractérise la contre-civilisation. [...]

" Au contraire, avec la crise actuelle le processus est complètement différent, il est même inverti dans le sens d'une inversion vertueuse de notre point de vue d'adversaire intransigeant de la contre-civilisation. Cette crise du système de l'américanisme se situe au cœur même d'un processus, d'une structure de fonctionnement du système de l'américanisme/du Système, sans intervention ni interférence d'un dessein intérieur précis ou d'un événement extérieur incontrôlé... En effet, la crise est bien dans la subversion de la méthodologie du processus et nullement dans le résultat de l'élection, quel qu'il soit, et  notre conviction reste bien entendu plus que jamais que ce phénomène  ne sera pas interrompu par l'élection, quel que soit son résultat..".

Portrait de Trump dans les "Peintres du Chaos"

Et pour terminer, extrait du  même texte, un portrait attachant, digne des " Peintres du Chaos" que nous affecterons à toute une lignée avec un Jérôme Bosch et jusqu'à un nommé Paul Gösch...

"Ainsi Donald Trump, peut-on dire, EST le chaos parce que son propre désordre apporte au désordre général le facteur supplémentaire de désordre qui transmue le tout en chaos, et non pas simplement un élément de désordre. Il est donc le parfait symbole de ce que nous percevons ici et il trône au sommet de notre époque comme un symbole indépassable de toutes nos contradiction, de tous nos antagonismes, de toutes nos tromperies et narrative découvertes. L'incohérence remarquable, totale et sacrilège de son programme, lorsqu'il est apprécié au premier degré et selon les "valeurs" dominantes de notre temps-Système, avec en contraste complet les quelques lignes de force antiSystème extrêmement solides qui apparaissent en arrière-plan, constituent un bagage convaincant pour voir en lui, effectivement une créature du chaos, - c'est-à-dire qui est désordre en grande partie mais qui n'est pas que désordre. Ainsi la transmutation du désordre en chaos, qui est une étape importante jusqu'à être l'étape ultime de l'évolution de l'étape de l'effondrement du Système est-elle accomplie dans un symbole éclatant comme une de ces Trump Towers dont il est si fier."

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